Au Théatre d’Orléans, La Tendresse, un spectacle avec de la danse de Julie Berès, interroge la question de la masculinité aujourd’hui. Huit interprètes jeunes posent les questions qui fâchent. Chacun prend la parole à son tour, comme dans les battles de break danse. Tous semblent à la fois violents et fragiles. Avec beaucoup d’énergie et d’humour, ce spectacle fait le point sur le vaste sujet.

Danse et provocation virile. Photo Axelle De Russe.
Par Bernard Cassat
Une bande de mecs dans un décor un peu zonard. Ils parlent comme les rappeurs, avec les mêmes expressions, sur le même ton. Ils s’invectivent, se défient. Mais en même temps interrogent leur masculinité. Et leur violence. Leur violence dans les rapports humains, surtout avec les femmes. L’un après l’autre évoquent des arguments bien connus sur la virilité, ses sources dans l’enfance et ses modèles dans les films. Rambo, les polars, Pacino ou les films de guerre. D’ailleurs l’évocation de la guerre s’empare de la scène. Ils s’écroulent l’un après l’autre dans un déluge sonore de combats au cinéma. C’est pas mal fait, même si ça reste finalement assez convenu dans les arguments.
Et tout le spectacle est ainsi. Les rapports entre les garçons et les filles ne sont évidemment pas simples. Surtout après me#too, comme il est rappelé plusieurs fois dans le spectacle. Les huit membres de la bande racontent chacun leur tour des histoires personnelles, qui toutes illustrent le sujet. Le premier rapport, l’acceptation ou non des femmes, le rapport au père et à son image. Mais toujours on sent la pression de la violence, jamais bien loin. Même entre eux, alors qu’ils sont très proches, on a l’impression qu’elle peut émerger à tout instant.
Faire bouger les lignes
Toutes ces confrontations masculines sont jouées avec une énergie physique permanente. « Il y a eu la rencontre déterminante avec huit danseurs : ils viennent du Congo, de Picardie… du break, du hip-hop, de la danse classique… Chacun à leur manière, ils ébranlent les codes et font bouger les lignes d’une identité d’homme fondée sur la performance, la force, la domination de soi et des autres », écrit Julie Berès, auteure, avec Kevin Keiss et Alice Zeniter, du texte de la pièce et metteuse en scène, dans une note d’intention. La danse et la musique structurent les réflexions sur la grande question de savoir ce qu’est le masculin aujourd’hui. Un danseur classique fait des pointes en racontant son expérience, un autre de break danse raconte ses difficultés. Et certains moments rassemblent toute la bande dans une chorégraphie collective.

Un danseur classique prend son tour dans la battle. Photo Axelle De Russe.
Avec souvent beaucoup d’humour. Autant dans les histoires racontées, les expressions employées, les images verbales, que dans les attitudes, les danses, les gestes. Ils imitent comme dans des stand-up, ils embrayent au quart de tour sur les clichés. Et derrière ces attitudes viriles, on sent la fragilité, les failles. Comme cette hantise de l’homosexualité, du pédé, comme ils disent. La force avec laquelle les petits garçons méprisent déjà ces mots avant de savoir ce qu’ils veulent dire. Ils parlent aussi de la pénétration, qui est liée à la possession. Donc à la domination. Car s’il y a un fin mot de l’histoire, c’est bien celui-là.
Et finalement c’est une femme qui raconte la position féminine. Face à tous ces mecs, elle semble bien seule, et pourtant son réquisitoire est fort. Elle aussi est prise dans des attitudes, des faiblesses, et l’envie que ça se passe différemment. En marchant à reculons, elle souhaite au fond peut être la même chose que ses copains masculins : la fin des clichés et de leur emprise sur les jeunes. On n’y est pas encore!
La Tendresse
Spectacle de Julie Berès
Dernière représentation mercredi 13 mai à 19h.
Billetterie
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