Calentamiento, spectacle de danse autour du flamenco présenté par la Scène nationale d’Orléans, s’est révélé plutot une grande performance, une prestation très physique. Pleine d’énergie, Rocio Molina a tenu la scène pendant deux heures. Qui ont semblé longues. Mais des moments forts contre-balancent le début très lent. La danseuse flamenca fait de la déconstruction de son art un spectacle complètement contemporain.
Le flamenco exige une discipline de sportif. Rocio Molina en sait quelque chose. Elle nous montre, en intégralité, son entrainement des pieds, 35 minutes sur un rythme crescendo. Claquettes répétitives, talons, plantes, sans autre musique que le bruit des chaussures sur le sol de la scène. C’est physique, ce doit être épuisant. Le haut de son corps ne bouge pas, mais ses pieds suivent le rythme comme un métronome. Jusqu’à ce qu’elle atteigne un état de fatigue propice. Les spectateurs eux aussi sont fatigués d’attendre. Mais elle avait prévenu, « ennuie-toi ». C’est fait !

Un dialogue avec une chaise. Photo Simone Fratini.
Après, toujours seule sur scène, elle va plus vers la danse moderne, parfois gesticulation, parfois caricature, parfois imitation « des danseuses qui ne se fatiguent pas ». C’est à dire classiques. Elle s’amuse avec cette idée. C’est un peu longuet.
Et puis un moment fort arrive. Après des changements de costumes, elle se met à chanter une chanson autour de la mort qui vient. Elle danse en même temps, en frappant toujours le sol puisqu’elle manie le flamenco à merveille, elle utilise une chaise comme un partenaire inventif. Folle énergie, cheveux défaits qui volent, Rocio trouve une gravité impressionnante, et à ce moment là, une profondeur.

Rocio Milina et ses quatre complices chanteuses. Photo Simone Fratini.
Plus tard, puisque sa performance dure près de deux heures, le miroir qui symbolisait la salle de danse s’éclaire de l’intérieur. Quatre femmes battent des mains et chantent le flamenco. Pendant ce temps là, avec son « guitariste », elle continue sa danse. Le spectacle installe une autre partie, flamenco mais aussi danse contemporaine. Rocio Molina n’hésite pas à mélanger les styles, les genres. Quelques moments de flamenco pur et dur sur les voix de ses quatre complices, toujours une énergie considérable. Et puis de l’excitation, des chaises qui envahissent la scène, une danse quasi tribale qui demande aussi l’échauffement des hanches, ce qu’elle ne manque pas de faire en se servant toujours des fauteuils renversés. Que ses complices empileront sur son corps.

Danse plus contemporaine que flamenca. Photo Simone Fratini.
Drole de prestation que cette performance de danse. Un spectacle sans musique alors que le flamenco est aussi un genre musical. Déconstruction de l’art dans lequel excelle, pour lequel elle a passé des heures et des heures de son enfance et de sa vie à s’entrainer. On n’est pas sûr d’avoir vu du flamenco sur scène. On sent que Rocio le possède à fond et tourne autour, s’amuse avec. Et la performance physique est impressionnante. Elle se donne à fond, même si parfois cela semble très désordonné.
Soirée qui laisse une impression mitigée. Le début, l’entrainement, était peut être en trop. Elle y disait et faisait ce que d’habitude les artistes ne disent pas et font seuls dans les coulisses. Spectacle clivant aussi, une partie du public réticente, l’autre enthousiaste. Rocio est manifestement une grande artiste, mais son spectacle un peu tout fou fait surtout appel à des réactions primaires, sans chercher à émouvoir ou questionner. La violence du flamenco, peut-être, disséquée, recomposée par une performeuse très sportive.
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