Magcentre publie ici de larges extraits de la lettre ouverte adressée à la préfecture du Loir-et-Cher par la maire de Valaire (41) qui refuse de cautionner la nouvelle campagne de « destruction » des animaux dits « nuisibles ». Après l’été exceptionnellement chaud et difficile pour la faune et la flore, cette élue a décidé de « prendre ses responsabilités » afin de protéger le vivant, arguments scientifiques à l’appui.
Par Joséphine
Une récidiviste du courage
Maire depuis 2014 du petit village de Valaire dans la communauté de communes de Blois, Catherine Le Troquier n’est pas une inconnue des causes environnementales. Déjà en 2019, son arrêté municipal interdisant la chasse aux blaireaux par la méthode du déterrage puis la bataille consécutive avec la préfecture devant les tribunaux administratifs avaient permis de médiatiser cette problématique. Et visiblement toujours aussi attachée à la question animale, Catherine Le Troquier a sorti sa plume pour écrire au préfet de Loir-et-Cher il y a quelques jours. Voici un aperçu de sa lettre ouverte, restée pour l’instant dans les médias locaux et pour la préfecture, plutôt lettre morte.

Lettre ouverte à monsieur le Préfet, par Catherine Le Tronquier, 31 août 2026
« Il est demandé au maire de viser le formulaire de déclaration préalable de piégeage des « nuisibles » et de l’afficher pour une bonne information du public et sa sécurité. Le visa du maire engage donc sa responsabilité puisqu’il lui est demandé la vérification des déclarations du piégeur alors qu’il n’a pas compétence en ce domaine ni pouvoir de contrôle.
Il est à noter que, dans notre département du 41, le projet ministériel comportait six espèces : renard, fouine, martre, corneille noire, pie bavarde et étourneau sansonnet. À l’issue de la consultation publique, la décision définitive a rajouté une espèce supplémentaire – le corbeau freux – suite aux nouvelles informations préfectorales, dans un système d’entre-soi pour la prise de décision de plus en plus inacceptable.
Par ailleurs, il apparaît très probable que l’arrêté ministériel fixant la liste des nuisibles publié au journal officiel ce 21 août 2026 soit retoqué par le juge administratif, comme le précédent. Car l’arrêté ministériel précédent datant de 2023 avait été partiellement annulé par le Conseil d’État en 2025. Ainsi, la martre avait été retirée de la liste des nuisibles sur l’ensemble du territoire national, il y a donc eu des mises à mort illégales entre 2023 et 2025, l’illégalité de l’arrêté constituant une faute de l’administration.
Du reste, l’arrêté 2026 fait déjà l’objet de plusieurs recours en annulation puisque le droit du public de participer à cette décision ayant un fort impact sur l’environnement a été bafoué ainsi qu’il apparaît à la lecture de la synthèse des avis du public et de la motivation du ministre consécutives à la consultation publique « nuisibles 2026 ».
« 84% d’avis défavorables »
En effet, les informations ministérielles dans la synthèse de la consultation publique indiquent ceci : 63 420 avis défavorables ont été exprimés, soit 84 % des contributeurs, avec des arguments d’opposition à l’inscription des « nuisibles » très clairement détaillés. Malgré ces avis majoritaires argumentés, la ministre non seulement maintient son projet d’arrêté mais, pire encore, rajoute des espèces en supplément notamment la martre et le corbeau freux.
Quant au renard, il peut être « détruit » par tir, piégeage ou déterrage avec ou sans chien sans aucune limite. La méthode de mise à mort sans souffrance n’est pas précisée alors que le code pénal sanctionne la maltraitance et la cruauté envers les animaux sauvages captifs.
Pour le Loir-et-Cher, le dossier préfectoral transmis au ministre fait apparaître des informations sidérantes, privilégiant les mises à mort aux solutions alternatives. Par exemple pour le renard des données de mortalité de l’espèce ont été perdues et que celles concernant les « destructions » effectuées par les agents publics et les gardes particuliers sont inconnues…
Apposer un visa sur un formulaire de piégeage constituant un blanc-seing pour tuer des millions d’individus de la faune sauvage alors que les scientifiques en dénoncent le bien-fondé, l’intérêt économique et le risque environnemental apparaît contraire à la Loi constitutionnelle relative à la Charte de l’environnement.
J’avais déjà alerté en 2021 le Préfet et ses services concernant les demandes d’autorisation de piégeage qui sont déposées en mairie pour un visa du maire. L’habitude pour la majorité de ceux-ci est de viser ou de faire viser sans s’y attarder. Il en va cependant de notre politique de gestion du Vivant, et notre responsabilité à tous est grandement engagée. »
« Une aberration écologique »
« Les études scientifiques récentes, dont certaines commandées par nos ministères mêmes, ont permis une meilleure connaissance des « nuisibles » et remettent en cause la « destruction » généralisée et sans quota. Dans le rapport remis au ministre chargé de l’environnement et paru en 2025, on peut lire : « … la mission propose une refonte de l’approche française de la maîtrise des dégâts occasionnés par les nuisibles. Elle recommande notamment de ne pas reconduire l’arrêté lorsqu’il arrivera à échéance en 2026 et de mettre à profit ce délai pour expérimenter un nouveau dispositif de gestion collégiale dans quelques départements, sur des espèces cibles ». Voici une étude, payée avec l’argent public, allègrement foulée au pied…
La liste des études récentes démontrant l’inefficacité de cette politique et le gaspillage qu’elle induit, sans parler de sa cruauté, est longue. En 2026, « cette politique de régulation » par espèces et par départements est une « aberration écologique dans un contexte d’érosion de la biodiversité, et une hérésie vis-à-vis des connaissances scientifiques » selon Martin Plancke, chargé de mission spécialisé sur la biodiversité et les politiques publiques associées pour la Fondation pour la recherche sur la biodiversité qui a corédigé une synthèse des connaissances sur le sujet en 2023.
Voilà pourquoi, Monsieur le Préfet, j’ai tenu à récapituler par cette lettre ouverte les très nombreuses raisons pour lesquelles je ne cautionnerai pas, en tant qu’élue engagée dans la protection de notre patrimoine vivant, l’autorisation de massacres aussi cruels qu’inutiles. La commune de Valaire a, depuis plus de 14 ans, mis en place une démarche qui prend en compte la préservation de son patrimoine vivant, qu’il soit humain ou non humain. La commune vient de voir renouvelé en juin 2026 son label « Territoire engagé pour la Nature ». Elle est reconnue refuge Ligue de Protection des Oiseaux et refuge chauve-souris ».
Pour aller plus loin, la sitographie des sources citées par Catherine Le Troquier :
Plus d’infos autrement :
Destruction de la faune sauvage en Sologne : Olivier Bouygues, le milliardaire chef de bande