Défendre le journalisme, ça presse !

Attaqué de toute part, victime d’un Mercato sauvage, le monde des médias et de l’information est en permanence menacé d’être mis en cage. Et les journalistes trop souvent renvoyés sur la touche.



Par Mag’Asine.


« Les journalistes ont le devoir d’impertinence », déclarait Hubert Beuve-Méry, directeur du quotidien Le Monde. Certes, mais cela, c’était avant. Avant l’entrée dans les capitaux des médias influents de quelques industriels richissimes amusés de s’acheter un journal comme d’autres s’offraient les charmes d’un petit rat de l’opéra. Puis vint le temps où ils entrèrent aussi dans les capitaux des écoles de journalisme, qu’ils expliquèrent aux responsables l’intérêt d’associer plus étroitement les formations de journalistes et d’attachés de presse, pour créer une synergie qui, disaient-ils, était logique, puisque chacun, à sa place, se devait d’être un acteur économique. On ne disait pas encore « un influenceur », parce que ça, encore, c’était avant. Mais un avant beaucoup plus proche de maintenant.

Maintenant, les journalistes deviennent des espèces rares, presque fantasmées, surtout quand ils sont d’irréductibles Gaulois ancrés dans des valeurs ironiquement attribuées à des « boomers », voire des vieux c..s qui ne comprennent rien au monde actuel. Un monde où les créateurs de contenus et autres influenceurs en mauvaises herbes jouent à fond la carte promotionnelle, à croire que ces nouveaux « métiers » ont été inventés dans des agences de com’ avec le soutien très actif des grands maîtres du web. Avec un crédo affiché qui fait de plus en plus école, y compris dans quelques médias dits indépendants : se servir de sa plume, souvent brillante, pour servir la soupe à des amis ou des financeurs, et se féliciter de leur aval, plutôt que de prioriser l’intérêt du sujet pour les lecteurs. À décharge, il est vrai qu’au regard des commentaires de nombre de « followers », on peut vouloir être résolument cynique.

Maintenant, c’est surtout aujourd’hui, ce jeudi 18 juin, jour d’appel intersyndical à mobilisation parisienne* pour défendre l’information, la vraie, face à la généralisation de l’IA tout comme aux regroupements de titres notamment par un certain Bolloré, qui fragilisent la profession, par exemple en supprimant 47 % des postes de journalistes du groupe Prisma. Plus régionalement, on ne peut que déplorer les licenciements annoncés au groupe Centre France, qui toucheront tous ses quotidiens. Pourquoi ? Par manque de crédibilité ? Que nenni. Une enquête révélée ce mardi 16 juin sur Radio France, effectuée sur 100 000 personnes par l’Institut Reuters, indique que pour la première fois les sources d’informations privilégiées dans le monde sont devenues majoritairement les réseaux sociaux. Sans pour autant avoir les « refs ». Au moment où les matchs de la Coupe du monde de football vont occuper une majorité de nos contemporains, espérons qu’il n’est pas encore trop tard pour siffler quelques penalties contre ces agissements, au-delà de toutes promesses politiciennes opportunistes autant qu’intéressées.

  • Une manifestation à l’appel des syndicats SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes, le SGJ-FO, la Filpac-CGT, le SNPEP-FO, Info’Com-CGT soutenue par : Union des clubs de la presse de France et francophones (UCP2F), Association des journalistes scientifiques de la presse d’information (AJSPI), Association des journalistes du tourisme (AJT), Prenons la Une, Club de la presse Occitanie, Profession : Pigiste, FEC-FO.

Crédit photo : Mathias Reding / Pexels

Commentaires

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  1. Il faut soutenir le projet de loi porté par Acrimed pour limiter le pouvoir de l’argent sur les médias.

  2. Hubert Beuve-Méry n’est pas la meilleure référence !

    On en est où de la défense des ordonnances de 1944 sur le pluralisme de la presse ?

    Mitterrand et Chirac, encore eux, ont laissés Hersant instituer une concentration de la presse.

    “https://www.corsaire-editions.com/pages/gilbert-trompas”

  3. Très pertinente suggestion de H Rigault, la lecture d’Acrimed est très éclairante .
    Il conviendrait aussi que les journalistes du service public ne se fassent les relais de la politique gouvernemental, ne tendent pas complaisamment leurs micros aux élus du RN , aux lobbys agricoles,à ceux qui dénigrent sans nuance la justice.

  4. Ahhh les journalistes ! Que des menteurs, des influenceurs d’opinions, voir même des gauchistes à Magcentre.
    Mais où trouvons-nous l’information sans la pertinence de ce métier ? À nous, citoyens de nous faire notre opinion, nos connaissances avec tous les articles, journaux, médias etc
    Un vrai journaliste est une personne qui vérifie ses sources, ses arguments, et qui peut aussi avoir son opinion.
    Un journaliste au Figaro, par exemple, n’aura jamais le même regard que Libération.

    À nous de nous instruire.
    Comme Magcentre le fait : certainement de gauche, et alors ?
    À nous de réfléchir…
    CNews est la diarrhée de l’info, mais on peut aussi la regarder et vomir… parce que il n’y a aucune pluralité .

    Et pour conclure : il faut absolument une liberté de la presse. C’est le levier de la démocratie.

  5. Savez-vous comment on traduit “follower” en français ? …..
    ….. Mouton de Panurge.

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