Quand les morts reprennent vie avec François Priet

François Priet, universitaire émérite orléanais, vient de publier un étonnant « dictionnaire historique français des sépultures d’hommes et de femmes célèbres » aux éditions Complicités. Intitulé Et je ressusciterai les morts, l’ouvrage unique en son genre recense plus de 3 500 personnages dont il a identifié le lieu de sépulture. Une recherche sur plus de 20 ans qui a généré quelques surprises et ouvre à la réflexion.

François Priet présente son ouvrage « Et je ressusciterai les morts ». Photo AC Chapuis



Par Anne-Cécile Chapuis.


Le sujet le passionne depuis deux décennies. Nantais d’origine, François Priet a fait toute sa carrière à l’université d’Orléans. Il y a enseigné le droit public et a publié de nombreux ouvrages de référence sur le sujet. En parallèle, il s’intéresse à l’art et à l’histoire et se passionne pour les oubliés de l’histoire, ceux dont on ne trouve plus trace que dans leur ultime demeure. S’ensuit alors une longue et méticuleuse recherche sur les personnalités (françaises, car il faut bien limiter un corpus déjà immense) et leur lieu de sépulture.

Il se heurte à plusieurs difficultés. Tout d’abord son terme de « célébrité » est ouvert, et il n’échappe pas à la subjectivité, tout en soulignant que ses personnages peuvent avoir atteint la notoriété autant par leur bravoure ou leur apport à la civilisation que par leurs exactions voire leur monstruosité. Les héros côtoient les crapules.

Par ailleurs, les lieux de sépulture sont intimement liés à une histoire politique. François Priet cite notamment les guerres de religion, les révolutions ou les mouvements de création des grands cimetières au XIXe siècle. Pour ne pas hiérarchiser, il s’en tient au strict listing alphabétique et à un deuxième classement géographique, par département ou pays. Et c’est ainsi un repérage en 538 pages sur les célébrités françaises depuis les Mérovingiens jusqu’à nos jours.

Une promenade dans le temps et le pays au fil des pages

Comme dans tout dictionnaire, on cherche une entrée précise, mais en feuilletant les pages, l’œil est attiré par un nom, et nous voilà partis à musarder parmi les personnages, à butiner au hasard des interpellations, à nous attarder sur des rencontres fortuites.

Pour chaque personnage, quelques lignes descriptives sont rédigées. Là encore, François Priet revendique la subjectivité, et c’est ce qui rend l’ouvrage très attractif. On apprend ainsi que Boris Vian possède un esprit « d’indépendance et de non-conformisme qui conservent intact leur pouvoir de séduction », que François Mitterrand était « surnommé le Florentin, secret, impénétrable, autant haï qu’admiré », ou que pour Marguerite Duras : « seule la postérité permettra de déterminer l’importance littéraire » (sic). On découvre que Denis Papin est mort dans l’anonymat à une date inconnue et est enterré dans une fosse commune. Au passage, on découvre que des restes de Jeanne d’Arc n’en finissent pas de faire polémique : authentifiés comme probables en 1897 à Orléans, ils se révèlent appartenir à une momie égyptienne après des recherches scientifiques en 2007. Et quant à Lavoisier, « scientifique génial mais pour son malheur fermier général », il fut condamné à mort par les révolutionnaires puis inhumé dans un cimetière parisien aujourd’hui disparu.

Les destins tragiques côtoient les faits glorieux, les oubliés flirtent avec les célébrités, bref, c’est une mine d’informations qui dépasse de loin le strict repérage funéraire. Réhabiliter, remettre en mémoire, redonner vie à des personnes à travers leur dernière demeure, c’est le pari – très réussi – de François Priet.

L’ouvrage de François Priet paru aux éditions Complicités. Illustration originale d’Éric Rolland Bellagamba La mort n’est pas une fin. Photo ACC


Au-delà d’un ouvrage original et précieux grâce aux informations inédites qu’il contient, agréable à feuilleter au point d’en faire un livre de chevet, il ouvre sur de nombreuses réflexions. C’est le rapport à la mort, individuel et collectif, qui peut être interrogé. C’est aussi la politique menée, notamment avec l’évolution des pratiques funéraires ou le droit de la famille qui vient bousculer les us et coutumes.

Le dictionnaire de François Priet emmène bien loin vers « une géographie de la mémoire qui relie les siècles et les générations ». Tous égaux devant la mort ? Que nenni !

Et je ressusciterai les morts
Dictionnaire historique français des sépultures d’hommes et de femmes célèbres

Éditions Complicités, Paris, 2ᵉ trimestre 2026
538 pages – 35 euros


Plus d’infos autrement :

La mort ne doit plus être un sujet tabou

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