« Une année italienne », un regard juste et tendre sur la fin de l’adolescence

Ce film d’adolescents de Laura Samani, intelligent et sensible, retrace avec beaucoup de charme le parcours de quatre jeunes. Fred, une Suédoise qui vient d’arriver, s’intègre à un groupe de copains. Loin des clichés sur la jeunesse, la mise en scène met cet apprentissage de la vie en perspective dans une ville frontière. Les jeunes acteurs, très bien dirigés, sont magnifiques. Belle découverte.

Antero (Giacomo Covi) et Fred (Stella Wendick). Capture bande annonce.



Par Bernard Cassat.


En 2007 à Trieste, Laura Samani a 19 ans. C’est donc en ce lieu et date qu’elle situe son film, adaptation d’un livre écrit il y a un siècle par Giani Stuparich. Ses quatre personnages, trois garçons et une fille, portent son propre vécu.

Ils sont jeunes et ils sont beaux. La fille, Fred, Suédoise qui arrive là au hasard de la vie de son père, ne parle pas italien mais va très vite se mettre au courant. Son arrivée dans le lycée ne passe pas inaperçue. C’est un âge où les désirs s’affûtent et s’affolent. Mais restent empreints de gamineries, comme de piquer les fringues de Fred après la douche, au sport. Elle s’en sort bien, rentrant chez elle drapée dans sa serviette. Ce qui sera son rite de passage, son acceptation.

Les quatre dans un bistrot. Capture bande annonce.


Une année italienne est évidemment un film d’initiation, d’éducation sentimentale. Les personnages, bien caractérisés, sont attachants. Il y a Antero (Giacomo Covi), beau ténébreux poète à ses heures, au sourire implacable. Il y a Pasini (Pietro Giustolisi), qui boit trop pour oublier la mort de son frère sur un scooter, et Mitis (Samuel Volturno) sans cesse en train de rompre et de renouer avec sa copine. Fred (Stella Wendick) se glisse dans le groupe, surtout attirée par Antero mais très sensible au malheur de Pasini. Elle aussi a un deuil à digérer, celui de sa mère, morte quand elle était plus jeune. Les quatre acteurs ont été choisis sur casting. C’est un premier rôle pour tous, dont ils s’acquittent brillamment.

Pasini (Pietro Giustolisi) et Fred (Stella Wendick). Photo Arizona Distribution.


Les scènes en classe rompent avec tout ce que l’on a déjà pu voir dans le genre. Les élèves, entre eux comme avec les profs, ont des rapports apaisés, intelligents, qu’on envie un peu pour la réalité de l’école actuelle. D’ailleurs, intelligents, ils le sont vraiment, ces quatre-là. Leur amitié qui monte leur donne une force insolente. Une image les montre en ligne, marchant dans la rue, de face, souriants et décidés. Des stars, des icônes magnifiques de la jeunesse, fortes, invincibles.

Un rendez-vous devant la ville de Trieste. Capture bande annonce.


L’adhésion de la Slovénie à l’Europe est l’occasion pour le groupe d’aller faire un tour à la frontière. Le couple Fred-Antero, dans un jeu de rôle douanier-visiteur, y échange leur premier baiser. La délicatesse, l’humour, la réussite de cet échange, augmentés par la dimension territoriale et politique, font de ce moment une belle trouvaille.

C’est par des séquences comme celle-là que Laura Samani montre la grande pertinence de sa mise en scène. Ou dans l’imprimerie désaffectée du grand-père de Mitis. C’est leur lieu de réunion, qui auparavant ne recevait pas de filles. Mais pour le groupe, Fred est « comme un garçon ». C’est donc là qu’ils viennent boire, fumer, discuter. Et l’inévitable scène d’amour entre Fred et Antero y trouve sa place. Soft, et pourtant tout est montré, même le préservatif ! Pour ne pas oublier de montrer leur maturité, la conscience de leurs actes. Mais la scène est tellement discrète que les deux autres ne seront pas au courant. Là aussi, la réalisatrice trouve un ton juste.

Discussions amoureuses. Capture bande annonce.


Mais un orage amoureux se pointe, la jalousie se glisse dans le groupe, les ressentiments s’attaquent à l’amitié. L’initiation va jusqu’au bout. Un graffiti injurieux sur le mur du lycée, équivalent des messages actuels sur les réseaux, fait vaciller Fred. Mais l’énergie va gagner. Ils se sépareront l’année prochaine, chacun allant vers son avenir qu’on peut penser réussi.

À aucun moment Laura Samani ne cède aux clichés ou aux facilités de narration. Elle conserve jusqu’au bout son ton juste, son approche intéressante de ces quatre très jeunes adultes, son regard bienveillant, touchant. Sans faire un coup d’éclat, son film témoigne avec bonheur de cet âge difficile à vivre, à mettre en histoire et en images.


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