Les Français attachés à leur centre-ville ? Une enquête à manier avec précaution

67 % des Français attachés à leur centre-ville, oui, s’ils sont Parisiens. Dans les villes de la strate 50 000 à 70 000, c’est plutôt 58 % et le nombre d’emplacements commerciaux libres à Blois, Châteauroux ou Bourges rafraîchit ce bel enthousiasme.

Commerce de centre-ville, ce fleuriste castelroussin qui vendait aussi des objets de décoration et proposait un salon de thé, est parti s’installer en périphérie. Photo Pierre Belsoeur


Par Pierre Belsoeur.


Le 11e baromètre du centre-ville et des commerces, dévoilé la semaine dernière à Châteauroux, en lever de rideau des Assises nationales du Centre-Ville avait de quoi booster l’enthousiasme des 700 congressistes venus de toute la France dans la ville du président de l’association Villes de France, Gil Avérous. 67 % des Français sont attachés à leur centre-ville, d’après l’enquête de Cityz Média réalisée après le deuxième tour des municipales sur un échantillon de 2 927 personnes (dont 760 dans des communes où se déroulent des opérations Action Cœur de Ville et 550 dans le Grand Paris). C’est sept points de plus qu’en 2024.

Les jeunes aiment la ville

Ce sont les 18-24 ans qui sont les plus attachés au centre-ville, ils y recherchent du lien social, de la convivialité et du partage. Ils plébiscitent les terrasses de cafés, mais ne sont donc pas ceux qui font tourner le commerce traditionnel. Leurs aînés, qui se rendent en centre-ville au moins une fois par semaine, font le succès des marchés et recherchent les commerces de bouche proposant des produits locaux… mais font leurs achats majoritairement en supermarchés de périphérie.

Alors que les artisans ont déserté les centres-villes, remplacés par les banques, assurances, articles paramédicaux et chaînes de magasins de mode (qui disparaissent les uns après les autres) en particulier dans les villes moyennes, voilà que la tendance se retourne. Ceux qui étaient partis habiter en périphérie reviennent – l’âge aidant – et souhaitent retrouver en centre-ville les magasins de proximité qui en avaient été chassés.

Au maire de jouer !

Casse-tête pour les maires désignés par leurs électeurs comme acteurs numéro un de cette révolution. Il leur faut faire en sorte de réguler le marché, qui n’est pas directement de leur ressort puisqu’ils ne sont pas propriétaires des locaux commerciaux. Soit ils réglementent en taxant les locaux trop longtemps vides, soit ils usent de persuasion pour faire revenir les loyers à un niveau en rapport avec les bénéfices commerciaux. En même temps, c’est à eux de moderniser le mobilier urbain et de résoudre le problème du stationnement en centre-ville en évitant les voitures ventouses sans dissuader les automobilistes de venir en ville.
 

Gil Avérous (à droite), sur la scène de la cité du numérique, aux côtés de Jacques Chantillon (au micro), directeur général adjoint de Cityz Media, Dominique Consille directrice du programme Action Coeur de Ville et Philippe Laurent, maire de Sceaux et président de Centre Ville en Mouvement. Photo Pierre Belsoeur

 
Et même les meilleurs se cassent les dents sur ce problème. Le passage des parkings de Châteauroux à une gestion privée a provoqué une levée de boucliers des commerçants (Gil Avérous a néanmoins été confortablement réélu) et en semaine les parkings barriérés demeurent très largement sous-utilisés. Par ailleurs, ce même maire peut opposer un contre-exemple éloquent à ceux qui affirment que seuls les artisans sont capables de stabiliser une clientèle en lui proposant des produits qu’ils ont appris à transformer et en y ajoutant le conseil. « Dans le centre de Châteauroux, conteste l’élu, j’ai un fleuriste qui vient de fermer boutique pour aller s’installer en périphérie. » Un contre-exemple ne fait pas une généralité, mais le fait est que malgré les actions financées par les communautés urbaines, le déchet est inquiétant. « On ne s’improvise pas commerçant », affirme Dominique Anract, président de la Confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie française. Mais le constat qu’il fait avec ses collègues artisans, c’est que les candidats préfèrent se lancer dans la création de commerces plutôt que dans la reprise. Or 70 000 commerces seront à reprendre dans les cinq à dix prochaines années. Corollaire de cette constatation, les jeunes entrepreneurs ne connaissent pas les structures susceptibles de les accompagner dans leurs démarches.

La situation n’est donc pas (encore) désespérée, mais lorsque l’on voit les investissements des collectivités pour former des artisans et maintenir en vie les centres-villes, on a le droit de s’interroger sur le contrôle de ces financements.

Les détails de cette enquête sur centre-ville.org.


Plus d’infos autrement :

À Saint-Pierre-des-Corps, le centre-ville devient un champ de bataille politique et social

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