Montargis : un dimanche au théâtre, un lundi aux règlements de comptes

Une fois encore, on avait sorti les pop-corn avant d’assister au conseil municipal de Montargis de ce lundi 18 mai. Le spectacle promettait d’être à la hauteur de l’affiche : salle bien remplie, oppositions affûtées, majorité sur la défensive et, en guise de décor, une querelle autour de la saison culturelle de théâtre de boulevard.

Par Guillaume Hussault.

Tout est parti de la décision du nouveau maire RN, Côme Dunis, de se séparer du programmateur Jean-Philippe Lajus, aux commandes depuis quinze ans de la saison Un Dimanche au théâtre : trois pièces par an, entre janvier et mars ; un public fidèle ; des salles correctement remplies et un équilibre financier qui, dans le monde culturel, tient presque du miracle marial.

La culture en kit

Mais voilà, avec la nouvelle municipalité RN, finie l’époque où un professionnel choisissait les spectacles, négociait avec les productions, réglait les questions techniques et assurait la promotion. Désormais, la programmation sera gérée « en interne ». Comprendre par là qu’un élu ou une adjointe maison fera le boulot. Le Do it yourself (faites-le vous-même) fait ainsi son entrée dans la politique culturelle locale.

Le nouveau maire assure pourtant qu’il ne faut y voir ni purge idéologique ni règlement de comptes culturel. Rien d’autre qu’une histoire d’économies. Les 6 000 euros versés annuellement au programmateur seraient réinvestis dans une quatrième soirée culturelle, un « one-man-show » destiné à attirer « un public plus jeune ». La municipalité dessine ainsi sa propre sociologie culturelle : le boulevard pour les seniors, le stand-up pour un public jeune et « plus actif ».

Face à lui, l’ancien maire Benoit Digeon (LR) n’a pas caché son irritation. Il a rappelé que cette programmation avait trouvé son public, entre 700 et 900 spectateurs par saison, et qu’elle participait au rayonnement culturel de l’Est du Loiret. Il a lu le message amer de Jean-Philippe Lajus, lequel évoque une culture qui « ne semble plus une priorité sous la forme que nous avions pérennisée ».

Mais le plus savoureux était venir. Car les élus d’opposition ont découvert cette décision après coup, sans débat préalable en commission Culture. Une méthode qui pourrait devenir une signature locale si personne n’y prend garde : on consulte après avoir décidé. Ou parfois, on consulte, mais surtout les réseaux sociaux, où l’affaire s’est emballée avant même d’être officiellement évoquée.

Madoff au théâtre municipal

L’élue d’opposition Eline Leroy a regretté cette façon de court-circuiter les instances municipales, rappelant que la commission travaillait jusque-là dans un climat « constructif » (1’36 – 1’39). Quant à Dalip Vehapi (PS), il a choisi l’artillerie lourde, accusant le maire RN de vouloir « mettre au pas la culture » (1’39’22 – 1’41’46). Réponse immédiate de Côme Dunis : « Vous lisez bêtement ce que vous avez écrit. » (1’42). Ambiance.

Le clou de la soirée est toutefois arrivé quelques minutes plus tard, quand Dalip Vehapi a lancé au maire un « Vous êtes à la politique ce que Bernard Madoff était à la finance » (1’42’40) qui restera dans les annales des séances du conseil municipal de Montargis et qui a permis de conclure ce débat culturel sur une note d’apaisement et de fraternité républicaine.

Reste désormais à savoir ce que deviendra cette fameuse saison théâtrale. Car programmer du boulevard ne consiste pas simplement choisir trois vedettes vues à la télévision entre deux rediffusions de Capitaine Marleau. Cela suppose des réseaux, des négociations, une connaissance du milieu et un minimum de métier. « À chacun son travail » (1’30’38), a d’ailleurs rappelé Benoit Digeon durant les échanges.

À Montargis, le rideau n’est donc pas tombé sur le théâtre. Mais à vouloir gérer la culture en interne, la mairie risque surtout d’offrir aux habitants une longue saison de théâtre amateur.

Plus d’infos autrement sur Magcentre: Avec « Aux marges du palais », le rire s’invite au cœur de la révolte

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