Jeanne d’Arc, l’esclavage, Hitler ou même le climat… tout semble désormais négociable. Et quand les dogmes prennent le pas sur les faits, ces derniers finissent souvent par raconter n’importe quoi.
Jeanne d’Arc récupérée, simplifiée ou instrumentalisée… l’exemple d’un passé détourné au gré des intérêts de chacun.
On a les fêtes de libération à répétition, 500 ans après, par Jeanne d’Arc, devenue sainte par pure politique entre les deux guerres mondiales, de villes et villages sur les bords de Loire. On a les approximations d’un monde romain idéalisé dans une Gaule pacifiée plus collaboratrice que résistante. On a les discours lénifiants lors de commémorations de l’appel du 18 juin. En région Centre-Val de Loire, ailleurs aussi, depuis les dernières élections et l’arrivée de municipalités d’extrême droite, on n’échappe pas à un phénomène de relecture de l’Histoire de France. Parfois, c’est la géographie elle-même qui est ainsi revue et corrigée.
Le passé, terrain de conquête
Sur ces nouveaux territoires conquis, c’est une version biaisée qui vient souvent contredire les faits. Désormais, on refait l’histoire comme on refait le match, selon des dogmes, plutôt que sur une vérité établie. Au-delà d’une potentielle méconnaissance totale du sujet, c’est une manière de s’étalonner pour un « futur qui ne se sépare jamais du passé ». Décidément, l’histoire, en mauvaise foi et coups de gueule à peine voilés, vue par nombre d’élus extrémistes ne vaut vraiment pas mieux qu’une émission d’Eugène Saccomano, le spécialiste de foot à la radio, et sur LCI, au début des années 2000.
Transformations, déformations, oublis, sélections sont devenus les maîtres-mots d’une histoire, d’une géographie revisitées comme un plat de lentilles transformé en steak ou saucisse végans. Plus c’est gros, plus ça tire… Les traditions religieuses deviennent des traditions tout court et la laïcité doit céder le pas aux endoctrinements sectaires. Ce n’est surtout pas une loi de 1901 qui va y changer grand-chose. De fait, à force de regarder les programmes courts historiques sur W9, le « Jeanne, au secours » éructé par un Jean-Marie Le Pen de gala en 2015 a pris des rides mais fait perdurer l’idée. Ses héritiers, ses héritières, qu’ils ou qu’elles soient en ligne directe ou putatifs, ont appris du patriarche frontiste. On ne peut pas reprocher à l’extrême droite d’apprendre plus vite de ses erreurs que les autres partis officiels. Non pas qu’elle sache modérer ses troupes, que nenni. Elle sait masquer, c’est là sa principale qualité. Overton peut ainsi ouvrir toutes les fenêtres…
Le roman national contre les faits
Pour utiliser à ses fins l’ochlocratie du moment, ici, une commémoration pour la journée nationale de l’abolition de l’esclavage est annulée pour cause de « fait historique » selon l’une de ces nouvelles municipalités. Avec pour explication : « …on n’est pas près de revoir des Hommes qui vont faire le commerce d’autres Hommes, qui vont les entraver avec des chaînes au cou pour vendre ces Hommes, selon le travail qu’ils peuvent produire. Qui peut croire ça aujourd’hui ? » À quelques heures de l’abrogation du Code noir de Colbert (promulgué à la fin du XVIIe siècle) par l’Assemblée nationale, la réflexion doit être appréciée à sa juste valeur. Là, on compte les morts de l’enfer du communisme et on oublie ceux du capitalisme tant il est vrai qu’il n’existe pas d’autre paradis sur terre. Ailleurs, on déclare que le national-socialisme d’Hitler, c’était du socialisme puisque, comme le Port-Salut, c’est écrit dessus. On n’est pas loin d’un Pétain de gauche bien avant 1940. D’ailleurs les deux se sont serré la main à Montoire-sur-le-Loir, c’est dire ! Vraiment, Shakespeare avait raison, même si ce n’est pas seulement dans le royaume de Danemark qu’il y a quelque chose de pourri.
Les thermomètres mentent aussi
Pour faire bonne mesure, quand pour certains les rivières deviennent fleuves, d’autres se la jouent climatosceptiques. Il existe ainsi, dans le Loir-et-Cher, un microclimat. Par exemple, depuis des lustres, les Solognots vous diront que, à Souesmes, la gelée arrive avant la gelée. Désormais, Salbris se démarque aussi puisque, malgré les changements climatiques et l’alerte orange canicule préfectorale, les températures étaient, selon le maire de la commune, douces et loin d’être caniculaires, ce dernier samedi. Dans le même temps, à moins de 30 km de là, à Romorantin, les élus organisaient une cellule de crise afin de prendre des mesures préventives. Mais quelles chochottes, ces Romorantinais… La nature n’est rien, c’est Alexandre qui décide !
Dans le monde des A, les chevaliers du Ni n’existent pas et c’est bien dommage. Dans ce monde d’absurdie qui est pourtant devenu le nôtre, Alfred Elton van Vogt et les Monty Python ne se rencontreront jamais alors que le paradigme de l’un va tellement bien avec la bouffonnerie des autres.
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C’est tête de veau sinon rien