Passion sublime avec La Traviata aux Chorégies d’Orange

Le samedi 4 juillet dernier, la soprano italienne Claudia Pavone à illuminé le théâtre antique d’Orange en incarnant Violetta, rôle titre de l’opéra de Giuseppe Verdi. Brillante distribution avec, entre autres, le Chœur de l’Opéra national de Lyon et l’Orchestre philharmonique de Marseille. 

Peu à peu s’installe le public. Photo: JDB.

Par Jean-Dominique Burtin

 En fin de belle journée, au creux de la paume de pierre du théâtre antique d’Orange se lovent public orchestre chœur et solistes. A l’heure bleue, qui succède de manière si douce au coucher du soleil, beaucoup attendent que miroitent puis s’élèvent les premières notes de La Traviata, œuvre de Verdi d’après le roman d’Alexandre Dumas fils , La dame aux camélias, seul opéra proposée en 2006 par les Chorégies d’Orange.

Défi relevé, performance au pied levé


Ce samedi, six mille spectateurs sont présents pour assister à cette représentation version mise en espace qui a échappé de peu à l’annulation. En effet, la soprano Nadine Serra, pressentie à l’origine, avait été remplacée par Jessica Pratt qui, souffrante en raison de la chaleur de la poussière et du mistral impactant les répétions, avait toutefois dû renoncer à chanter.  Il en fut de même pour le ténor Javier Camarena. C’est au pied levé que la divine Claudia Pavone (Violetta Valéry) et Julien Behr (Alfredo Germont) acceptèrent d’endosser la partition des rôles titres. Quant à Nicolas Cavallier (Basse) il fut remplacé par Thomas Dear (Docteur Grenuil).  Eblouissant fut quant à lui le baryton Ludovic Tezier (Giorgio Germont). Sa présence et la profondeur de son interprétation marquèrent ce rendez-vous miraculeusement sauvé par l’engagement de tous.

Claudia Pavone, corps et âme, soudaine apparition

A Orange, le jour même où s’ouvrait le festival d’Avignon et presque à l’instant où l’équipe de France rencontrait le Paraguay en huitièmes de finale de la Coupe du monde de football courant aussi sur toutes les lèvres, l’Orchestre philharmonique de Marseille, placé sous la direction de Paolo Arrivabeni, donne un La tendre et mystérieux du premier des trois actes. En prologue, voici un murmure féerique des cordes et des cuivres qui gagne le site alors que ne s’interrompt pas le chant lointain des cigales striant l’air et que se dessine dans le ciel un joli ballet de martinets.
Pure apparition est ensuite la soyeuse entrée en scène de la soprano Claudi Pavone en longue robe rouge. Cette dernière avance avec élégance au cœur du plateau dépouillé. Quelques précieuses chaises à pieds dorés et assise de velours rouge composent les appuis de la mise en espace minimaliste signée Vanessa d’Ayral de Sévignac. Voici, dès cet instant, de quelques gestes, le signe avant-coureur d’une douleur inéluctable. 

Amour, “ce souffle palpitant de l’univers” 


Ici, tout au long de ce flamboyant clair obscur, vont évoluer les interprètes de ce drame romantique où Violetta, courtisane parisienne devra sacrifier son amour, quitte à en mourir, pour Alfredo, jeune homme de bonne famille provençale. Tout cela pour ne pas nuire à la réputation de la famille de ce dernier. Alors que l’harmonieux chœur de l’Opéra national de Lyon (Benedict Kearns, chef de chœur) s’interrompt, Alfredo enchante de poésie. « Un jour, légère et radieuse, vous m’êtes apparue, m’avez ébloui » chante -t-il à l’adresse de Violetta. Dès lors et pour un temps , l’un et l’autre ne cessent d’évoquer avec intensité et fragilité « cet amour qui est le souffle palpitant de l’univers ».
 Désir, offense, remord et espoir, convenances, mœurs d’un XIXe siècle, convenance sociales, résurrection et indicible peine sont ici évoqués par une remarquable distribution ne cessant de gagner en intensité. Claudia Pavone, de la beauté de sa voix nue et qui devient si familière en épousant la redoutable acoustique du lieu ne peut qu’émouvoir le public par une nuit qui voit, elle aussi, les étoiles lui monter aux yeux. “Addio, del passato” est enfin la chanson qui, en toute pudeur, s’évapore peu à peu : “Adieu beaux rêves souriants du passé, les roses de mon visage sont déjà fanées“.
Morte je t’aimerai encore” songe -t-elle, souffrante, en pensant à celui dont elle ne sera pas “le souffle et la lumière” de sa vie. Longtemps après cette représentation, ovationnée par le public, demeure dans la mémoire l’offrande d’un cœur à corps empli d’âme, celui si pur et oscillant d’un hautbois et d’une voix. Un ultime instant d’émotion dont on ne pourrait se résoudre à suspendre le vol.
 

Au Théâtre antique à l’heure du salut. Photo: JDB.

Également sur scène
Outre Claudia Pavone, Julien Behr, Thomas Dear et Ludovic Tézier, interprètes ci-dessus cité (e)s voici encore: Flora Bervoix (Eleonore Pancrazi); Valentine Lemercier (Annina); Chrisophe Berry (Gastone) Matthieu Lécroart (Le Baron Douphol); Yoann Dubruque (Le Marquis d’Obigny); Vincenzo di Nocera (Giuseppe); Paul Stupenengo (un messager); Kwan Soun Kim ( un domestique).

A lire aussi sur Magcentre: « Faust » à l’Opéra de Tours : une générale convaincante et équilibrée

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Centre-Val de Loire
  • Aujourd'hui
    37°C
  • lundi
    • matin 23°C
    • après midi 37°C
Copyright © MagCentre 2012-2026