« On m’a trouvée grandie », un très grand spectacle sur la folle magie du théâtre

À la Scène nationale d’Orléans, On m’a trouvée grandie de Valentine Losseau mêle le théâtre, la magie et la folie dans un spectacle époustouflant plein de tours bluffants. Fondatrice de la Magie nouvelle, la metteuse en scène et la compagnie 14:20 ont construit un spectacle puissant, poétique et souvent visuellement incroyable qui sort de l’invisibilité les femmes enfermées à la Salpêtrière au début du siècle dernier.

Madeleine s’enfonce dans la fumée.



Par Bernard Cassat.


En ouverture, un personnage plein de tocs compulsifs, assis sur sa chaise, se déplace soudain sans faire aucun mouvement. Plusieurs fois, dans différentes directions. Puis il monte sur la table en faisant des pointes, se dandine puis se retrouve dans une posture impossible, penché sans tomber, se redresse pour finalement, depuis la table, s’asseoir doucement sur la chaise qui est bien plus basse que ses pieds. La lumière n’éblouit pas mais éclaire suffisamment pour qu’on ait bien vu. Comment c’est possible ? Le théâtre recèle nombre de trucs, des câbles qui descendent des cintres. On connaissait déjà ça au temps de Molière. Mais bon, c’est bluffant. Et vraiment, le câble doit être très fin…

Apparition soudaine

Surtout que ce personnage, qui s’avère être une jeune femme, marche étonnamment sur les pointes. Pas comme une danseuse, vraiment sur la pointe des orteils. Et brusquement, au milieu de la scène apparaît un homme assis à un bureau éclairé par une lampe. On ne l’a vraiment pas vu venir. Pierre, le médecin, explique à celle qu’il appelle Madeleine qu’ils se trouvent à la Salpêtrière et qu’il va la soigner.

Tout le spectacle se déroule sur des tours visuels incroyables. Apparitions, disparitions, portes soudain visibles qu’on franchit et qui disparaissent, médecin et ses acolytes d’un coup là puis plus là. C’est fou.

Elle s’envole. Photo Mathieu Zazzo.


Et Max, le bavard incontrôlable, fait le lien entre la folie et le reste, les autres, qui croient ce qu’ils voient. Nous, spectateurs, donc. Alors qu’on voit sur la scène des choses incroyables. On les voit, c’est sûr. Madeleine ne touche plus vraiment terre, elle danse dans les airs. C’est la magie du théâtre, la lumière qui sélectionne des zones bien précises, la profondeur du plateau qui permet différentes strates. Le jeu des images projetées devant, derrière, autour. Mais quand même, c’est incroyable, ce que l’on voit, mais on le voit, assurément. Doit-on le croire ?

L’histoire de Madeleine continue à se dérouler, celle de Max et d’une troisième malade aussi. Max est celui qui nous semble le plus réel parce qu’il a le langage ! Il joue avec les mots qui le traversent, le submergent. Il analyse avec brio et poésie la folle situation de tous ces personnages.

Impressionnante lévitation.


C’est en mélangeant ces trois thèmes, le théâtre avec ses trucs et son langage, la magie qui fait douter de la réalité et la folie qui sans cesse la questionne, que On m’a trouvée grandie construit un spectacle puissant. Côté magie, Valentine Losseau a mis au point des techniques époustouflantes. Fumées, lumières, rideau léger ou plus lourd, mais aussi recours à des hologrammes, sans doute. Dans un moment clé du spectacle, sur la fin, Pierre le médecin fait face à Madeleine qui se dédouble, qui devient floue, et même se transforme en Max. Elle devient tous les patients. C’est plein de sens et visuellement fascinant.

Le registre des femmes enfermées

Et ouvre sur la séquence finale où Max apporte son analyse politique de l’enfermement, celle développée par Michel Foucault. Les enfermées sont toutes celles qu’on ne veut pas voir. Max feuillette son registre et nous lit les fiches des patientes, des femmes en marge, des femmes gênantes, des femmes trop pauvres, mendiantes, donc trop voyantes dehors. Pendant ce temps-là, Madeleine s’envole.

Les images du spectacle sont simples et fortes, alors que la technique derrière doit être compliquée. Tout le spectacle nous plonge dans la question primordiale de la réalité, qui est celle aussi de la vérité. C’est vrai, tout ça ? Ou bien juste du théâtre ? La magie se glisse là-dedans, une magie au service d’une pièce intelligente au sujet important. Car combien de femmes ont subi des chaussures de contention, des balnéothérapies meurtrières ?

« On m’a trouvée grandie »

De Valentine Losseau et la Compagnie 14:20

Au Théâtre d’Orléans

Dernière représentation ce mercredi 29 avril à 19h.

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