« Retenez-moi ou je fais un malheur » : les Dalton du Centre-Val de Loire sortent les Colts

À la différence de leurs cousins d’Amérique, les Dalton du Centre-Val de Loire sont cinq. Et avec Ma Dalton à leur tête, ils s’apprêtent à défourailler. Contre le gouvernement et son Premier ministre, mais aussi contre le président de Région.
 

Les présidents de départements du Centre-Val de Loire sont au bord de la crise de nerfs. Photo PB


Par Pierre Belsoeur.


Ils sont arrivés colère à la conférence de presse, les six présidents des conseils départementaux de la région Centre-Val de Loire. Philippe Gouet (président de Loir-et-Cher) avait un faux air de Joe Dalton, le plus agressif de la bande. Mais Nadège Arnault (présidente de l’Indre-et-Loire) ne laissait pas sa part aux chiens et était tout aussi convaincante dans le rôle de Ma Dalton. Bref, au terme de cette réunion au château Raoul, ça sentait la poudre.

« L’État nous ponctionne pour boucher les trous de son budget »

Nadège Arnault a fait la démonstration que l’État n’avait pas de parole, « Le 28 septembre le Premier ministre nous donne le sentiment que nous avions été compris, le 30 le projet de budget démontre le contraire en supprimant 300 M€ de dotation et en rayant d’un trait de plume le Fonds de sauvegarde qui aide les départements en difficulté. » Et les présidents étaient unanimes pour dénoncer un État qui dépense sans compter, « Y compris pour des agences qui font doublon avec des organismes locaux et qui coûtent un bras. Or les départements ont beaucoup donné pour boucher les trous du budget de l’État et ne vont plus pouvoir boucler les leurs », rappellent-ils.
 

Philippe Gouet, le plus mordant des six présidents. Photo PB

 
« On va arrêter d’être gentils », surenchérit le Loirétain Marc Gaudet. « On désindexe les retraites et les salaires, mais pas le RSA (financé par les Départements), s’indigne son voisin d’Eure-et-Loir, Christophe Le Dorven. L’administration centrale de Bercy dicte sa loi au Premier ministre. Les collectivités locales votent leurs budgets en équilibre et apprennent ensuite qu’on leur sucre 8 milliards ! »

La canicule et ses effets

Les dernières canicules ont aussi occupé une large place dans les échanges des présidents. Qu’il s’agisse des travaux à envisager dans les collèges (brasseurs d’air, double flux) sans aide de l’État, des routes que la canicule a dévastées et qu’il va falloir réparer, en renonçant à d’autres grands chantiers (3,5 M€ à trouver pour l’Indre-et-Loire).

Et puis la situation de l’agriculture. Même si ce secteur ne fait pas partie de leurs missions, les départements ne peuvent laisser les agriculteurs au bord de la faillite. C’est pourquoi en collaboration avec la Mutualité Sociale Agricole, ils facilitent leur accès au RSA. « Deux cents agriculteurs de mon département sont au RSA, rappelle Jacques Fleury (Cher), et entre 300 et 400 frôlent le dépôt de bilan. »

Le Centre Val de Loire en force à Reims

Cette accumulation de ressentiments risque d’exploser la semaine prochaine à Reims, qui accueille le congrès national des départements de France. Les représentants des départements de la région y regrouperont leurs délégués (18 pour le seul département de l’Indre, a annoncé Marc Fleuret) et ils prendront des initiatives fortes. Lesquelles ? « Si on vous le dit, ce ne sera plus une surprise ! » La tension est à son comble.

Tous unis pour Google… et contre le président de Région

Marc Fleuret a profité qu’il avait ses collègues sous la main pour leur faire signer une motion de soutien au centre de données géant que Google envisage d’implanter sur la zone d’Ozans. « Un projet économique fort pour notre département qui a fait se réveiller les anti-tout. » Philippe Gouet résume l’avis de ses collègues : « Tout ce qui pourra permettre de progresser dans l’attractivité du territoire est à encourager. » L’occasion de s’étonner, de la part des six présidents de droite, de la frilosité d’un président de Région, de gauche, favorable à l’origine au projet, et qui émet désormais des réserves. « Pour ne pas froisser sa majorité », conclut Marc Fleuret, qui donne au passage des indications sur le nombre d’emplois liés à ce projet : « 500 pendant les dix ans de la construction et Google annonce 1 200 emplois pour le fonctionnement, mais si nous en avons 600, ce sera déjà satisfaisant. » Le débat public qui doit s’ouvrir en novembre permettra de mettre sur la table des chiffres plus précis, espérons-le.

Le gang des Six a également écrit aux pompiers pour les remercier de leur engagement tout au long de cet été d’enfer, mais aussi au gouvernement pour soutenir la demande de panthéonisation de George Sand. Une campagne d’affichage va d’ailleurs être lancée à Paris pour soutenir le projet. Et lorsque Magcentre se demande si une telle dépense est vraiment prioritaire au moment où les départements comptent leurs sous, Joe Dalton-Gouet répond vachard : « Nous soutenons la culture, Monsieur. » Ça ressemble plutôt à de la com.
 

Marc Fleuret (Indre) et Jacques Fleury (Cher) signent une lettre à destination de Michelin pour que le terme Berry figure de nouveau sur les cartes. Photo PB


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