Le mardi 15 septembre, à la librairie Les Temps modernes à Orléans, Antoine Volodine est venu présenter « Retour au goudron », un projet littéraire hors norme qui marque la fin de son œuvre. Onze livres publiés simultanément par onze maisons d’édition, avant que l’écrivain ne choisisse de se retirer.

Les 11 livres qui composent Retour au goudron, dernier projet littéraire d’ampleur d’Antoine Volodine. Crédit : CG.
Difficile de parler de Retour au goudron comme d’une simple rentrée littéraire. Le projet relève presque de la performance : onze livres paraissent simultanément, chez Actes Sud, La Fabrique, L’Olivier, Minuit, Rivages, La Marelle, Robert Laffont, Le Seuil, les éditions du sous-sol, La Volte et Verdier.
L’ensemble est signé Infernus Iohannes, un collectif imaginé par Volodine. Depuis près de quarante ans, le fondateur du post-exotisme construit une œuvre peuplée de voix et d’avatars, sous différentes signatures. Une manière de sortir de la figure traditionnelle de l’écrivain unique : « Je ne suis plus juste Volodine », explique-t-il. Avec la complicité des éditeurs, il a créé « un édifice à plusieurs voix éditorialement distinctes, où plusieurs signatures se croisent ».
À l’origine, Volodine imaginait les textes sous la forme de brochures, qu’il aurait voulu exposer comme une installation. Mais mises bout à bout, les pages auraient atteint 1,5 kilomètre. Le projet est finalement resté entre parenthèses, tandis que les textes ont été transformés en onze volumes. Leur publication simultanée permet cependant de conserver quelque chose de la performance initiale.
Un voyage dans le Bardo
Pour entrer dans cet univers, il faut accepter de perdre quelques repères. L’une des inspirations majeures de Volodine est le Bardo, un texte sacré du bouddhisme tantrique qui décrit l’état intermédiaire entre la mort et la renaissance.
Pendant 49 jours, le défunt erre dans un monde flottant, confronté à ses souvenirs, mais aussi à des figures tantôt bienveillantes, tantôt menaçantes. Un espace où les frontières habituelles disparaissent. « Le je et le tu se confondent. Il n’y a ni lumière ni obscurité, ni gauche ni droite, ni passé ni avenir », explique l’écrivain orléanais.
Pour Volodine, cette absence de repères est surtout un formidable outil de création. Le Bardo permet de faire éclater les cadres habituels du récit et de laisser l’imaginaire prendre le dessus. La mort devient alors moins un point final qu’un espace à traverser, peuplé de souvenirs, de visions et de rencontres.

L’écrivain en pleine séance de dédicace aux Temps modernes. Crédit : CG.
« Autant rêver sa vie que la subir »
Cette volonté de s’éloigner des formes littéraires classiques accompagne Volodine depuis ses débuts. « Je voulais écrire un livre qui ne ressemble pas aux autres livres, au mainstream, et différent de ce qu’on attend, même dans la science-fiction », raconte-t-il. Son projet s’est ensuite construit progressivement, avec une large place laissée à l’improvisation.
Il refuse d’ailleurs de désigner un ordre de lecture parmi les onze volumes. « Aucun ordre, tous les volumes me tiennent à cœur. » Il ne souhaite pas non plus que son œuvre soit enfermée derrière l’étiquette de littérature « difficile ».
Car derrière les constructions complexes du post-exotisme, Volodine revendique avant tout le plaisir de l’imaginaire. « Je trouve ennuyeux de raconter sa vie, ou de lire la vie des autres, ce qui constitue beaucoup la littérature contemporaine… Autant rêver sa vie que la subir. Avec l’écrit, on peut vivre 1 000 aventures. Je m’y suis occupé pendant 40 ans, de façon régulière et heureuse. »
Le cinéma nourrit également cette imagination. Volodine dit aimer transmettre des images davantage qu’une histoire, et le cinéma est donc pour lui une véritable « banque d’images ».
Une fin choisie
La rencontre aux Temps modernes prend finalement une résonance particulière. Car Retour au goudron n’est pas seulement un nouveau projet : c’est le dernier.
L’écrivain annonce qu’après cet automne, il n’y aura plus de livres ni d’interventions publiques. Après quarante années d’écriture, de personnages, d’avatars et de mondes imaginaires, Volodine a choisi de refermer lui-même la porte.
Il savait d’ailleurs depuis longtemps quels seraient ses derniers mots. Une phrase courte, presque sèche, après l’ampleur de cette œuvre. Onze livres pour un dernier geste, puis le silence. Je me tais.
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