Jamais, depuis sa création en 2017, le Cocorico Electro n’avait connu pareils remous. L’annulation d’une quatrième soirée, prévue le 13 juillet, par un arrêté municipal a mis le feu aux poudres. Organisateurs et municipalité de La Ferté-Saint-Aubin campent sur leurs positions, au risque de fragiliser le festival et de compromettre l’avenir de leur collaboration.
Les plus grands noms de la musique électro se sont déjà produits au château de La Ferté-Saint-Aubin. (photo Flex Réalisation com’ Cocorico Electro)
Communiqué officiel des organisateurs, justifications de la municipalité : chacun défend sa position. Si les arguments avancés de part et d’autre peuvent s’entendre, cette crise pourrait pénaliser les festivaliers, fragiliser l’économie du festival et plomber la qualité de la collaboration future entre la commune et l’équipe de Lancelot Guyot, propriétaire du château de La Ferté-Saint-Aubin et à l’initiative de l’événement.
Mais comment en est-on arrivé là ?
À la vue d’un calendrier « favorable », les organisateurs du Cocorico proposent de prolonger le plaisir et de rajouter une soirée bonus. Cependant, lors d’une réunion de travail, le 8 octobre 2025, la municipalité émet des réserves quant à la tenue d’une quatrième journée.
Premier point avancé, le 13 juillet est une journée sensible. Les forces de l’ordre sont très sollicitées et mobilisées dans tout le département pour assurer la sécurité sur bon nombre d’événements. « Il y a une sécurité à assurer. Chaque jour, c’est l’équivalent de 8 000 festivaliers qui arrivent dans une petite ville de 7 500 habitants », justifie Katia Bailly, maire de la commune.
Pour Lancelot Guyot, c’est un faux problème : « La commission de sécurité (SDIS et gendarmerie) qui passe chaque année vient vérifier notre capacité à assurer la sécurité incendie et des personnes, à être autonome au cas où ils sont sollicités exceptionnellement ailleurs. Nous avions ajouté 10 agents dédiés à la gestion des flux, de la circulation pour ce jour bonus, et la préfecture les a autorisés à réaliser ces tâches. Nous sommes de bons élèves en matière de sécurité. »
Second point soulevé par la première magistrate, la pénurie de personnel communal sur une période de congés. Moins d’agents de la force publique et moins d’agents communaux, tel serait le nœud du problème pour relever le challenge d’une journée supplémentaire.
Un festival de propositions
Face à ce blocage, Lancelot Guyot soumet un certain nombre de propositions (raccourcir les horaires, réduire la jauge, renforcer les dispositifs de sécurité propres au festival, places gratuites pour les 18-25 ans fertésiens…) qui ne semblent pas trouver écho auprès de la municipalité. De son côté, Katia Bailly propose un festival à 4 jours, mais tous les deux ans. Une idée inenvisageable puisque le Cocorico s’inscrit dans une périodicité annuelle identifiée et bien installée depuis une dizaine d’années. Lancelot Guyot voit d’ailleurs dans cette proposition « une profonde méconnaissance du milieu culturel et de l’économie des festivals de la part de l’équipe municipale ».
Un arrêté en guise de fin de non-recevoir
Alors le temps passe, les positions restent figées de part et d’autre. Le « line-up » (programmation) de la quatrième journée est même calé, mais pas encore dévoilé par l’équipe organisatrice. La communication commence.
La préfecture fait un courrier invitant les organisateurs à revoir leur copie à propos de la durée du festival sur quatre jours. Ces derniers n’ayant pas répondu favorablement, on passe à l’arrêté d’interdiction de la municipalité. Un recours contre cet arrêté est bien tenté, mais finalement rejeté par le tribunal administratif. C’est donc acté et gravé dans le marbre, le festival aura lieu sur trois jours. « Je ne me suis pas réveillée un matin en me disant que je ne voulais pas de 4 jours, se défend Katia Bailly. C’est une décision qui n’est pas simple, mais on l’a prise quand même en conscience et responsabilité. C’est le difficile équilibre entre la sécurité publique, la liberté d’entreprendre et le rayonnement culturel. »
Mais la sécurité ne serait pas le seul point sensible alimentant le bras de fer qui oppose les deux parties. La pression récurrente de certains riverains excédés par les nuisances, le coût jugé excessif par les organisateurs de la mise à disposition du camping sembleraient aussi faire partie du « package » des désaccords. Enfin, cerise sur le gâteau, exit le feu d’artifice du 14 juillet tiré dans le parc du château qui migre au stade. Autant de signaux qui sèment le doute et interrogent.
Le Cocorico accueille les festivaliers jusqu’aux abords du Cosson. (photo Flex Réalisation com’ Cocorico Electro)
Des annulations qui peuvent coûter cher
Les conséquences financières pour un festival qui annule un concert sont diverses, et la note peut être vite salée. Il y a d’abord les pertes financières directes avec le remboursement intégral des billets. Dans le cas où l’organisateur n’est pas ou mal assuré, vient s’ajouter la perte totale ou partielle des sommes déjà engagées dans la communication, les prestataires ou le matériel.
Il y a aussi les pénalités contractuelles qui figurent dans les clauses d’annulation des contrats avec les artistes et les différents prestataires (pourcentage du cachet de l’artiste, frais fixes…). Rompre un contrat sans motif juridiquement solide peut s’avérer très risqué et coûteux. C’est souvent l’assurance contractée par l’organisateur qui va « éventuellement » limiter le préjudice financier. Enfin, de telles situations peuvent nuire à la réputation de l’événement, en même temps qu’elles peuvent mettre en péril des structures petites et fragiles.
Le Cocorico aurait-il du plomb dans l’aile ?
Il est encore trop tôt pour chiffrer le préjudice sur l’économie du festival, mais le Cocorico y laissera des plumes, c’est certain. Robin Schulz (à qui l’on doit le remix « Prayer in C » du groupe Lilly Wood and the Pricks) et Madeon (DJ/producteur français) devaient être les têtes d’affiche de ce jour 4 et générer des recettes supplémentaires. « Le chiffre d’affaires d’une soirée, c’est 400 000 euros. Une somme qu’on ne fera donc pas. Même si la plupart de nos prestataires ont joué le jeu, ont refait leurs devis, les autres impacteront cette annulation sur leur facture », souligne Lancelot Guyot.
Même si l’édition 2026 s’annonce exceptionnelle (Bob Sinclar, Petit Biscuit, Trinix, Cassius…), on peut être inquiet quand on entend Lancelot Guyot émettre l’hypothèse d’aller voir ailleurs, et pourquoi pas dans un autre château lui appartenant en Normandie.
Et maintenant, on fait quoi ?
Au-delà de ce dialogue de sourds, ce qui interpelle, c’est l’impossibilité, depuis octobre 2025, d’avoir trouvé une solution consensuelle. Et pourtant, « le Cocorico Electro est un événement auquel la commune est attachée et partenaire depuis 2017 », assure Katia Bailly. Tout le monde convient que ce festival, à l’organisation bien huilée, autonome financièrement à 99 % grâce à la billetterie et aux partenaires privés, fait rayonner La Ferté-Saint-Aubin bien au-delà de ses frontières, sans compter les retombées économiques indéniables au niveau local.
Vu de l’extérieur, et à hauteur de festivalier, ça sent le gâchis, l’incompréhension et la déception. La crainte aussi que ce festival n’aille voir ailleurs. Alors on fait quoi ?
Initiative mal anticipée des organisateurs ? Pression des riverains sur la municipalité ? Arguments sécuritaires fallacieux ? Volonté de reprendre la main sur un festival trop envahissant ? Bien difficile de s’y retrouver…
À l’heure où l’économie des festivals est durement touchée et où beaucoup d’entre eux ont mis la clé sous la porte (Festival de Sully/O’Tempo), il serait inquiétant de voir le Cocorico Electro disparaître du paysage culturel loirétain. L’annulation des concerts XXL de Chambord ou de Solidays, pour des raisons climatiques, sont d’autres illustrations récentes de la fragilité des festivals.
Il ne reste plus qu’à croiser les doigts et à espérer que les différents protagonistes soient réconciliables. Cet événement doit fédérer et non pas cliver. The show must go on. Vivement l’édition 2027… à La Ferté-Saint-Aubin !
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