La crise de l’hantavirus doit affronter un déficit de confiance

Depuis la Covid, les déclarations gouvernementales, la parole scientifique y compris de l’OMS et les informations des grands médias ont perdu de leur crédibilité. La confiance est réduite vis à vis des renseignements concernant l’hantavirus. Malgré des propos institutionnels rassurants l’ombre de l’hantavirus plane et suscite une inquiétude grandissante.

La transmission à l’homme s’opère par l’intermédiaire de rongeurs (licence Wikimedia Commons)

Par Jean-Paul Briand.

Une zoonose différente selon sa zone géographique

L’hantavirus n’est pas un nouveau venu dans le paysage médical. Bien qu’actuellement classée parmi les infections émergentes, l’hantavirose est une zoonose ancienne, vraisemblablement déjà présente en Asie il y a plus de mille ans. De très nombreux cas furent identifiés lors de l’affrontement coréen, c’est d’ailleurs pourquoi elle doit son nom à la rivière Hantan qui sépare les deux Corées. Ce genre viral regroupe plusieurs souches provoquant des syndromes distincts selon les aires géographiques.

En Europe et en Asie, la souche endémique occasionne principalement une fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR), dont le taux de létalité oscille entre 1 et 15 %. Sur le continent américain, c’est la souche virale « Andes » qui sévit, provoquant un syndrome cardiopulmonaire (SCPH) particulièrement redoutable, dont la létalité peut atteindre 40 %. C’est cette virulence qui en fait une préoccupation majeure de santé publique.

Un défi diagnostique et une prophylaxie rigoureuse

La transmission à l’homme s’opère par contact avec l’urine, les excréments ou la salive de rongeurs infectés, principalement par inhalation d’aérosols contaminés ou, plus rarement, par morsure. Le nettoyage de locaux abandonnés ou mal ventilés, les travaux agricoles ou forestiers, ainsi que la vie dans des zones infestées de rongeurs constituent les principaux facteurs de risque. Notons que la transmission interhumaine est exclusive au virus Andes (Amérique du Sud), documentée essentiellement en Argentine et au Chili.

Le diagnostic précoce s’avère complexe, car la phase initiale présente un tableau clinique non spécifique mimant un syndrome grippal. C’est l’anamnèse (la reconstitution de l’histoire pathologique du patient) qui permet d’évoquer l’hantavirose : exposition à des rongeurs, contexte professionnel, voyage en zone d’endémie ou contact avec un cas avéré.

À ce jour, il n’existe aucun traitement antiviral spécifique ni de vaccin homologué. La prise en charge demeure exclusivement symptomatique, requérant parfois des soins intensifs. La prévention repose donc sur la réduction des contacts entre l’homme et le rongeur et sur une hygiène rigoureuse des locaux. En cas de suspicion d’épidémie, les gestes barrières, l’isolement strict, le traçage des cas et la surveillance des contacts s’imposent. Ces protocoles, parfaitement appliqués en France, devraient théoriquement suffire à rassurer.

Le spectre du SARS-CoV-2 mine le discours expert

Pourtant, lorsque les médias rapportent ces faits sans dramatisation, l’inconscient collectif opère un raccourci immédiat et anxiogène : apparition d’une maladie méconnue, origine animale, détresse respiratoire potentiellement létale. Le traumatisme du SARS-CoV-2 a ancré l’idée qu’un événement isolé à l’autre bout du monde peut dégénérer en catastrophe globale en quelques semaines. Dès lors, les discours lénifiants des institutions, au premier rang desquelles l’OMS, peinent à convaincre. L’Organisation mondiale de la Santé rappelle que le risque de propagation à grande échelle est « faible » en raison de l’absence de transmissions interhumaines répandues. En temps normal, cette parole d’expert aurait clos le débat. Aujourd’hui, elle produit l’effet quasi inverse, exacerbée par l’accès universel à l’information (et à la désinformation) sur les réseaux sociaux, qui offre à chacun les outils et des arguments pour contester la parole officielle.

Vers un nouveau paradigme de la communication institutionnelle

La leçon de la Covid-19 n’a pas encore été pleinement tirée. Désormais, la gestion d’une menace sanitaire dépasse le cadre strict de la médecine ou de la biologie. Elle est devenue éminemment sociologique. Les décideurs politiques et les organismes sanitaires internationaux doivent intégrer que la confiance aveugle dans leurs discours n’existe plus. Le public exige désormais une transparence totale, quitte à ce que les autorités assument leurs propres incertitudes et formulent sincèrement leurs éventuelles ignorances.

« Le doute est un hommage que l’on rend à la vérité » Ernest Renan

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Commentaires

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  1. Quelle confiance pourrait-on avoir envers des gens censés gérer notre vie (c’est bien à cela qu’ils devraient se consacrer) et qui au pire, pour eux, acceptent du bout des lèvres d’avoir été responsables mais jamais coupables c’est à dire conscients d’avoir agi non pour l’intérêt de tous mais pour eux et leurs proches financièrement ou pour leur carrière.
    Comment faire confiance à un gouvernement (celui de Bayrou) où deux tiers des ministres étaient plus que millionnaires ? Et qu’apprendrons-nous des actuels adMINISTRateurs , une fois qu’ils seront partis et auront pantouflé avec des revenus indécents dans la haute fonction ou dans le privé ?
    Les épidémies, pandémies vont être de plus en plus fréquentes et certaines plus dangereuses que d’autres.
    En 1972 au début de la mondialisation La Gueule Ouverte – journal écologiste – titrait : “Avec la mondialisation tout va circuler plus vite … y compris les virus” mais c’étaient des “rigolos” aujourd’hui des “écoterroristes” et les “dirigeants” continuent de servir l’idole boursière financière : l’argent qu’on capitalise, cumule au lieu de le partager et que ça serve uniquement de moyen d’échange.

  2. Sur quelle base scientifique vous reposez vous pour affirmer qu’il y a une crise de confiance ? Est-ce spécifique à la France ? L’Europe ? Le monde ??

    Ce type d’affirmation péremptoire et sans source fiable me laisse dubitatif… mais contribue à faire douter de la science. Est-ce votre but ??

  3. Merci pour votre commentaire.
    Voici une enquête* publiée dans la revue Nature titrée : « Confiance envers les scientifiques et leur rôle dans la société dans 68 pays ». Elle montre que la confiance dans la science reste élevée à l’échelle globale. Selon cette étude, en France le niveau de confiance est bon, même s’il est légèrement au-dessous de la moyenne. Néanmoins nous ne pouvons ignorer le fait que le manque de confiance de la part d’une petite minorité puisse perturber la prise en compte des données scientifiques.
    L’objectif de mon article est de montrer que les décideurs politiques doivent cherchent à accroître la confiance envers les scientifiques par un discours de vérité.

    * : https://www.nature.com/articles/s41562-024-02090-5#data-availability

  4. Merci pour la réponse et la source dans une revue sérieuse , nature, qui vous a inspiré mais comme indiqué dans l’article et dans votre commentaire : “confiance dans la science reste élevée à l’échelle globale”.

    Laisser penser comme votre titre que ce n’est pas le cas, ne me semble pas le meilleur moyen de convaincre les politiques d’écouter les scientifiques (si leurs électeurs ne croyait pas la science, ce qui n’est donc pas le cas, certains politiques “populistes” ou “opportunistes” pourraient etre tenté , au contraire de suivre la majorité….

    Par ailleurs, votre phrase “le manque de confiance de la part d’une petite minorité puisse perturber la prise en compte des données scientifiques” me laisse perplexe… Si je vous comprends bien, le fait qu’une petite partie de la population reste parce climatosceptique justifie les doutes sur les données scientifiques (que vous propagez avec le titre de votre article) ??? Je n’arrive pas à comprendre la logique…

    Bref, si votre objectif est de faire en sorte que les décideurs s’appuient plus sur la science, je vous invite à modifier le titre de votre article

  5. Oh le bel amalgame ( dans le commentaire de Stéphane C ) entre des gens qui doutent de ce qu’énoncent certains scientifiques dans le domaine de la santé et du comportement des chargés de gérer la santé ( Ministère et autres structures d’état) et les climatosceptiques qui eux nient les faits constatés par des scientifiques concernant la détérioration de l’équilibre climatique et ses causes.
    C’est à la mode cette façon de mettre dans le même sac des complotistes avérés parce que leurs argumentations ne reposent pas sur des faits ( entre autre par rapport au climat) et des gens qui contestent le comportement de certains scientifiques ( par exemple concernant l’IA considéré comme un progrès évident) et l’engouement de politiques dont Macron pour cette technologie. .

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