Le député Charles Fournier veut une Loire humaine

Député écologiste de Tours, Charles Fournier veut une loi reconnaissant la Loire comme un être vivant. En espérant embarquer ses collègues dans un plébiscite transcourants.
 

Et si le fleuve royal était reconnu comme une entité naturelle juridique ? ©Jean-Luc Vezon



Par Mag’Asine


« Un jour des Messieurs bien r’marquables sont v’nus, qu’ont dit : “Y a trop de sable. On va rendre la Loire navigable” Et de c’jour là ça fut plus beau : Y a-t-eu bien plus de sable que d’eau. Et plus une place pour les bateaux ». De Nantes à Briare, la complainte des mariniers de Loire porte encore sa voix, et pas seulement lors des fêtes orléanaises, dont la prochaine édition est prévue en 2027. Nombre de messieurs remarquables se sont penchés depuis au-dessus du lit de cette indomptable dame, mais c’est peut-être en cette année 2026 qu’elle pourrait trouver galoche à son pied, grâce à quelques élus de la région Centre-Val de Loire. En juin dernier, Charles Fournier, député d’Indre-et-Loire, très investi dans les récentes assises nationales de la biodiversité tenues à Tours, a déposé un projet de loi visant à reconnaître en droit français « le bassin versant de Loire comme une entité naturelle juridique, sujet de droits, lui permettant de faire entendre sa voix ». Et bien au-delà des enjôleurs murmures de la Vouivre.

Soutenue par une vingtaine de députés, dont Emmanuel Duplessy (Loiret) et Laurent Baumel (Indre-et-Loire), cette originale proposition « consiste en une incarnation humaine du bassin versant, de sa perspective, de ses besoins, de ses valeurs, de ses intérêts et logiques propres par un « gardien de Loire », en somme un « veilleur de Loire », précisent ses initiateurs. Pour étayer ses dires, issus de rencontres étalées sur les six dernières années avec des scientifiques et autres collectifs impliqués, Charles Fournier rappelle le processus du Parlement de Loire ayant abouti à la publication du livre Le fleuve qui voulait écrire, « étudiant la possibilité, en droit français, de donner des droits à des entités naturelles », et à la rédaction d’un Manifeste de Loire « pour élargir la démarche à l’ensemble du territoire ligérien afin de faire converger diverses actions et acteur·ices. »

L’idée n’est pas nouvelle, même si tout ne coule pas pour autant de source. « De nombreuses rivières et fleuves à travers la planète sont reconnus comme personnes juridiques dotées de droits, par voie constitutionnelle, législative, ou par décision de justice. Une reconnaissance vouée à garantir une meilleure prise en compte par les communautés humaines, les agents économiques et les pouvoirs publics, des intérêts, besoins, valeurs et perspectives propres de ces écosystèmes. »

Du mont Gerbier-de-Joncs aux quais nantais, voire jusqu’à Saint-Nazaire, la Loire garde aussi les traces des épopées humaines, de leurs richesses et de leurs travers. Et les canicules récentes lui ont donné un visage inhabituel propre à réveiller les consciences. Voire à inspirer de nouveaux chants de marins, pour faire oublier ces messieurs ensableurs par qui « les auberges ont fermé leurs portes. Et notre Loire qui plus rien n’emporte est vide à c’t’heure comme une boère morte ».

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