La petite salle du CERCIL était pleine ce samedi 16 mai, pour accueillir la musique klezmer jouée par Denis Cuniot, qui a créé un spectacle autour d’Édith Bruck, poète et écrivaine rescapée des camps d’Auschwitz.

Denis Cuniot au CERCIL le samedi 16 mai 2026. Photo AC Chapuis
Il raconte. Il parle de sa mère de 97 ans qui lui a fait découvrir Édith Bruck, née en 1931 en Hongrie et qui vit actuellement en Italie, après un long périple suite au traumatisme de la déportation, et il joue pour accompagner, soutenir, dire l’indicible.
Une histoire sombre marquée par la Shoah
Édith Bruck vit dans un petit village hongrois où très vite la famille de six enfants est en butte à un antisémitisme sournois et insidieux, qui les conduira vers les camps nazis en 1944. Elle a 13 ans. Sa mère, son père et un de ses frères n’en reviendront pas. Elle en sort à 14 ans, elle pèse 25 kilos, et se confronte à « l’impossible après ». Elle s’installe en Israël à 17 ans, mais ne s’y sent pas bien. Deux mariages, 2 divorces, la rencontre avec Michel Bruck dont elle gardera le nom après un mariage blanc, puis elle tente la Suisse où elle fraye avec le cabaret, chante, danse, se cherche. En 1954, elle se réfugie à Naples « sa terre promise », aime la langue qui lui donne « une liberté et une distance », y rencontre son compagnon Nelo Risi, et commence à publier dès 1959. C’est le début de nombreux écrits, principalement des poèmes mais aussi des romans, scénarios pour la télévision, traductions…
Ses thèmes restent marqués par son histoire et son « insatiable remémoration »

Denis Cuniot dit les poèmes en musique. Photo AC Chapuis
Quand la musique porte le propos
Denis Cuniot créé d’emblée le contact avec le public. Il commence par une jolie berceuse que sa propre mère lui chantait en yiddish et dont il a découvert le sens des paroles (tristes) tardivement. Comme un présage ? Sous ses doigts agiles qui revisitent la musique traditionnelle, il fait exister Edith à travers ses textes, simples et percutants. « Pourquoi aurais-je survécu… (le titre d’un ouvrage paru aux éditions Rivages poche en 2022) sinon pour témoigner avec toute ma vie, avec chacun de mes gestes, avec chacune de mes paroles » en dit long sur la trace de son histoire et sa mission.
L’histoire d’une vie est ainsi égrenée au rythme du piano, avec ses notes mélodiques sur basse continue, qui donnent le contraste entre la vie et la mort, le banal et l’insoutenable, l’espoir et la tragédie.
Une évocation prenante, sensible sans sensiblerie
Les évocations de l’enfance « nous étions huit » ou « ma mère était une sainte » font place à la terrible nostalgie « ce qui me manque, ce sont les vendredis soir, avec la table dressée pour la fête… » Et toujours cette obsession « Rien n’est plus fidèle que la mémoire…elle ne nous oublie même pas dans le rêve » et la volonté empreinte de doute sur le témoignage « je voudrais dire, je voudrais dire encore, je voudrais parler de l’inutilité de dire ». A plus de 90 ans, Édith Bruck poursuit son chemin, sa croisade, ses alertes (« on y retombe ? » est écrit en 2021). Et même si la lassitude émerge parfois « Je voudrais que pour une fois, au lieu des camps de concentration, on me demande si je préfère les pommes de terre ou le riz, pourquoi j’aime autant les fleurs, les vieux, les enfants, les animaux… » la conviction reste profonde : « elle mourut d’impuissance pourra-t-on écrire sur ma tombe…mais je voudrais pour signe une petite étoile à six branches comme celle qui brillait sur mon petit manteau usé…je serai une étoile jaune pour vous rappeler qu’il était une fois Auschwitz »
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https://www.magcentre.fr/308841-le-grand-piano-festival-un-beau-premier-jour-ce-mercredi/