« Le sport », l’une des plus grandes fumisteries contemporaines

La machine médiatique de la Coupe du monde de football a démarré. Un emballement irrationnel contamine déjà toute la planète. On va encore nous chanter l’hymne à la fraternité universelle par le « sport ». Ce mot est brandi comme une valeur refuge, un absolu indiscutable. Sous cette ferveur œcuménique, une question reste : de quoi parle-t-on exactement ?
 

Le golf : un rituel sur gazon tondu au millimètre. ©Pixabay


Par Jean-Paul Briand.


Le mot « sport » est un mot-valise mystificateur. En désignant tout, il ne désigne plus rien. C’est une imposture sémantique, une auberge espagnole conceptuelle où chacun range ses fantasmes, ses intérêts financiers ou ses obsessions hygiénistes. Par quel miracle de la langue le même vocable peut-il désigner à la fois la marche matinale d’un retraité bedonnant et l’affrontement de deux athlètes, sans une once de gras, dans un ring de boxe ? Quels sont les points communs entre le golf et le MMA ? D’un côté, un rituel sur gazon tondu au millimètre, où rien ne doit perturber le swing d’un gentleman. De l’autre, une guerre où l’on brise des membres, endommage des cerveaux sous les hurlements d’une foule en transe.

Un amalgame malhonnête

Le « sport d’entretien » et le « sport-loisir » relèvent de la sphère privée, de la quête de santé ou de l’hédonisme décontracté. On s’y fait du bien, on y cherche la bonne forme physique. À l’opposé, le « sport de haut niveau » est souvent une entreprise de destruction des corps au nom de la performance. Le « sport de haut niveau » ne donne pas la santé, il la consomme. Le corps y est sommé d’être rentable, productif et d’aller au-delà des limites physiologiques, quitte à le mettre en danger. Quel rapport existe entre un entraînement forcené et une marche du dimanche matin ? C’est un amalgame malhonnête de vouloir tout ranger sous la même bannière.

Le sport de compétition génère souvent les pires fraudes

La compétition forme rarement à la fraternité : elle fabrique de la hiérarchie. Elle trie, elle sélectionne, elle exclut. Le sport de compétition met en place et renforce la concurrence délétère qui règne en maîtresse dans la société : le vainqueur rafle la mise, le second n’est que le premier des perdants. L’éthique est souvent oubliée. La nécessité du résultat à tout prix permet d’enseigner, dès les plus petites catégories, le truquage stratégique, la « faute intelligente ». Le sport de compétition génère parfois les pires tricheries, supercheries et fraudes.

Le « sport-spectacle » est un simulacre de sport

Il n’y a rien de commun entre le bénévole qui trace les lignes du terrain de foot de son village et le président de la FIFA qui négocie des contrats en milliards de dollars.

Dans les villages le match de football est un ciment social. C’est un prétexte aux retrouvailles, à la mauvaise foi partagée à la buvette, parfois à des embrouilles locales détestables mais dérisoires. Les enjeux y sont insignifiants mais essentiels car ils humanisent le quotidien. À l’autre bout du spectre, le « sport-spectacle » mondialisé n’a plus rien de sportif. C’est du business, une excroissance de la géopolitique et du capitalisme le plus brutal.

On ne peut plus parler de sport quand une Coupe du monde devient le terrain de négociations d’États despotes cherchant à s’acheter une respectabilité internationale. Ou quand les droits de diffusion télévisuelle dictent les horaires des matchs au mépris des spectateurs locaux ou de la santé des joueurs ? Le « sport-spectacle » est un simulacre. C’est essentiellement un empire où l’ingénierie financière et le divertissement sont conçus pour capter du temps de cerveau disponible pour les publicitaires.
 

Pour la coupe du monde, le président de la FIFA négocie des contrats en milliards de dollars. ©Pixabay

Le sport d’élite ne nourrit pas le sport amateur

Certains naïfs croient que le sport d’élite aide à financer le sport de masse et que les stars de la Coupe du monde inspirent les gamins des banlieues. La théorie du « ruissellement » s’appliquerait au sport. Une vaste fumisterie. Le sport d’élite ne nourrit pas le sport amateur. Il le vampirise. Il impose ses codes, ses célébrations, son culte de l’argent à des structures associatives qui crèvent en silence, faute de subventions.

Derrière l’unité de façade du mot « sport » s’affrontent deux visions du monde : d’un côté, le sport comme émancipation, art du mouvement et gratuité du geste. De l’autre, le sport comme aliénation, rationalisation productiviste et drogue sédative des populations.

Des pratiques contrastées réunies sous un même nom

Ne nous laissons pas berner par la grand-messe de la Coupe du monde de football. Admirons éventuellement la performance athlétique, les beaux gestes techniques ou la dramaturgie d’un match indécis. Mais cessons de considérer le « sport » comme une vertu universelle.

Le sport n’existe pas. Il n’y a que des pratiques contrastées, dissemblables voire antagonistes, réunies artificiellement sous un même nom.

« Le sport : je suis croyante mais pas pratiquante » Anne Roumanoff

 
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Blanchiment de paroles sales, le sport est-il raciste ?

Commentaires

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  1. Très bonne analyse du “sport spectacle ” !! Qui effectivement brasse des milliards pour des gens qui vont faire taper dans un ballon le mieux possible des jeunes venus de partout pourvu qu’ils aient une once de génie sur le gazon…! Et qui deviendront vite imbuvables à cause de l’argent et du barnum fait autour d’eux pendant que des smicards achèteront très cher des maillots et autres babioles à leur effigie ! Et on parle sport ? Et on parle de liesse de la foule ? De communion ? Navrant…

  2. Bonjour, excellent article sur ce sujet ! La finance a dévoré toute la sphère “sportive”, en laissant que des miettes aux clubs amateurs, même les JO, sont devenus une pompe à fric ! C’est triste, mais pas surprenant connaissant la “voracité” du néo-libéralisme ! De plus , comme chez les Romains, “du pain et des jeux” pour tenir l’empire, les gens sont manipulés par cette emprise ! Cdt, M.P .

  3. Oui, tout est juste dans cette analyse, ou presque. Mais la vie tout cours, les examens et concours (c’est d’actualité), la vie professionnelle ne sont-ils pas non plus une compétition. Et la compétition n’est-elle pas un moyen pour se transcender et atteindre le meilleur de soi-même !
    On aurait pu parler de l’Art, des festivals en tout genre, du théâtre ou du cinéma, avec une analyse en beaucoup de points similaire à celle exposée pour le sport.
    Le sport, c’est pour beaucoup un spectacle. Et chacun choisit son spectacle en fonction de sa compréhension des “choses de la vie” (ceux qui apprécient le football ne sont évidemment pas les mêmes que ceux qui préfèrent le golf).
    On aurait pu aussi dire que ceux qui choisissent de se mettre en scène sont ceux qui ont un peu de talent dans le domaine choisi bien sûr, mais qui ont aussi soif de reconnaissance, et peut-être même de pouvoir, et qui cherche à ainsi gagner leur vie en ayant une activité qui leur paraît facile, à leur portée…, ce qui n’est jamais le cas.
    Et finalement admettre que dans toute chose dans la vie, et donc dans le sport professionnel comme amateur, on peut trouver du positif et du négatif, et donc exposer ses bienfaits et ses travers. Et si jamais le sport professionnel et le football en particulier était si néfaste, il faudrait le “supprimer”. Comme faire : convaincre l’immense majorité des gens (souvent “simples” et ce n’est pas péjoratif) de ne plus aller au stade….

  4. Est-il moral de gagner sa vie en faisant du sport, si ce n’est que donner un spectacle que nous, spectateurs, payons au prix fort, publicité, produits dérivés… Nous passons trop peu de temps à réfléchir à la cohérence de nos choix, à notre soumission au matraquage publicitaire pour consommer toujours plus et tout détruire sur notre passage.

  5. Je n’aime pas les sports qui exacerbent les chauvinismes. Je suis pour le gagnant, qu’il soit de chez moi ou d’ailleurs, car c’est lui qui est le meilleur. Je n’aime pas toute cette hystérie quand c’est mon pays, ma ville qui gagne. Et vive le sport amateur, le sport du dimanche, le (ou la) joggeur le soir le long de la Loire ou du Loiret…
    L’essentiel n’est-il pas de participer ? comme disait de Coubertin

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