Affaire Mis et Thiennot : les deux chasseurs ne seront pas innocentés

L’arrêt de la Cour de cassation est tombé. Treize magistrats confirment le dernier jugement rendu par la cour d’assises de la Gironde en 1950 : coupables.
 

Après avoir lutté aux côtés de Gabriel Thiennot, Léandre Boizeau a partagé les derniers combats avec Thierry, comme cet heureux jour d’octobre 2023. (photo archives Pierre Belsoeur)


Par Pierre Belsoeur


Léandre Boizeau est à peine surpris, plutôt désabusé lorsqu’il nous appelle de Fouras en ce 2 juin 2026, qui marque la fin de l’affaire Mis et Thiennot. « C’est perdu, les magistrats de la Cour de cassation n’ont pas voulu revenir sur les décisions de leurs collègues. Sans doute faudra-t-il attendre qu’une autre génération arrive pour remettre en cause la chose jugée. Mais pour nous ce sera trop tard. Il paraît que 70 % des Français n’ont pas confiance dans la justice, je vais désormais rejoindre les rangs de cette majorité. Mais je reste très fier du travail réalisé par le comité. J’avais dit à Paris le mois dernier que notre victoire avait été d’obtenir ce procès en révision. Je le maintiens. À vrai dire, après l’audience du 11 juin je ne me faisais guère d’illusions. La position de l’avocat général laissait peu de place à l’optimisme. Maintenant il faut attendre les attendus de l’arrêt de la cour. Le comité se réunira une dernière fois le 13 juillet. »

Quid des plaques « Ils sont innocents » ?

Cette décision de justice laisse amer Thierry Thiennot. Le fils de Gabriel, qui avait repris le combat de son père, était à Paris pour cette ultime audience. Elle pose également un problème pour les maires des 31 communes de l’Indre et du Cher qui avaient donné à une rue, une place, un square, le nom de Mis et Thiennot par solidarité avec le comité luttant pour faire reconnaître leur innocence. « Ces plaques étaient déjà illégales, reconnaît Léandre Boizeau, mais aucun préfet n’est intervenu pour les faire supprimer. » Ce qui pourrait changer, c’est que la partie civile représentée par Maître Saint-Pierre a annoncé sa volonté d’ester de nouveau en justice pour obtenir leur suppression. On n’a donc pas fini d’entendre parler de Mis et Thiennot dont les noms seront attachés, dans l’esprit des Berrichons au terme « erreur judiciaire » à défaut du mot « innocents ».
 

NDLR : Gabriel Thiennot, Raymond Mis et six autres participants à une partie de chasse le 29 décembre 1946 ont été reconnus coupables pour les deux premiers, complices pour les autres, du meurtre d’un garde-chasse à Saint-Michel-en-Brenne en raison de leurs aveux arrachés après une semaine de garde à vue particulièrement musclée. Ils ont été condamnés au terme de trois procès d’assises à Châteauroux (1947), Poitiers (1948) et Bordeaux (1950), avant d’être graciés par le président Coty en 1954.

 
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