Vincennes-Nation

En 1975, les appelés défilent entre Vincennes et Nation. Cinquante ans plus tard, le parcours a changé, l’armée aussi, mais surtout la politique. Et entre ces deux 14 juillet, c’est toute la France qui a changé.
   

Le défilé du 14 juillet entre Vincennes et Nation il y a un demi-siècle.


Par Fabrice Simoes

 
Vincennes-Nation 1975. En ce 14 juillet, on n’est pas là pour se faire engueuler. On est là pour voir le défilé. Le 4e régiment de Dragons d’Olivet a été très matinal. Lever à 5h00 près des pistes du circuit de Montlhéry pour faire le pied de grue, près du château de Vincennes, dès 6h30. Passage en revue des gaziers alignés et la troupe s’avance au pas cadencé. Un-deux, un-deux, gradés en tête, fanions au vent. Les conscrits défilent la tête droite, la fourragère bien accrochée et le PM à l’horizontale. Sous l’uniforme, le major est Corse et le capitaine est Breton. Le fusil-mitrailleur est Gitan et le lance-grenades est Basque. Une partie de la piétaille vient de la Réunion. Black, blanc, beur et toutes ces sortes de choses. Douze mois de vivre-ensemble et pourtant une année que beaucoup auraient aimé passer ailleurs. Normalement dans dix ans, Éric Ciotti va pouvoir défiler aussi. Au pas, camarade, au pas. À moins que…

Vincennes-Nation 1975. En ce 14 juillet, dans la villa Poirier, à Paris, chez les Le Pen, peut-être que la petite Marine regarde les troufions à la télé. Papa Jean-Marie a créé le Front National depuis quelques mois. C’est un bébé parti politique. Lors du premier tour de la présidentielle de l’année précédente, il a réalisé un pourcentage qui fait trois fois moins que celui obtenu par Arlette Laguiller. Ces 0,75 % démontrent ainsi que le porte-parole d’une « droite qui ose dire son nom » n’en est qu’aux balbutiements d’une extrême droite à la française. Le national-populisme en est à ses prémices. Deux axes pour sublimer un manque d’idées certain : l’immigration et la défense de l’identité nationale. Bleu-Blanc-Rouge déjà… En ce mois de juillet, le dernier des dictateurs européens de droite, Franco, lui, ne va pas bien.

Vincennes-Nation 1975. En ce 14 juillet, il fait chaud dans les tenues d’été. Défilé terminé, les bidasses ne sont pas en folie. La soif sans doute. Tandis que les quidams passent au pied des Marmons, pas un pour abreuver les héros anonymes en rangers. Les seules bouteilles viennent d’un restaurant asiatique. Un geste stigmate de la colonisation, peut-être. La canicule pourtant, la première officielle avec l’impôt sécheresse qui va avec, c’est pour l’année prochaine. Sur l’estrade face au défilé, le président Valéry Giscard d’Estaing ne s’est pas fait attraper pour les diamants de Bokassa Ier. Il n’est pas encore rattrapé par la mauvaise opération des avions renifleurs non plus. Ce n’est pas que les politiciens soient des saints mais, pour les affaires, on cache la poussière sous les tapis.

Vincennes-Nation 2026. En ce 14 juillet, on ne défile plus sur ces pavés-là. Ici, c’est Paris. Ici, c’est les Champs-Élysées. Pour les défilés, ce sont les pros qui s’y collent. Plus besoin de sortir des mots d’excuse pour ne pas y aller. Marine a bien grandi. Elle est devenue cheffe à la place du chef avant même que le chef soit décédé. Elle a enfanté politiquement le petit Jordan. Avatar plus que compétence, mais le petit s’émancipe parfois. Depuis qu’on soulève le plus petit paillasson pour voir ce qui est planqué dessous, les juges sont forcément rouge-gauchiasse. Quant aux politiciens de toutes les droites et assimilés comme tels, ils sont forcément bleu-patriote. Dans ce contexte, une condamnation vaut lettre de référence professionnelle pour une élection présidentielle, législative, municipale ou autre. Adieu, le « Quand allons-nous tirer les leçons et effectivement mettre en place l’inéligibilité à vie pour tous ceux qui ont été condamnés pour des faits commis grâce ou à l’occasion de leur mandat ? » Babillage de néo-politicienne. Plusieurs millions d’euros d’argent public détournés ne sont même que peccadilles. Coupables à l’insu de leur plein gré, comme de vulgaires coureurs du Tour de France. Un moment d’hésitation et les juges ont rejoué une version moderne de Ponce Pilate. Entre la Castafiore du château de Montretout, « Je ris de me voir si belle », et le pré-pubère d’extrême-droite, « gai comme un Italien quand il sait qu’il aura de l’amour et du vin », c’eût été dommage de rater ça. Un petit roulis de ce navire qui tangue à droite, c’est extra. À la limite de la flottaison, c’est reparti. Alors qu’à fond de cale, les inféodés écopent les réseaux sociaux, la partie visible du vaisseau se refait une beauté. Quasi une virginité !

Vincennes-Nation 2027. En ce 14 juillet, il n’est pas certain qu’on soit là pour voir le défilé. Encore moins pour se faire engueuler.


Plus d’infos autrement :

Comment vivrons-nous l’an prochain sous le fascisme ?

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Centre-Val de Loire
  • Aujourd'hui
    30°C
  • vendredi
    • matin 22°C
    • après midi 38°C
Copyright © MagCentre 2012-2026