Jusqu’au 4 octobre 2026, le musée d’Art moderne de l’abbaye de Fontevraud célèbre le bicentenaire de la photographie en proposant une exposition intitulée « Chambre noire, toile blanche ». En prenant un parti pris avoué qui fait découvrir autrement les collections originales de ce lieu culturel d’exception.
Étendue aux grandes sales de l’Abbaye, l’exposition du musée explore les convergences et divergences entre photographie et peinture dans ses collections. ©JLB
En intégrant ce lieu mythique, Aliénor d’Aquitaine souhaitait y développer la culture, sous toutes ses formes. Après des années sacrées et d’autres consacrées à accueillir des prisonniers, c’est depuis les années 1970 que l’abbaye de Fontevraud a vraiment trouvé sa vocation, entre lieu de mémoire et lieu de prospective, en plein cœur d’une commune qui ne peut l’oublier. Située aux frontières virtuelles de trois régions administratives, bordée à l’est par le Centre-Val de Loire et au sud par la Nouvelle-Aquitaine, elle assume fièrement sa place en Maine-et-Loire, dans les Pays de la Loire, dont elle est l’un des plus beaux fleurons, entre Touraine et Anjou.
Chambre noire, toile blanche
Raconter l’histoire du lieu et d’Aliénor a déjà valu nombre d’ouvrages, et même quelques romans policiers (en vente à l’accueil), et le décrire ici en quelques mots serait une hérésie, au-delà d’en avouer sa superbe. Pour cette fois, on se contentera d’y entrer par le biais de l’exposition proposée au musée d’Art moderne, dont la majeure partie est accessible par l’accueil principal, mais qui étend sa magnificence dans une des grandes salles du bâtiment, pour notre plus grand plaisir. Jusqu’au 4 octobre, le public peut y apprécier une exposition intitulée « Chambre noire, toile blanche » qui évoque savamment les rapports entre peintures et photographies, sur le mode comparatif dans le musée, et sur le mode imprégnation dans la grande salle… où nombre de photographies, des plus petits aux plus grands formats, nous font irrémédiablement penser à des tableaux, qu’elles soient issues de procédés anciens, ou fruits récents du numérique.
« Depuis son invention, la photographie entretient un dialogue étroit avec la peinture, lui empruntant certains de ses codes, de ses formats et de ses recherches, tout en contribuant à transformer en profondeur les pratiques artistiques. La frontière entre les deux médiums se révèle poreuse », nous expliquent ses concepteurs, Dominique Gagneux, conservatrice générale du patrimoine et directrice du musée, et Gatien Du Bois, chargé de collections et d’expositions au musée, assistés par Aude Le Mercier.
Peintres et photographes
Cette exposition associant près d’une centaine d’artistes, parmi lesquels les spécialistes reconnaîtront des noms comme Eugène Atget, Robert Doisneau, David Hockney, mais aussi Man Ray, Edgar Degas, Eugène Delacroix ou Sarah Moon, invite sans conteste à un véritable voyage dans le temps et dans les techniques, en gardant toujours le regard autant curieux qu’acéré pour dénicher quelques bijoux, comme des petits formats ressemblant à s’y méprendre à des miniatures peintes… et n’étant que de splendides photographies sur papier moderne, d’excellente qualité.
Sans conteste, le parti pris assumé d’un choix d’œuvres et d’artistes présentés en résonance avec la collection permanente est une réussite de par l’évidence des lieux (musée, abbatiale, grand dortoir, logis de la Grande Prieure), « ainsi que par la volonté de montrer des expressions singulières plutôt qu’un panorama encyclopédique ».
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Un bicentenaire de la photo pas très pluriel