Quand Place d’Arc devient une scène : immersion dans l’Âge d’or

Si vous êtes passés par Place d’Arc samedi dernier, vous avez peut-être aperçu un étrange cortège : casque audio sur les oreilles, casquette bleue sur la tête, glissant sur le parquet, dansant au beau milieu d’une boutique de vêtements. Une scène absurde, qui transformait soudain le centre commercial en théâtre et terrain de jeu.

Tomas Gonzalez nous incite à nous laisser porter par l’escalator pour prendre de la hauteur sur le centre commercial. Crédit : CG.

Par Charlotte Guillois.

Derrière ce drôle de défilé se cachait une proposition artistique bien réelle : L’Âge d’or, visite-performance imaginée par Igor Cardellini et Tomas Gonzalez dans le cadre de la Biennale du CDN d’Orléans. Avec cette nouvelle manifestation, le CDN choisit de faire sortir le théâtre de ses murs pour investir la ville. Chaque création dialogue ainsi avec un lieu précis, son architecture, son histoire ou sa fonction. Durant trois jours, du 21 au 23 mai, Place d’Arc est devenu le décor mouvant de cette expérience hybride, entre balade guidée, performance immersive et réflexion sociale.

A la manière d’une balade touristiques, les spectateurs étaient invités à visiter une boutique de vêtements, les rayons d’un supermarché ou un salon de manucure. Le but étant de porter un nouveau regard sur ces espaces fonctionnels presque invisibles dans la ville, tant ils font partie de notre quotidien, alors qu’ils façonnent pourtant notre époque. L’Âge d’or nous apprend à traverser autrement cet espace dédié à la consommation, et à ausculter notre rapport au capitalisme.

Au premier étage de Place d’arc, les spectateurs écoutent l’histoire des débuts du centre commercial au XXe siècle. Crédit : CG.

Explorer autrement les centres commerciaux

La performance propose justement de ralentir, d’observer et de questionner ces espaces entièrement pensés pour la consommation. Peu à peu, le centre commercial cesse d’apparaître comme un simple lieu fonctionnel pour devenir le reflet d’une époque et de ses habitudes.

Dès les premières minutes, Tomas Gonzalez replace le spectateur dans l’histoire du centre commercial moderne, conçu comme une machine dédiée au désir d’achat. Climatisation permanente, lumière artificielle, absence de fenêtres, musique d’ambiance, escalators et immenses parkings : tout concourt à rendre l’expérience fluide, confortable et continue.

Le spectacle rappelle comment, au XXe siècle, l’évolution des modes de vie et la généralisation de l’automobile ont profondément modifié les habitudes de consommation. Le centre commercial devient alors le symbole d’une société tournée vers les périphéries urbaines, où l’on vient à la fois acheter, se divertir et se promener.

Place d’Arc s’inscrit pleinement dans cette histoire. Ouvert à Orléans en 1988 et inauguré par le maire Jacques Douffiagues, le complexe, détenu par la société Carmila, s’est construit autour du supermarché Carrefour. Sous le regard de la performance, le lieu révèle soudain toute sa mise en scène : parquet glissant, vitrines minutieusement agencées, tons beiges destinés à faire ressortir les enseignes… Chaque détail participe à une stratégie visuelle et sensorielle pensée pour capter l’attention.

Le centre commercial devient alors un véritable objet théâtral, où le décor quotidien révèle discrètement les mécanismes du capitalisme contemporain.

Du consommateur pressé au joueur complice

Au fil du parcours, la visite-performance transforme progressivement les participants en acteurs à part entière. Guidé par Tomas Gonzalez, le groupe abandonne peu à peu les réflexes du consommateur pressé pour adopter une attitude plus libre, presque enfantine.

L’un des premiers moments marquants survient lorsque les participants sont invités à « patiner » sur le parquet lisse des allées. Immédiatement, les regards des passants se tournent vers eux. Certains jouent le jeu avec enthousiasme, d’autres hésitent encore, freinés par la gêne ou la peur du ridicule. Ce simple décalage suffit pourtant à révéler combien le centre commercial demeure un espace fortement codifié, où les comportements semblent régis par une discipline implicite.

Mais cette retenue initiale disparaît rapidement. Dans une boutique de vêtements, la musique diffusée dans les casques, qui rappelle les bandes-son joyeuses des sitcoms, installe une ambiance absurde et euphorique. Les participants se mettent à danser, se cachent derrière les rayons, improvisent une chenille entre les portants. Le contraste entre la banalité du décor et cette liberté soudaine produit un effet comique immédiat.

Sous son apparente légèreté, L’Âge d’or développe pourtant une réflexion plus subtile sur nos habitudes de consommation. Lorsque Tomas Gonzalez demande aux participants de choisir un objet attirant leur regard dans les rayons de Carrefour, il questionne discrètement les mécanismes du désir, de l’habitude et de l’attraction visuelle.

Avec L’Âge d’or, Place d’Arc cesse quelques instants d’être un simple lieu de passage pour devenir un espace vivant, étrange et joyeusement théâtral, où notre quotidien apparaît soudain sous un jour entièrement nouveau. Une expérience collective unique, vivante et incroyablement réjouissante.

Plus d’infos autrement :

« Portraits de famille » de Hortense Belhôte : quand l’Histoire fait son show

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Centre-Val de Loire
  • Aujourd'hui
    • matin 28°C
    • après midi 30°C
  • jeudi
    • matin 21°C
    • après midi 32°C
Copyright © MagCentre 2012-2026