Ride Along Borders découvre les coulisses de la diplomatie olympique

Pour permettre aux athlètes réfugiés de défiler à chaque cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, le CIO mène un patient travail de négociation en coulisses. À Lausanne, Patrick et Thierry Communal ont découvert les ressorts de cette diplomatie discrète, loin des projecteurs.

Figure symbolique de l’exil et de l’hospitalité (voir notre article précédent), l’ours Paddington prend l’air sur les bords du lac Léman – photo « Ride along borders »


Par Izabel Tognarelli


Avant même les premiers grands cols, Patrick Communal et son fils Thierry ont fait étape à Lausanne, dans les locaux du Comité international olympique (CIO). Cette halte pourrait sembler éloignée des routes de l’exil ; pourtant, elle touche une question au cœur de ce voyage : quelle place nos sociétés réservent-elles encore à ceux qui ont dû fuir leur pays ?

Négocier sans faire de bruit

Patrick Communal est ressorti de cette entrevue avec une impression précise. « Les gens du CIO et de la Fondation olympique pour les réfugiés ont le langage et la retenue de vrais diplomates », nous explique-t-il. Ses interlocuteurs lui ont rappelé les responsables que, en tant qu’avocat spécialisé dans la défense des demandeurs d’asile, il a déjà croisés dans d’autres institutions internationales, comme le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés ou les Nations unies elles-mêmes : une parole mesurée, beaucoup de courtoisie, mais des convictions bien présentes.

« Ils savent que, dans le concert des États, il faut se montrer discret, ne jamais heurter les gens pour parvenir à ses fins », poursuit-il. Cette discrétion poursuit un objectif très concret : permettre qu’une équipe olympique de réfugiés puisse être de nouveau présente aux Jeux de Los Angeles, en 2028.

L’équipe olympique des réfugiés, un symbole fragile

Créée à l’occasion des Jeux de Rio en 2016, l’équipe olympique des réfugiés défile, lors de chaque cérémonie d’ouverture, avant l’ensemble des délégations nationales. Cette place hautement symbolique rappelle la volonté du mouvement olympique de donner une visibilité aux sportifs en exil.

Ce symbole repose aussi sur un délicat équilibre diplomatique. Dans l’actuel contexte politique américain, la maire démocrate de Los Angeles et le gouverneur de Californie – deux figures du camp démocrate – affichent une volonté de protection à l’égard des populations visées par le durcissement des politiques migratoires fédérales. Mais, rappelle Patrick Communal, les visas relèvent de Washington.

Préserver les athlètes des tensions politiques

Le risque, pour le CIO, serait alors que les athlètes réfugiés se retrouvent pris dans un affrontement politique qui les dépasse. « Leur position, c’est d’éviter que les réfugiés deviennent les otages d’un conflit entre les démocrates et l’équipe de Donald Trump. »

À Lausanne, pas de démonstration de force : le CIO mise sur des négociations discrètes, le travail en coulisses et la patience diplomatique. « Ils vont travailler dans l’ombre. On ne saura pas ce qui se passe, mais il est clair qu’ils feront preuve de beaucoup de détermination pour que les choses se passent bien. »

Le voyage peut commencer

Avant de remonter les routes empruntées par les exilés, les membres de Ride Along Borders auront ainsi fait une première étape sur un autre versant de cette réalité : celui des négociations silencieuses qui conditionnent la possibilité même de circuler. Car, derrière chaque athlète de l’équipe olympique des réfugiés appelé à défiler lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux, il y a cette diplomatie rarement visible, mais indispensable pour que le sport continue d’offrir un drapeau à celles et ceux qui ont perdu leur pays.

Cette idée de la solidarité accompagnera Patrick Communal et les autres membres de Ride Along Borders jusqu’à l’île de Lesbos, où se trouve l’un des plus grands camps d’internement de demandeurs d’asile en Europe.

Dans notre prochain épisode, les cyclistes de Ride Along Borders suivront le Danube entre l’Allemagne et l’Autriche. Leur route passera par Sigmaringen, où le régime de Vichy s’était réfugié en exil, puis par Mauthausen. Leur voyage rencontrera alors l’histoire dans ses mémoires les plus sombres.

Thierry Communal, Patrick Communal, Bernard Cassat – le « Monsieur Cinéma. » de Magcentre, également sensible à la cause des réfugiés – et Baran Unal, réfugié kurde – photo Ride along borders

 

Maydegol, un rêve olympique malgré l’exil

À Lausanne, Patrick Communal a aussi profité de cette rencontre pour raconter une histoire plus personnelle : celle de Maydegol, jeune Afghane qu’il accompagne depuis quelque temps dans son parcours sportif. Installée en France, elle s’entraîne dans un club de boxe d’Aubervilliers avec l’ambition, un jour, de participer aux Jeux olympiques. Son histoire est désormais connue des responsables de la Fondation olympique pour les réfugiés. Pour l’avocat orléanais, c’est aussi cela que cherchent ces institutions : des trajectoires singulières qui donnent un visage à des réalités trop souvent réduites à des chiffres.


Plus d’infos autrement :

Ride Along Borders : embarquement immédiat !

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