Mon expérience de service civique chez Magcentre signée Charlotte

Septembre 2025. J’ai 23 ans, je viens de terminer un master de recherche en littérature, et après plus d’un mois à envoyer des candidatures dans le vide, je commence à comprendre que le marché du travail culturel n’attendait pas spécialement mon arrivée. Les offres se font rares, les réponses encore plus. C’est alors que ma mère intervient, telle une héroïne volant à mon secours : « Et si tu faisais un service civique ? »

Crédit : CG.



Par Charlotte Guillois.


Je file donc sur le site du Service Civique et tombe sur une offre qui attire mon attention : rejoindre Magcentre, un média associatif régional. Deux problèmes cependant. D’abord, la mission commence le 1er octobre et j’envoie ma candidature le 25 septembre, autant dire que niveau timing, on est très serré. Ensuite, je suis extrêmement timide, anxieuse et peu à l’aise avec les interactions sociales (et ce sont des euphémismes). Des qualités qui me paraissent idéales pour devenir journaliste.

Contre toute attente, Jean-Jacques, l’un des fondateurs de Magcentre, m’appelle pour un entretien… dans un bar. Je m’imagine alors un PMU enfumé, Jean-Jacques avec un coup dans le nez en train d’éplucher mon CV. Heureusement, il s’agissait d’un café tout à fait normal, et Jean-Jacques était parfaitement sobre. L’entretien se passe bien, mon premier article semble convenir, et début octobre, je signe mon contrat de service civique.

Pardon pour ce cliché sur les bars… Crédit : CG.

Le baptême du feu

Dès le départ, tout s’enchaîne très vite. Le lundi matin, réunion Zoom avec l’équipe de contributeurs, majoritairement bénévoles et retraités. La moyenne d’âge doit tourner autour de 70 ans. J’ai parfois l’impression d’être en vacances chez mes grands-parents, ce qui me fait beaucoup rire intérieurement.

Maël, le secrétaire de rédaction (et seul autre « jeune » de l’équipe) commence doucement : quelques brèves à rédiger pour vérifier que je maîtrise la fameuse méthode des « 5 W ». Après des années à rédiger dissertations et mémoires, l’exercice me paraît presque reposant. Grave erreur.

Le lendemain, Maël me demande si je suis partante pour une conférence de presse. Toute seule. Si j’avais été honnête, j’aurais probablement répondu : « absolument pas ». Mais incapable de dire non, me voilà envoyée sur le terrain dès mon deuxième jour. En arrivant sur place, je panique immédiatement. Tous les journalistes avancent avec assurance, carte de presse autour du cou, l’air très professionnel. Moi, j’ai un tee-shirt tête de mort et l’impression très nette d’avoir infiltré un endroit où personne ne m’a invitée.

Pendant la conférence, les questions fusent. Je prends des notes en silence et fais semblant de savoir ce que je fais. Huit mois plus tard, je continue parfois à avoir cette impression. J’adore écrire, mais le côté social du journalisme reste pour moi une épreuve olympique.

Crédit : CG.

Entrée en scène du théâtre

Après quelques semaines, je commence malgré tout à prendre mes marques. Ce que je préfère, ce sont les articles culturels : livres, expos, théâtre. Puis Gérard, fondateur de Magcentre et tuteur de mon service civique, me propose de reprendre la section théâtre du journal. J’accepte immédiatement.

Avant Magcentre, je n’allais presque jamais au théâtre. Pourtant, grâce à cette mission, je découvre un univers que j’adore. Je réserve mes places pour de nombreuses pièces, la plupart au Théâtre d’Orléans. Je passe de fabuleux moments. Je ris, je m’émerveille et surtout, je prends énormément de plaisir à rédiger mes comptes rendus.

Et puis, entre nous, le théâtre a un autre avantage : pas besoin d’aller parler aux gens. Un simple mail pour demander une invitation presse, et le tour est joué. Le paradis.

Crédit : CG.

Entre passion littéraire et conférences sur les panneaux solaires

Au fil des mois, j’ai aussi découvert ce que j’aimais le plus : écrire sur la littérature. Ce sont pourtant les articles les plus longs à préparer : il faut demander le livre en service presse, le lire, prendre des notes, préparer une interview, contacter l’auteur… Mais j’adore ça. Rencontrer des auteurs me semble complètement irréel, et j’étais très étonnée qu’ils acceptent de répondre à la jeune inexpérimentée que je suis !

À l’inverse, certains sujets m’ont donné quelques sueurs froides. La technologie, l’innovation, les panneaux photovoltaïques… Gérard a même essayé de m’envoyer sur une conférence de mathématiques, alors que mes souvenirs des cours de maths se limitent essentiellement à des traumatismes. Sur ce genre d’articles, j’écris avec la peur permanente de raconter n’importe quoi. Heureusement, les textes sont relus par le comité de rédaction avant publication.

Crédit : CG.

Alors, verdict ?

Je suis très reconnaissante envers Magcentre de m’avoir formée au journalisme et de m’avoir fait confiance. Cette expérience m’a beaucoup appris, autant sur le métier que sur moi-même. Si je devais formuler une petite critique, ce serait peut-être le manque d’accompagnement au tout début. J’aime travailler en autonomie, mais quelques repères supplémentaires n’auraient pas été de trop quand on débarque dans un milieu qu’on ne connaît pas.

Le service civique reste malgré tout une expérience paradoxale. Présenté comme une solution pour les jeunes, il demeure difficilement accessible sans soutien financier extérieur. Avec environ 600 € par mois, vivre seul relève d’un défi quasi impossible. Sans promesse d’embauche à la fin, on retourne ensuite sur le marché du travail avec une ligne de plus sur le CV… et toujours autant d’incertitudes.

Cela dit, je garde l’espoir que cette expérience m’ouvrira des portes. Aujourd’hui, j’élargis mes recherches au journalisme, même si le secteur traverse une période compliquée. Et puis, après avoir survécu à une conférence de presse dès mon deuxième jour, je me dis que je peux probablement survivre au reste aussi.

 

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