Programmée de septembre 2026 à septembre 2027, la célébration du bicentenaire de la photographie ne manque pas de pertinence, mais peut-être d’ouverture. À l’ère de l’image, la pluralité des regards devrait aussi s’étendre à ceux des non-professionnels.
« D’où vient notre envie irrépressible de momifier le présent, cette inflation de clichés aussitôt oubliés ? » En 2018, dans son ouvrage No photo, Pierrick Bourgault, grand reporter spécialiste des bars du monde entier, s’interrogeait ainsi sur l’insatiabilité croissante de nos contemporains pour fixer l’instant, en relevant notamment que « 90 % des photos faites dans le monde le sont avec un smartphone, ou une tablette ». Une banalisation de l’image en produit consommable et périssable que n’auraient certainement pas imaginé les pionniers de cette pratique devenue un art à part entière, et qui célèbrera officiellement son bicentenaire en France et dans 30 pays du 1er septembre 2026 au 30 septembre 2027.
Trop de photos ?
Pierrick Bourgault estime que « trop de photos tue la photo », la dévalorise, et d’aucuns le rejoindront aisément en notant que les artisans photographes ont presque tous disparu de nos villes, que seule, peut-être, la photographie de mariage tire encore un peu son épingle du jeu, et que les photographes de presse ont du mal à se défendre face aux « créateurs de contenus » de tous genres qui inondent le web. Certes. Mais cela vaut-il pour autant que les manifestations officielles encore en gestation, avec agrément obligatoire, aient délibérément fait l’impasse sur des travaux résolument artistiques et créatifs, sous le seul prétexte qu’ils seraient faits par des non-professionnels, comme on en rencontre dans beaucoup de photo-clubs de l’Hexagone, membres ou non de la Fédération photographique de France, qui, à ce jour, ne semble pas compter parmi les partenaires privilégiés de cette célébration.
En cet été 2026, la métropole orléanaise offre un exemple criant de ce que certains pourraient considérer comme une forme d’ostracisme. Depuis juin, cinq clubs réunis au sein de Photo pluriel exposent les œuvres de certains de leurs membres en plein air, dans leurs communes respectives. Et deux d’entre eux ont choisi de se coller au plus près du bicentenaire en relevant le défi de faire « À la manière de… » quelques photographes plus ou moins célèbres, pionniers ou plus récents. À Orléans, on peut ainsi apprécier les réalisations de 16 membres du PCCO au jardin de la Charpenterie, et d’autres pourront se plonger dans un exercice aussi comparatif à Ingré, au bord du lac, avec les œuvres du club Acapi. L’exercice était délicat, périlleux, et pourtant pleinement réussi. Oui, mais… sans avoir retenu l’intérêt du ministère pour une intégration dans la programmation officielle. Nada, aurait dit l’irrévérencieux Nadar, un pionnier du portrait.
Une pluralité ignorée
Fin mai, à l’inauguration de l’exposition d’Acapi, comme il l’a redit aux suivantes, Christian Chardon-Coadelot, le président de Photo pluriel, n’a pas mâché ses mots. Pour lui, ces expositions reflètent « ce que le mouvement associatif peut apporter à la culture par son côté populaire ». En imaginant, apparemment à tort, « qu’une porosité entre les actions du mouvement associatif et celles qui sont portées par des structures institutionnelles ou soutenues par le ministère de la Culture aurait été la grande occasion pour faire du bicentenaire une grande fête commémorative de tous les acteurs culturels de nos territoires ». Le ministère de la Culture avait peut-être trop de photos à regarder. Dommage, car celles présentées cet été en métropole orléanaise apportent un vrai éclairage sur l’art photographique en 200 ans de pratique, qu’il serait regrettable de ne pas découvrir.
30 photos « à la manière de… » proposées par 16 photographes du PCCO au jardin de la charpenterie.
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