Alfred Dreyfus une nouvelle fois réhabilité à Orléans

Victime d’un complot antisémite, le capitaine dégradé et déporté a été réhabilité il y a juste 120 ans. Après une place à son nom, c’est cette fois une salle du tribunal judiciaire qui rend hommage au militaire qui a terminé sa carrière à Orléans en 1919.

Les descendants du capitaine Dreyfus et la Licra Loiret_ Photo Magcentre

Par Jean-Jacques Talpin

Orléans a mis du temps avant de célébrer le capitaine Alfred Dreyfus. Il faudra en effet attendre la fin 2025 pour que la ville rende hommage au général de brigade Alfred Dreyfus élevé à ce grade à titre posthume par une loi du 17 novembre 2025. Loin d’être une initiative de la ville trop longtemps restée en réserve, cette commémoration faisait suite à des années d’efforts de la Licra (Ligue internationale contre la racisme et l’antisémitisme). Cette même Licra présidée par Joëlle Gellert a récidivé avec l’appui de Julien Simon-Delcros, président du tribunal judiciaire d’Orléans, pour apposer le nom d’Alfred Dreyfus à une salle de ce tribunal. Pour l’occasion sept descendants de la famille Dreyfus, depuis le petit fils Charles jusqu’au représentant de la 5ème génération, Simon Salomon, ont participé à ce baptême judiciaire et républicain, le seul à ce jour en France.

« Besoin de juges impartiaux et indépendants »

Touchée par cette inauguration la famille l’est évidemment, même si les descendants regrettent avant tout que tous les hommages au nom du capitaine (avant de finir sa carrière à Orléans comme lieutenant-colonel puis général à titre posthume) soient posthumes et donc tardifs. Pour Julien Simon-Delcros, donner ce nom à une salle de son tribunal est aussi une revanche de la « justice civile » sur la justice militaire, entachée par le déshonneur d’avoir dégradé et déporté en Guyane ce petit capitaine au seul crime d’être juif. Le magistrat orléanais veut aussi faire de cet hommage un rappel à l’actualité, « celle de l’antisémitisme, du racisme, du sexisme auxquels les juges sont confrontés tous les jours. C’est pourquoi il faut des juges impartiaux, indépendants qui statuent en toute humanité ».

Antisémitisme : de l’extrême droite à l’extrême gauche

La présidente de la Licra a voulu faire de cette inauguration « un acte mémoriel, républicain et très contemporain, un symbole d’une injustice antisémite qui a divisé l’État. Il faut en faire un symbole notamment chez les jeunes ». Si le militaire Dreyfus a été gracié puis réhabilité, la famille voudrait aujourd’hui réhabiliter l’homme Alfred Dreyfus comme le défend l’arrière-petit-fils Michel : « contrairement à tout ce qu’on pu dire et écrire Alfred Dreyfus s’est battu tout au long de l’affaire entre 1894 et 1906 pour défendre son honneur et son innocence. Ce n’était pas le lâche ou l’homme effacé et passif que l’on a pu critiquer ».

L’arrière petit fils Michel Dreyfus, le petit fils Charles Dreyfus et la petite fille Anne-Cécile Lévy. Photo Magcentre

Évidemment l’évocation de « l’affaire Dreyfus » (qui pourrait prochainement déboucher sur une série Netflix) renvoie tous les jours à l’actualité, celle des crimes, des insultes, des profanations antisémites. Comme la société, la famille est divisée entre ceux qui imputent la « haine du juif » à l’extrême droite et ceux qui maudissent le glissement de l’antisémitisme à l’extrême gauche.

 Journée nationale le 12 juillet

Car cette affaire traverse encore la société. Arrière-petite-fille, l’avocate Anne-Cécile Lévy-Ouazana l’exprime parfaitement ; « quand je prends un taxi je ne dis jamais que je m’appelle Lévy… ». Pour animer cette soirée de commémoration la Licra avait invité plusieurs grands témoins, son avocat Grégory Meyer (ancien candidat centre-droit aux municipales à Orléans), Tina Théallet directrice générale de la Licra nationale et Christian Vigoureux, juriste et ancien haut fonctionnaire. Chacun a pu replacer l’affaire Dreyfus dans son contexte historique mais aussi dans l’état de droit dont la justice est un pilier fondamental.

Porté par son engagement mémoriel, la Licra-Loiret veut poursuivre son action comme messager d’espoir notamment auprès des jeunes. Cela passera aussi par une participation le 12 juillet prochain, à la journée nationale célébrant les 120 ans de la réhabilitation du capitaine.

Emmanuel Macron invité ?

Joëlle Gellert attend encore la réponse de la ville pour animer cette journée notamment près de la caserne où Alfred Dreyfus termina sa carrière. Le vice-président de la Ligue du Loiret, Jean-Pierre Delpuech, a une autre idée : inviter Emmanuel Macron pour cette première journée nationale. Et cela d’autant plus que l’affaire Dreyfus a débuté et s’est terminée à Orléans. C’est en 1894 que le lieutenant-colonel d’Aboville natif de Malesherbes dans Loiret, lançait l’accusation et le complot contre le capitaine juif et c’est à Orléans qu’une fois gracié Alfred Dreyfus termina sa carrière au parc d’artillerie de la 5ème région militaire dans le centre-ville d’Orléans. La boucle mérite ainsi d’être bouclée le 12 juillet avec une journée symbolique.

Plus d’infos autrement: « Si tu veux que je vive », autour des époux Dreyfus, par le théâtre de l’Imprévu

Commentaires

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  1. Sans aucune intention de discréditer l’hommage qui lui est fait, je relève simplement que ce n’était par un homme de Loi mais un militaire et que nommer une salle d’audience du nom d’un militaire paraît étrange. Surtout si on met de côté sa religion et qu’on se souvient du déroulement de cette affaire malheureuse qui n’était pas, dans l’ensemble, particulièrement glorieux pour l’Etat français et sa Justice…

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