Le Département du Loiret face à l’urgence de l’exploitation sexuelle des mineurs confiés à l’ASE

Alors qu’un projet de loi sur la protection de l’enfance est examiné à l’Assemblée nationale, le Loiret dévoile plusieurs nouvelles mesures pour son Aide sociale à l’enfance. Au cœur des préoccupations, un phénomène en forte progression : l’exploitation sexuelle de mineurs placés, devenue une urgence pour le Département.
 



Par Mael Petit


La protection de l’enfance avance en équilibre précaire. D’un côté, un nombre de placements qui continue de progresser, des structures saturées et des départements confrontés à une charge financière toujours plus lourde. De l’autre, une réforme nationale qui entre dans sa phase décisive avec l’examen du projet de loi relatif à la protection des enfants, à partir du 15 juillet à l’Assemblée nationale.

C’est dans ce contexte que le Département du Loiret a présenté ce vendredi 10 juillet des mesures destinées à renforcer son action sur le volet de l’enfance dès la rentrée 2026. De nouveaux outils face à une crise qui, selon les élus, ne cesse de changer de visage. « On peut certes nous reprocher certains de nos choix sur le volet social, comme notre dureté sur le RSA, mais sur la protection de l’enfance nous ne faisons aucune restriction. Pour l’ASE, nous avons toujours répondu présent », revendique le président du Département, Marc Gaudet.

Parmi les annonces, un bus itinérant consacré à la parentalité, porté par la CAF, qui parcourra les communes de l’agglomération montargoise pour aller à la rencontre des familles les plus isolées, un enseignant spécialisé à la Maison départementale de l’Enfance afin d’éviter les ruptures scolaires des jeunes placés, et de nouvelles places de répit à l’IME de Nevoy pour les enfants confiés à l’ASE en situation de handicap.

L’exploitation sexuelle, nouvelle urgence de l’ASE

Mais c’est bien une autre décision qui met en lumière une réalité de plus en plus préoccupante : la création d’un poste de chargé de mission dédié à la lutte contre l’exploitation sexuelle des mineurs. Selon le Département, le nombre de mineurs victimes a augmenté de 43 % entre 2021 et 2025 au niveau national. Une tendance qui touche évidemment le Loiret, où des réseaux de prostitution ciblent les jeunes filles confiées à l’ASE, profitant de leur vulnérabilité pour les recruter et les faire basculer dans des situations d’exploitation.

Le futur chargé de mission devra coordonner la prévention, former les professionnels, accompagner les victimes et renforcer les liens avec la justice, les forces de l’ordre et l’Éducation nationale. « Ce phénomène connaît une évolution inquiétante. On constate même une bascule de certaines victimes de la prostitution vers le proxénétisme », alarme Florence Galzin, vice-présidente chargée de l’Enfance, évoquant des « suspicions d’entrée dans des réseaux de prostitution ». Pour le Département, il s’agit désormais d’identifier plus rapidement les situations à risque et d’éloigner, dès les premiers signes, les jeunes de ces réseaux.

Une réforme nationale qui laisse les départements sceptiques

Ces annonces interviennent donc à quelques jours de l’examen du projet de loi sur la protection de l’enfance à l’Assemblée nationale, porté notamment par la ministre de la Santé et des Familles, Stéphanie Rist. Si le texte prévoit plusieurs évolutions juridiques, le Loiret rejoint les critiques portées par Départements de France, jugeant qu’il ne répond pas à la crise structurelle et à l’ampleur des besoins de la protection de l’enfance. « Ce qu’on déplore une nouvelle fois, c’est de ne pas être du tout consulté. Agir vite oui, mais surtout intelligemment », souffle Marc Gaudet, qui regrette que les retours d’expérience des collectivités n’aient pas davantage nourri le texte.

Au-delà de la méthode, les départements dénoncent surtout l’absence d’une véritable refondation du système et de garanties financières durables, alors que les dépenses liées à la protection de l’enfance pèsent toujours plus lourd dans leurs budgets. « C’est un projet de loi qu’il faut évidemment rapidement boucler mais qui risque d’être bâclé. On prend malheureusement la direction d’une loi fourre-tout », cingle le président du Loiret qui, en attendant les débats parlementaires, fait donc le choix d’agir à son échelle.


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