Dix étudiants en master de l’UER des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris ont mené une étude collective en s’appuyant sur les données des Archives Départementales du Loiret. Après plusieurs séances de travail sur site et 902 archives consultées, ils présentaient le résultat de leur enquête sur les délits sexuels et leur appréhension par la justice dans les années 1940 à 1980.

Deux étudiantes de l’EHESS et leur professeur, Pierre Schalgrenhauffen. Photo AC Chapuis
Ils se succèdent au micro et leurs constats font froid dans le dos. Savamment dosées, les présentations de leurs travaux donnent tout d’abord le cadre de leurs recherches. En première ou deuxième année de master, ils ont mis à profit les méthodes enseignées par Pierre Schalgrenhauffen, responsable pédagogique de l’unité de recherche et Juliette Zanetta, chercheuse, pour produire une enquête collective intitulée : « A la source : Archives, genre et sexualité ».
La première intervention de Zoé Huchet explique lesdites méthodes et brosse un tableau statistique des profils des accusés, infractions, condamnations, et déjà ouvre une analyse sur une « justice de classe » qui transparait au vu des données.
Gros plan ensuite sur l’homosexualité et le champ lexical employé ainsi que la topographie des lieux de rencontres repérés à Tours et Orléans au fil des ans.

Un tableau statistique qui repère le vocabulaire employé pour parler d’homosexualité. Photo ACC
Dans les archives du tribunal judiciaire et de la police (SRPJ)
Place ensuite aux « affaires » exposées par Émilie Bonnet et Marie Tekieli, et en particulier celle de Montargis où les mineurs délinquants étaient placés dans les hospices et subissaient des sévices sexuels, sans protection ni même de simple écoute des responsables. On parle alors de « l’institution et ses angles morts » où se développe une véritable « économie du silence ».
Félicité Montalidis et Léa Vaccari, elles, ont fait une étude comparative sur deux affaires où, à travers le vocabulaire utilisé ou les axes de traitement juridique, l’on voit une justice qui prend parti, cherche le profil de « bonne ou mauvaise victime », et sacralise la famille.
Pour terminer, deux étudiantes se sont penchées sur un cas de viol manifeste et attesté, re qualifié en simples violences, et où les rapports de police « créent un récit interprétatif » défavorable à la victime.

Quelques étudiants de l’EHESS après les présentations de leur enquête. Photo ACC
A travers ces différentes études ciblées et pointues, le rôle des archives est central comme « outil de compréhension et d’analyse permettant de mettre à jour des phénomènes invisibles car invisibilisés »
La coopération avec les Archives Départementales du Loiret est appréciée et saluée par les étudiants et leur professeur. Leur formation qui croise la sociologie, l’histoire, l’anthropologie et met l’accent sur les méthodologies de recherche, a trouvé dans cette réalisation une mise en application et mise en sens avec des travaux de qualité. Les données et analyses produites sont d’un grand intérêt, apportent de la connaissance, et suscitent réflexion avec les apports inédits de ce travail de fourmi. Des données qui mériteraient d’être publiées comme le souligne à juste titre un membre de l’auditoire venu écouter cette intéressante prestation. A suivre!
Pour en savoir plus :
https://www.ehess.fr/
Pour aller plus loin dans MagCentre :
https://www.magcentre.fr/366319-quand-les-etudiants-dorleans-font-revivre-la-presse-en-lumieres/