Une salle qui hue, applaudit, interpelle et siffle : la restitution de l’audit financier de Montargis s’est déroulée dans une ambiance houleuse. Ceux qui étaient venus entendre parler des comptes de la ville ont surtout assisté à un match de boxe, où les coups partaient aussi bien de la salle que de la tribune. Et où l’auditeur, venu parler chiffres, s’est parfois retrouvé arbitre malgré lui.
À Montargis, l’audit financier a surtout donné lieu à beaucoup de comptes à régler – capture d’écran du site de la mairie de Montargis
Dans les années 1950, la salle des fêtes de Montargis était un haut lieu de la boxe. Ce vendredi, les murs ont transpiré de vieux souvenirs. À défaut de pouvoir restituer sereinement l’audit commandé par la majorité RN, on y a au moins restitué l’ambiance. Dans les années 1950, on y comptait les points, ce 2 octobre 2026, on a surtout compté les coups.
Premier round : factures impayées et premiers coups de sifflet
La mairie RN avance deux millions d’euros de factures impayées par l’ancienne majorité. Nathalie Foulgot, adjointe aux finances, déroule les chiffres sous les sifflets et les huées. La facture de 173 000 € pour la démolition préalable au futur complexe scolaire de Crowborough déclenche quant à elle une salve d’applaudissements.
Benoît Digeon, maire LR de 2020 à 2026 devenu conseiller d’opposition, prend la parole pour défendre son bilan sous les huées. L’adjointe aux finances, sur le ton de l’institutrice, finit par lui lancer : « On se tait, M. Digeon, vous sortez. » Et pourquoi pas « Levez la main avant de parler » ? Allons, allons, Maîtresse Nathalie…
Dans la salle, les « hou » continuent. Pour ramener l’assemblée à son sujet, l’auditeur – Franck Valletoux, du cabinet Stratégies locales – a dû plusieurs fois prendre les rames. Normal, on est à Montargis, ville de rivières et de canaux : la Venise du Gâtinais. Il était venu expliquer les comptes, il s’est retrouvé à naviguer entre attaques, interruptions et règlements de comptes, finissant même par faire remarquer à l’adjointe aux finances que sa réponse avait duré aussi longtemps que l’intervention de l’ancien maire. Une façon élégante de rappeler que le public était peut-être venu pour autre chose que regarder les élus s’écharper.
Deuxième round : pas de banqueroute, mais une sacrée passe d’armes
Bruno Nottin, conseiller d’opposition PCF, estime pour sa part que l’audit ne révèle finalement pas grand-chose de nouveau pour ceux qui suivent la vie du municipale depuis des années : « On n’a rien appris. Peut-être que certains découvrent l’eau tiède : c’est toujours bien de le découvrir à un moment dans sa vie. » Il ne remet pas du tout en question le sérieux et la qualité du travail de l’audit : « Mais ça nous dit ce que l’on savait. » Il souligne surtout que « la ville n’est pas en état de banqueroute ni de faillite ; par contre, elle est en état de forte contrainte ». Son intervention dure trois minutes top chrono (montre en main), une intervention que Dominique Coquelle, actuel maire (ça file si vite à Montargis…), trouve pourtant « très, très longue », en précisant qu’il l’avait pressenti. Trois minutes ? Très, très long ? On comprend surtout que la majorité RN préférerait des réunions sans opposition : ça irait plus vite.
Dalip Velhapi, conseiller d’opposition PS, finira par mettre des mots sur le spectacle auquel nous venons d’assister, qui tenait davantage du meeting politique que de la restitution d’audit. Rappelons à ceux auxquels cela aurait échappé que Montargis est de nouveau en campagne électorale depuis le jeudi 24 septembre, date à laquelle s’est profilée la possibilité que le Conseil d’État annule les élections municipales de mars 2026 dans la douce Venise du Gâtinais, pour irrégularité.
Dominique Coquelle, maire RN de Montargis et Nathalie Foulgot, adjointe aux finances, orésentant les listings des factures impayées – capture d’écran FB mairie de Montargis
Le chef de cabinet sort les gants pour le dernier crochet
L’auditeur ramait toujours au moment où Jean-Marie Albouy, actuel directeur de cabinet, entre en scène. Sous les hou et les ha, en plus des applaudissements nourris (et pourquoi pas des hourras tant qu’on y est ?), il a déclaré : « Ça fait trente ans que je fais de la politique, donc des gens qui hurlent pendant que je parle, ce n’est pas ça qui m’inquiète. » Après son adjointe aux finances, voici l’actuel maire Dominique Coquelle débordé par son chef de cabinet ! De là à retrouver ce dernier en tête de liste aux prochaines élections municipales, il n’y a plus qu’un pas.
29 000 € plus tard, le match continue
Mais au fait, combien a coûté cet audit ? « 29.000 € », répond Maîtresse Nathalie. Dans l’assistance, on se demande si cette facture viendra s’ajouter à la liste des impayés. D’autant que la Chambre régionale des comptes – qui, selon une cadence d’environ six à sept ans, passe régulièrement au peigne fin les comptes des communes – a commencé son propre audit.
Olivier Masson, des Citoyens du Montargois, se dit déçu par un audit qui ne répond pas aux questions que son groupe pose depuis des années. Il informe au passage que Thomas Ménagé, député RN de a circonscription, avait demandé à rencontrer les représentants de son groupe au sujet de la caserne Gudin et du port Saint-Roch. « J’en avais profité pour demander si les Citoyens pouvaient réfléchir à ce qu’il fallait demander au cabinet d’audit. Il n’a pas donné suite. » De quoi nourrir sa déception, forcément.
Le niveau de défiance des Citoyens du Montargois est donc à son maximum, puisqu’ils semblent également considérer que les contrôles réalisés ne répondent jamais complètement à leurs questions.
« Tais-toi et rame », le mantra de la soirée
On a d’ailleurs vu l’auditeur, en mode survie, souquer ferme pour répondre en termes simples aux questions très techniques d’Alphonse Proffit, autre membre des Citoyens du Montargois. Des questions claires comme de l’eau de canal, auxquelles Franck Valletoux a dû répondre aussi simplement que possible – merci d’avoir pensé au public ! – alors qu’il était pris au milieu des remous. Pour ceux qui avaient oublié leur casquette de comptable public au vestiaire, il a ainsi expliqué qu’en 1995, « le changement de nomenclature comptable avait conduit à intégrer dans les comptes les actifs historiques des collectivités, bien souvent pour un euro symbolique». Résultat : « on n’a pas la vraie valeur comptable du patrimoine des collectivités locales en France ». À chaque collectivité, désormais, de procéder à son propre inventaire patrimonial. De son côté, le public souquait ferme pour ne pas boire la tasse.
Après plus de deux heures de brouhaha et d’avalanche de chiffres, il est temps de quitter cette ambiance de ring, même si le match semble loin d’être terminé. Direction le centre-ville pour regarder cette fois-ci le match de foot dans une ambiance autrement plus sympathique. Mais pas de soirée foot pour notre confrère de La Rep, obligé d’aller écrire son papier dans la foulée.
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