Exposition « De fil à Fil » : Marie Émery et Zenga, une rencontre improbable ?

En fait à bien y réfléchir, il n’y a rien d’improbable dans cette rencontre entre Marie Émery et Zenga. Même si tout a commencé de façon imprévue, il y a plus de dix ans. Zenga appartenant encore au monde du théâtre, et Marie à celui des artistes plasticiens. Un coup de foudre amical qui se concrétise aujourd’hui sous nos yeux à travers leur exposition « De fil à fil ».
 

L’artiste Zenga et ses tableaux suspendus – Par Valérie Thévenot


Par Valérie Thévenot.


Les deux artistes nous invitent à une déambulation dans leur univers respectif. Au rez-de-chaussée du Domaine de la Trésorerie, nous cheminons parmi les collages de Marie Émery faits de papiers abandonnés et présentés sous différentes formes. Une seconde vie pour ces supports de mots ou de photographies qui nous racontent tous quelque chose. À l’étage, c’est une balade dans le monde floral de Zenga, un monde suspendu où la soie sauvage flirte avec des dentelles de différentes factures et où les coloris variés s’unissent avec une légèreté remarquable.

La rencontre artistique

À chaque étage une personnalité artistique bien ancrée prend possession de notre regard et de nos émotions. Une exposition commune pour signifier aussi le fort lien d’amitié qui s’est noué entre les deux artistes. Un fil qui s’est consolidé d’année en année et qui se renforce encore plus ici. Bien que leur travail semble différent, c’est un travail pensé ensemble depuis plus d’un an que l’on a sous les yeux. Un travail radicalement différent mais un cheminement artistique qui suit la même voie comme nous l’explique Zenga. « Au fur et à mesure que l’on s’est rencontrées, que je montrais mon travail à Marie, et elle aussi, on s’est rendu compte que l’on avait beaucoup de points communs dans la recherche. Toutes deux nous assemblons des éléments entre eux. » Et Marie Émery d’ajouter : « D’autant plus que c’est moi qui dis que c’est une rencontre improbable. Improbable dans la finalité mais pas si improbable que ça dans ce qui s’est tramé entre nous pendant un an. On a fait appel au regard de l’autre et on s’est aperçu que l’on avait les mêmes préoccupations, les mêmes questionnements, on avait des échanges constructifs autour des œuvres en cours. C’est ça le lien ! Au-delà de la proximité, au niveau du questionnement ça a été une belle amitié et c’est ce que figure le fil rouge que l’on retrouve ici ».
 

La belle amitié des deux artistes – Par Valérie Thévenot

 
Et quand l’une découpe très délicatement la dentelle, la répare et la coud tout en délicatesse sur une soie sauvage, l’autre chahute ses papiers, les déchire, les épluche, les trempe dans l’eau ou les laisse sous la pluie. Un véritable baptême que vivent ces morceaux de papiers abandonnés. « Mais en même temps c’est quand même des assemblages. On travaille sur les volumes, les couleurs, les matières, les vides et les pleins, et sur la composition, sur le chemin que prend le regard pour voyager dans l’œuvre. Ça fait des années qu’on se montre nos travaux et qu’on s’aide mutuellement », précise Zenga.

Quand Guilaine Agnez se métamorphose en Zenga

De son métier de comédienne de théâtre à celui de metteuse en scène, Guilaine Agnez transmet à son palindrome Zenga son goût pour raconter une histoire. « Quand je crée mes toiles, je me raconte tout le temps une histoire. Ce n’est pas juste un joli paysage, une jolie fleur. C’est comment cette fleur monte vers le ciel, comment quelque chose du ciel tombe pour rejoindre ce qui monte de la terre. C’est comment se passe la rencontre, comment les choses s’acceptent ou se refusent, ou s’écartent. Mon travail parle souvent de rencontre. Et c’est déjà celle entre la soie sauvage et la dentelle, et aussi celle des dentelles entre elles ». Et quelle surprise aussi de découvrir ainsi à quel point la dentelle est d’une délicatesse incroyable. Tissées main ou réalisées mécaniquement, avec ou sans perles, fines ou épaisses, ces dentelles d’Alençon, de Chantilly, du Puy-en-Velay ainsi mises en valeur réveillent notre curiosité, nous font découvrir tout un monde oublié et tellement riche en savoir-faire que l’on aimerait le voir renaître.

Autre émergence du monde du théâtre dans le travail de Zenga, la scénographie. « En fait, accrocher des toiles dans une galerie m’intéresse très moyennement. Ce qui est le plus important pour moi, ce qui m’intéresse le plus, c’est de travailler sur la scénographie afin de raconter une histoire. Donc j’inclus mes toiles selon l’histoire que je vais raconter. »

À chaque exposition, une thématique, une histoire et donc une scénographie. Au cœur de l’église Saint-Étienne à Beaugency est né un « Jardin d’Eden » où sa première grande toile, L’arbre de Vie, réalisée pour le théâtre, prit racine. Au musée des Beaux-Arts et de la Dentelle d’Alençon, l’orientalisme s’est invité à travers le thème des « Jardins suspendus ». Une merveilleuse expérience où Zenga a eu tous les moyens techniques pour faire vivre son conte imaginaire. Le musée installa une fontaine ruisselante, un long bassin rectangulaire aux eaux teintées en noir afin d’agrémenter un jardin de midi et un jardin de minuit aux murs couleur bleu nuit. À Villandry, un jardin d’iris charma les visiteurs, à Chantilly le premier rôle fut distribué à la forêt. Et à chaque fois, Zenga est amené à faire des choses nouvelles. « C’est comme ça que les choses avancent, sans préméditation aucune. »

Marie Émery « à la recherche des papiers perdus »

Que nous racontent les collages papier de l’artiste dans ses tableaux ou sur ses totems comme elle les appelle ? « Ils nous racontent la vie ! On est chahuté dans la vie, comme les papiers que je chahute. Ce sont des événements de vie, des morceaux de vie. » Avant-gardiste depuis dix ans sur ce qui se fait maintenant, Marie récolte ses papiers, ou récupère des bouts, des marges comme elle dit, de ceux qu’elle a travaillés. « À l’époque j’étais vraiment en quête, je me baladais avec mon sac à dos, j’allais dans certains endroits, je ramassais les papiers. Puis je les repassais, je les lavais, je leur donnais une seconde vie. Je les rendais visibles. Ce n’étaient plus des choses que l’on foulait au pied. Une façon de dire ce que vous avez au pied sont des choses intéressantes, travaillez-les ! » Et puis il y a ceux qu’elle a ramassés dans son atelier, des morceaux déchirés, issus du travail sur de plus grands tableaux devenus les matrices, les nourrices qui lui donnent des fragments de papier qui intégreront, ou non, un nouveau tableau.

L’élément « eau » a un rôle essentiel dans le travail de Marie. Le papier – fil rouge qui fait le lien, constamment présent – comme une réparation, une suture, se joint à la peinture pour aussi raconter une histoire. Le plein et le vide sont toujours présents, parfois trop ? « Parfois ça surcharge, alors l’excès va disparaître par un geste artistique en laissant l’eau ou la pluie faire son travail. Ce passage par l’eau devient un baptême, une initiation. Une fois que tu laves, tu enlèves l’excès et tu retrouves quelque chose de l’ordre du minimal, juste ça, pour évoquer et ne pas dire franchement les choses. » On touche au subtil, une notion forte chez Marie Émery qui rappelle le sens étymologique du mot subtil : sous la trame. En cela les déchirures qui prennent forme dans ses tableaux ouvrent vers un nouvel espace, et « dès qu’il y a ouverture d’espace, il y a liberté parce qu’il y a possibilité d’occuper cet autre espace qui s’ouvre à nous ».

Et c’est bien de nouveaux espaces qui s’ouvrent à nous lorsque nous déambulons parmi les œuvres de cette remarquable exposition. C’est l’élégance, la subtilité, le lien tissé entre les artistes et les œuvres qui s’offrent ici à nos yeux. L’exposition « De fil à fil » est décidément un très beau geste artistique.
 

Exposition « De fil à fil »
Zenga – Art textile
Marie Émery – Peinture
Domaine de la Trésorerie, 14 rue des Moines, 45750 Saint-Pryvé-Saint-Mesmin
Du 3 au 11 octobre 2026
Du lundi au vendredi : de 14h à 18h30 et le samedi et dimanche : de 10h à 19h.


Plus d’infos autrement :

Exposition : Scènes Éphémères II au Domaine de la Trésorerie

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