Dans les pas de Mireille, Jacqueline et Henriette Korman

Comment parler de la Shoah à des adolescents sans transformer l’Histoire en leçon abstraite ou en devoir de mémoire convenu ? Au collège de la Forêt, à Traînou, une cinquantaine d’élèves de troisième ont tenté d’y répondre en suivant, pendant un an, les traces de Mireille, Jacqueline et Henriette Korman.

Au musée d’Auschwitz, dans le pavillon français, apprendre à voir, pour ne pas oublier – photo Marie Pourriot

 

Tout commence par un livre : Les Presque sœurs de Cloé Korman (Seuil). Les élèves le lisent pendant l’été. Puis, durant l’année scolaire, ils quittent les pages pour entrer dans les lieux : Montargis où vécut la famille Korman, Beaune-la-Rolande, Drancy, Bobigny, jusqu’à Auschwitz-Birkenau.

Le projet repose sur une intuition : pour comprendre l’Histoire, il faut lui rendre des visages. Mireille, Jacqueline et Henriette ne sont plus seulement trois enfants parmi les victimes de la Shoah. Elles deviennent des présences, des voix, des vies interrompues auxquelles les élèves prêtent les leurs lors de lectures publiques et de cérémonies.

Mais l’ambition du projet est aussi de raconter ce qui est arrivé. Il s’agit de comprendre comment cela est devenu possible.

À travers les archives, les ateliers, les rencontres et l’écriture, les collégiens travaillent sur ce qui précède les persécutions : les stéréotypes, les catégories, les mots qui désignent certains comme différents, puis comme indésirables. Ils découvrent que la destruction de l’autre ne commence pas forcément par la violence extrême, mais plutôt par des regards, des discours, des exclusions ordinaires.

Dans une époque traversée par le retour des actes antisémites et des discours de haine, Marie Pouriot, leur professeure de lettres modernes, a fait le pari exigeant de transmettre non par l’injonction morale, mais par l’expérience, la littérature et le temps long.

En suivant le destin des trois fillettes, les élèves ont appris ce qu’a été la Shoah et à reconnaître les chemins qui y ont conduit.

Au musée d’Auschwitz, dans le block de Yad Vashem, on retrouve trace de Mireille, Jacqueline et Henriette Korman, notamment sur l’immense livre des noms – photo Marie Pourriot


Plus d’infos autrement :

Une exposition sur l’histoire de l’antisémitisme à l’Université d’Orléans

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

  1. Excellente initiative , à relier à l’article suivant afin de bien nous remettre en mémoire la réalité infamante des adeptes des coups de canon …

  2. Redonner vie à trois enfants c’est restituer leur humanité aux six millions de victimes de la shoah. C’est la meilleure façon qui soit. L’exemple vaudrait pour d’autres peuples fuyant les guerres et les persécutions et qu’on désigne trop souvent par des métaphores liquides (flux ou vagues…) ou par des acronymes administratifs.

  3. Bravo à cette professeure !

    Les jeunes seront les adultes de demain, ils permettront d’éviter les horreurs qui semblent revenir petit à petit…

    C’est important qu’ils comprennent la mesure de ce qui s’est passé… et quel est le meilleur moyen que de parcourir le passé des enfants de leur âge…?

    Encore bravo !

Les commentaires pour cet article sont clos.

Centre-Val de Loire
  • Aujourd'hui
    • matin 22°C
    • après midi 35°C
  • mercredi
    • matin 22°C
    • après midi 39°C
Copyright © MagCentre 2012-2026