Pierre Salvadori nous emmène dans les années folles pour une comédie étincelante. La reconstitution de l’époque, les dialogues ciselés et un casting de haute volée en font deux heures de cinéma entrainant et joyeux. Du grand spectacle.

La Vénus de foire. Photo Les Films Pelléas.
Les années folles, la fée électricité, Vénus, l’occultisme, la nouvelle peinture. Quoi de mieux pour une comédie qui rassemble brillamment tous ces thèmes pour nous emmener dans une histoire d’amour pleine de rebondissements et de romanesque. Une histoire entre une pauvre jeune fille exploitée par un monsieur Loyal sans scrupules et un peintre en panne qui a perdu sa muse.

Anaïs Demoustiers en Suzanne. Photo Guy Ferrandis.
Comme toute comédie, le piquant est dans les détails, dans les dialogues, dans les rebondissements, dans le jeu des acteurs. Le casting est donc d’un très haut niveau. Anaïs Demoustier fait vivre finement cette Vénus de foire. Exploitée par son patron, Gustave Kervern en l’occurrence, elle reçoit ses décharges électriques sans rechigner. Le hasard fait croire à Antoine, le peintre qu’incarne Pio Marmaï, qu’elle est la voyante dont il a besoin pour entrer en contact avec son amour décédé. L’argent enclenche cette relation. S’il y a argent, il y a bien sûr galeriste. C’est Gilles Lellouche qui s’en charge, monsieur Loyal dans son domaine qui fait tout pour que son poulain recommence à peindre, donc à vendre. Haute stature, grand corps « assez large pour contenir l’ami et le marchand », comme il le dit lui-même, Lellouche est discrètement resplendissant dans ce rôle d’entremetteur qui se révèle encore plus que cela.

Armand le galeriste (Gilles Lellouche) et Antoine le peintre (Pio Marmaï). Photo Les Films Pelléas.
Parce que la première séance d’occultisme et une discussion avec une Irène fantôme redonne le goût de peindre à Antoine, Armand s’arrange pour renseigner Suzanne sur la vie du peintre. Sa crédibilité de voyante augmente, elle se transforme même en Irène aux yeux (bleus) d’Antoine. Qui est persuadé qu’Irène s’est tuée suite à une infidélité qu’il lui a faite.

Irène (Vimala Pons) et Antoine. Photo Les Films Pelléas.
Suzanne vole des carnets qu’avaient tenus Irène. Des flash-back nous racontent ce qu’ils contiennent. Vimala Pons joue cette égérie émancipée, qui au départ traine dans le Montmartre des peintres début de siècle. Elle a une chambre de bonne chez un vieux peintre académique. Et découvre le jeune homme qui pose pour lui en Cupidon avec des ailes aux chevilles, et qui se permet de corriger un dessin du maitre qui a le dos tourné. Elle est attirée. Lui galère beaucoup. Elle le recueille. Et il la dessine, la peint. Elle va montrer ces peintures au galeriste Armand pour obtenir des sous. Ça marche. L’aisance vient ensuite, la belle maison, une relation forte. Antoine trouve en sa femme une source inépuisable de peinture. Surtout qu’elle a un œil critique très pertinent sur son travail. Et puis la trahison, la mort !

Les malices de la mise en scène. Photo Les Films Pelléas.
Tout cela dans des décors somptueux, des intérieurs rococos pleins de tentures indiennes, de couleurs foisonnantes. Autant dans les flash-back que dans le récit lui-même, les images sont riches de détails. Les roulottes du cirque comme la maison du peintre, arrangées avec attention, rendent très présentes les années folles. Et même les scènes en extérieur, dans le Montmartre du début de siècle, ne sont pas avares de voitures, de boutiques, de bistrots d’époque.

Antoine dans les rues de la Belle Epoque. Photo Guy Ferrandis.
Les relations se développent avec des dialogues vifs et piquants écrits par Salvadori. Qui conviennent complètement à Pio Marmaï. Il joue malicieusement ce personnage un peu allumé, garde constamment une sorte de stupéfaction dans la veine de l’occultisme, un affolement de l’esprit qui le fait presque bégayer. Et sa première apparition comme celle qui aurait pu être la dernière sont des trouvailles étonnantes. L’acteur s’y révèle aussi très physique.
Sans prétention autre que le spectacle, le film de Salvadori entraine dans son histoire qu’il sait malicieuse et légère. C’est justement pour cela qu’il est réussi, parce qu’il y va franchement avec une troupe d’acteurs qui suivent le metteur en scène. Pour notre grand plaisir.
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