Pourquoi pas une fin de semaine à Limoges ?

De belles maisons médiévales, des musées d’exception et l’une des plus belles gares de France. À Limoges, labellisée Ville d’art et d’histoire et Ville créative par l’UNESCO pour sa fameuse porcelaine, il y a de quoi faire une excellente pause culturelle aux portes de la belle campagne limousine.

La gare de Limoges. cl BdV



Par Bénédicte de Valicourt


À la recherche du passé social de Limoges

Avec son immense dôme en cuivre, son haut campanile et ses deux statues allégoriques de la porcelaine et de l’émail, la gare des Bénédictins est devenue bien malgré elle l’emblème de Limoges. Ce que l’on sait moins, c’est que Roger Gonthier, son architecte, ne s’est pas arrêté là. La ville lui doit également son premier HLM et, entre autres, la cité-jardin de Beaublanc, ouverte en 1924 pour les ouvriers porcelainiers, qui a compté jusqu’à 10 000 membres à la Belle Époque. Soit 202 logements de deux à quatre pièces répartis dans une vingtaine de pavillons si prisés qu’un tirage au sort a dû être organisé pour désigner les occupants. Cette cité ouvrière a été labellisée « patrimoine du XXe siècle », comme le pavillon Art déco du Verdurier (1919), un ancien frigo transformé en espace d’exposition à voir dans le quartier haut. Tous ces ouvriers se sont organisés au cours du XIXe avec les sociétés de secours mutuels et les syndicats, dont la CGT née à Limoges en 1895. Elle occupe encore la Maison du Peuple (1936), un bâtiment art déco en plein centre, en face de l’actuel FRAC, véritable témoin de l’effervescence du mouvement ouvrier limousin. Une vitalité sociale et politique inimaginable aujourd’hui, même si la ville conserve encore quelques fleurons de l’industrie de la porcelaine comme Haviland et Bernardaud. Elle est également devenue un centre de compétitivité dans ce secteur avec le pôle européen de la céramique et son école d’ingénieurs. Pour en savoir plus sur la vie des ouvriers de la porcelaine de Limoges, le four des Casseaux – un four rond de 20 mètres de hauteur assez impressionnant – se visite. C’est l’un des cent vingt fours que comptait la ville et qui ont ouvert à partir de 1768, après la découverte d’un gisement de kaolin près de Limoges.

Le quartier haut, haut lieu commerçant de la ville depuis le Moyen Âge

Le quartier du château ou quartier haut, c’est l’un des deux cœurs historiques de la ville avec celui de la cathédrale, siège au Moyen Âge du pouvoir épiscopal. Un quartier très commerçant, devenu avec la construction des halles centrales en 1885-89 sur la place de la Motte, en lieu et place du château disparu à la Révolution, un haut lieu de vie à midi. Ne pas oublier de lever la tête vers le dessous du toit pour découvrir les 328 panneaux en porcelaine. Comme un livre ouvert, ils représentent les produits vendus à la fin du XIXe siècle. Ne pas rater non plus les suspensions du plafond des halles qui sont également en porcelaine comme les bancs publics de Limoges.

Juste à côté, c’est le quartier de la boucherie – une cinquantaine de maisons à pans de bois occupées dès le XIIIe siècle par la corporation des maîtres bouchers – qui est resté un haut lieu de la gastronomie locale avec ses restaurants qui occupent désormais les rez-de-chaussée, notamment le long de la bien nommée rue de la Boucherie. En été, on peut aussi y visiter une ancienne boucherie transformée en écomusée. Les bouchers y vivaient au-dessus de la boutique, mais y abattaient aussi les bêtes, les découpaient, le grenier servant à faire sécher les peaux. On peut facilement imaginer l’odeur qui y régnait, nous rappelle Eric Boutaud, le formidable guide-conférencier de l’office de tourisme.

À deux pas, ne pas rater l’émouvante petite chapelle Saint-Aurélien (1475), le saint patron de la confrérie des bouchers de Limoges à qui elle appartient encore. À l’intérieur, tournez la tête à gauche vers la statue de la Vierge Marie, de sa mère et de l’enfant Jésus qui mange un rognon (XVe siècle). Unique. Autre curiosité locale de ce quartier : une fois par an, chaque troisième vendredi d’octobre, la Frairie des petits ventres organise une grande fête populaire avec dégustation de tête de veau, animelles, galetou (crêpe de sarrasin fourrée aux rillettes de canard, au fromage de chèvre) et flognarde, sorte de flan aux pommes, aussi déclinée en version salée… Tout un programme…

À voir aussi dans les alentours, la cour du temple et son hôtel particulier, doté d’un remarquable escalier Renaissance. L’édifice aristocratique contraste avec le sol, témoin de la vie ouvrière de Limoges et réalisé avec des gazettes, des boîtes en céramique utilisées pour cuire la porcelaine dans les fours. Après quelques utilisations, elles étaient cassées et recyclées dans le pavement. On passe ensuite rue Jean-Jaurès, très années 20 avec ses bâtiments Art déco. Il y a là également de petits commerces dédiés à l’artisanat limousin, porcelaine classique ou contemporaine, émaux, produits régionaux.

Calme et volupté dans le quartier de la Cité

Pour une autre échappée belle, un tour dans le quartier médiéval de la cathédrale Saint-Étienne, dont la construction s’est étalée du Moyen Âge jusqu’en 1888, dans la partie basse de la ville s’impose. Rues pavées, maisons à colombages, charmantes placettes où les Limougeauds aiment faire une pause. Tout a été rénové et respire le calme et la sérénité. Notamment dans le beau jardin de l’Évêché aménagé à la fin du XVIIIe siècle sur 5 hectares en 6 terrasses sur les pentes du Puy-Saint-Étienne, dont un jardin botanique avec plus de 3 000 plantes. À côté, ne pas rater la Cité des métiers et des arts consacrée aux compagnons et le passionnant Musée des Beaux-Arts, installé dans l’ancien palais épiscopal. Il retrace la longue histoire de Limoges et présente, entre autres, des peintures de Renoir, natif de Limoges, ou de Valadon, originaire de la région.

Autre curiosité : le souterrain de la Règle, l’une des multiples galeries qui sillonnent les sous-sols de la ville sur un à trois niveaux. Avec ses 14 degrés de température ambiante, bienvenus en cet été caniculaire, il servait de zone de conservation pour les denrées périssables. Mais aussi de lieu de refuge si la ville était attaquée. Ensuite on peut descendre vers les berges très bucoliques de la Vienne toute proche, dans le quartier des Ponticauds, délimité par deux beaux ponts du XIIIe siècle, dont un est à l’emplacement du pont romain qui marquait l’entrée de la cité antique, capitale des Lémovices, ce peuple gaulois qui a donné son nom à la ville et à la région. Ici place aux voies vertes et aux balades en canoë sur un fleuve pas très profond et arboré où autrefois on faisait flotter le bois de construction et de chauffage.

Limoges. © CDD Limoges – manza studio

Retour au XXIe siècle avec le Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine

Après des années de travaux, le Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine dédié à l’art contemporain s’est finalement installé avec ses 7 000 œuvres dans un ancien grand magasin de tissus, de vêtements et d’accessoires à la spectaculaire verrière de 1 900 m² en plein centre de Limoges. Les espaces modulables permettent des expositions d’envergure comme celle actuellement en place pour dix-huit mois qui interroge la façon de regarder, de réfléchir des corps visibles ou occultés à travers le vêtement. On peut aussi y passer pour boire un verre ou emprunter une œuvre à l’artothèque qui confie des œuvres aux particuliers ou aux collectivités. Un dispositif très original qui permet d’accrocher un authentique tableau d’artiste chez soi contre la modique somme de 30 euros d’abonnement par an pour une œuvre tous les quatre mois.

Visite en porcelaine

Impossible de passer à Limoges sans admirer ça et là quelques boutiques de créateurs de porcelaine dont on peut voir un bon choix à l’office de tourisme, qui a par ailleurs édité un plan des boutiques locales et indépendantes. Autre incontournable : le musée Adrien-Dubouché, sis dans un très beau bâtiment 1900.

C’est la plus importante collection publique de porcelaine de Limoges au monde, aussi bien dans les arts de la table que dans ses applications techniques, notamment dans le médical (dentisterie, ophtalmologie, chirurgie réparatrice), soit plus de 16 000 œuvres qui retracent l’histoire de la céramique de l’Antiquité à nos jours, à travers le globe. Plusieurs parcours très bien faits sont proposés au visiteur. Du plus classique au plus « Ouf », celui nommé « œuvres en 3D » qui permet de manipuler virtuellement les objets du musée, soit pas moins de 5 000 œuvres.

Carnet de bord

Y aller :

En train avec la ligne POLT, pas toujours fiable, mais cela pourrait s’améliorer bientôt grâce aux nouvelles rames.

Se loger :

  • Brit Hôtel & Spa. Dans un ancien relais de poste du XIXe siècle, 72 chambres refaites à neuf. 17, avenue du Général-de-Gaulle. À partir de 85 euros environ la chambre double.
  • L’Hôtel de la Paix, un joli petit hôtel indépendant de caractère, en plein cœur de Limoges. 25 place Jourdan.
  • La Maison de famille. Dans un bel hôtel particulier du XIXe siècle, avec son restaurant-bar, un jardin en ville. 6 appartements spacieux et rénovés. 50, cours Gay-Lussac

Où boire un café ?

  • Le Café Lecture du FRAC, tenu par l’équipe de Chouquette & Choncote, également à l’origine d’un excellent coffee shop face à la mairie et à la médiathèque.
  • Le Bistrot 1900, 12 place des Bancs. Une institution avec une belle terrasse et une décoration d’inspiration Art nouveau (également resto le midi et bar le soir)
  • Les Beigneurs, 2 rue Dalesme. Une boulangerie-pâtisserie à la décoration soignée, idéale aussi pour un déjeuner en semaine ou un brunch le samedi.

Où manger ?

  • Les Petits Ventres, 20, rue de la Boucherie. Resto bon vivant et spécialités du Limousin.
  • Chez Alphonse, 5 place de la Motte. Classique de brasserie.
  • Le Bistrot d’Olivier cuisine maison sur de grandes tables partagées dans les Halles centrales.
  • La table des Compagnons, 5 rue de la Règle, près de la cathédrale et du musée des Compagnons. Cuisine de marché et salle conviviale.
  • Restaurant Ginette, 3 rue d’Aguesseau. Un bistronomique qui fait honneur aux bons produits.
  • La Table du Couvent, 15 rue Neuve des Carmes. Cuisine de grand-mère au feu de bois dans un ancien couvent.

 À voir, à faire :

  • Frac-Arthothèque Nouvelle-Aquitaine, 17 bis rue Charles Michels. Jusqu’au 12 septembre, exposition « Sans contrefaçon – Anatomie d’un vêtement : première séquence ». www.fracarthothequenouvelleaquitaine.fr
  • Maison traditionnelle de la Boucherie. Visites guidées de début juillet à fin août, du mardi au samedi de 14 à 18 heures. Réservation à l’Office de tourisme.
  • Four des Casseaux, 1, rue Victor-Duruy. Du lundi au samedi, de 10 heures à 12 h 30 et de 14 heures à 17 h 30. Entrée : 4,50 €. Visite guidée sur réservation
  • Musée national Adrien-Dubouché, 8 bis, place Winston-Churchill. Du mercredi au lundi de 10 heures à 12 h 30 et de 14 heures à 17 h 45. Entrée : 7 €.
  • Musée des Beaux-Arts (peinture, émail, archéologie et art égyptien), 1, place de l’Évêché. Fermé les mardis et mercredis. Entrée : 5 €.
  • Souterrain de la Règle, visite guidée auprès de l’office de tourisme
  • Fondation Bernardaud, 27 av. Albert Thomas. Parcours découverte guidé (1 h 15) dans les anciens ateliers fondés en 1863, du premier fabricant et exportateur de porcelaine de table en France.
  • Cité-jardin de Beaublanc, 12 bd de Fleurus. Réservation à l’Office de tourisme.
  • Uniqua l’atelier, 25 rue Adrien Dubouché. À la tête de cet atelier de baskets 100 % personnalisables et sur mesure unique en France, Julien Jourdanne, septième génération de cordonnier bottier et fondateur de la maison Unica en septembre 2021. Ici pas de stock, mais des baskets fabriquées sur commande avec des matériaux sourcés au plus près de l’atelier et dont le motif est imprimé à la demande pour le même prix que des baskets non personnalisées, soit de 149 à 239 euros. 3 000 paires sortent de l’atelier par an et elles sont réparables. Sur commande uniquement. Visites sur réservation, nombre de places limité. Et stages. www.atelier-uniqua.fr
  • Madeleine Bijou, 17 rue de Locarno. À 500 m du four des Casseaux, la célèbre maison Madeleine Bijou, fondée en 1845, a ouvert son temple de la Madeleine, spécialité du sud du Limousin, dans une ancienne imprimerie.

Renseignements : www.destination-limoges.com

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