Avec une poule noire en vedette, György Palfi, réalisateur hongrois qui s’intéresse beaucoup aux animaux, nous emmène dans un film noir qui plonge au cœur de la mafia la plus cynique. Des images puissantes captent le jeu passionnant de Cocotte, dénichant dans ses yeux globuleux la découverte de ce monde terriblement noir lui aussi, le nôtre.

La belle Cocotte. Capture bande annonce.
Au début il y a l’œuf. Ou plutôt les œufs. Parce que dans ce monde hyper industrialisé, même les œufs, les poussins et les poules sont produits. Séquence Temps modernes du XXIᵉ siècle, racks de casiers graphiques et chaînes de poussins colorés. Le vivant n’est plus à table comme chez Chaplin, mais au menu. Sauf qu’au milieu de ce flux jaune surgit une tache noire. Un grand jeu visuel fait vite grandir ce poussin en poule et la rejette du circuit de production. Une star de cinéma est née, une magnifique poule noire qui n’a pas froid aux yeux.

Le voyage. Capture bande annonce.
Après cette intro glaçante, pendant toute la première partie du film, Cocotte se glisse un peu partout, passagère clandestine de camionnettes diverses. Elle se trouve en but à la fois au monde sauvage des hommes (autoroutes, stations-services, manifs, fermiers hostiles) et à la dure réalité du monde animal avec les prédateurs (renards), les frères ennemis (chiens), et dans les fermes, les concurrentes amoureuses. Le voyage palpitant est semé d’embûches, mais elle s’en tire bien. György Palfi ne tombe pas dans le piège de la caméra subjective, mais on n’en est pas loin. Il filme à hauteur de poule. Ou au contraire en plongée. Incroyable image de Cocotte seule sur une route déserte, comme dans les plus purs road movies américains !

Parade. Photo Pallas Film.
Après pas mal de pérégrinations, elle arrive dans un endroit déglingué mais sublime, un ancien restaurant qui domine la mer. Le vieux qui l’a ramenée sans le savoir dans sa camionnette la découvre et pour une fois ne l’agresse pas. Il s’amuse de sa curiosité et de ses téméraires investigations, pour finalement la mettre dans le poulailler. Séquences extraordinaires de la vie commune chez les poules. On ne savait pas que ces bêtes avaient une telle présence à l’écran !

Le choeur des vieilles. Photo Pallas Film.
Le coq s’occupe d’elle et elle se met à pondre. Le gros plan de la ponte sur l’écran est vraiment du jamais-vu. Et György Palfi arrive à nous faire vivre son instinct maternel. Elle pond, on lui prend ses œufs, elle re-pond, et ainsi de suite. La vie, quoi, ordonnée par les hommes qui ne regardent même plus les animaux. Juste les répriment quand ils s’expriment trop, comme le chien qui reçoit son lot de claques à chaque aboiement.
Car les hommes, ces hommes-là en tout cas, ne sont pas dans le cycle de la vie, mais de la mort. Et c’est là que le film prend toute sa dimension et son importance. L’organisation, les trafics, les mafieux, les conflits et la noirceur des hommes lui brûlent les plumes, mais la laissent constater les dégâts et les crimes de ces animaux dominateurs et cruels, les pires du vivant, peut-être. Alors que la nature est si belle au bord de la Méditerranée.

Cocotte découvre le monde. Capture bande annonce.
György Palfi, réalisateur hongrois qui a situé son film en Grèce, s’est toujours intéressé aux animaux. Mais il trouve là un ton puissant inspiré des tragédies grecques. Avec un humour visuel poussé très loin, une attention aux rapports entre bêtes et une poésie désespérée, il nous transmet son regard perçant sur les hommes à travers cette poule magnifique. La médiation de Cocotte lui permet des images radicales qui ouvrent sur la noirceur du monde en restant chaudes et belles. C’est un exploit, et son film un bijou.
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