À Orléans, Alexander Calder dévoile ses sculptures les plus intimes

Dans le cadre du festival AR(t]CHIPEL 2026, le musée des Beaux-Arts d’Orléans consacre une exposition à Alexander Calder, cent ans après son installation en France. Du 15 octobre 2026 au 14 mars 2027, le public peut y découvrir un ensemble exceptionnel de bijoux, d’encres, de gouaches et de sculptures des années 1930, révélant une autre facette de l’artiste américain.

Four Leaves and Three Petals, 1939. Crédit : 2026 Calder Foundation, New York / Adagp, Paris. Photo: CG.

 

Par Charlotte Guillois.


Connu pour ses mobiles en mouvement et ses sculptures monumentales, Alexander Calder (1898-1976) se révèle sous un jour plus intime au musée des Beaux-Arts d’Orléans. Au cœur du parcours, un ensemble remarquable de bijoux réalisés entre 1929 et 1958 témoigne d’une pratique moins connue du sculpteur, qui considérait ces créations comme de véritables œuvres d’art à part entière.

Laiton, argent, fil de fer, fragments de poterie, pierres colorées ou tessons de bouteille : Calder détourne des matériaux variés pour façonner colliers, bracelets et broches aux formes organiques. Spirales, feuilles et lignes sinueuses composent des pièces qui s’éloignent de la joaillerie traditionnelle. L’artiste les réalise d’abord pour son épouse, Louisa, et sa sœur, Peggy, avant d’en offrir à ses proches et à son entourage artistique. Malgré plusieurs propositions, il refusera toujours de les commercialiser.

La directrice du musée, Olivia Voisin, souligne l’intérêt de présenter ces objets rarement exposés au public. « L’objectif était de donner accès à des œuvres très intimes de Calder, à des objets que l’on n’a pas l’habitude de voir », explique-t-elle. Ces sculptures portables permettent ainsi d’approcher autrement le travail de l’artiste, dont la créativité ne se limite ni aux grands formats ni aux œuvres en mouvement.

Alexander Calder, Yellow Panel, vers 1936. Crédit : 2026 Calder Foundation, New York / Adagp, Paris. Photo : CG.

Des œuvres en dialogue avec l’art moderne

L’exposition présente également des encres et des gouaches de 1932 et 1933, témoins d’une période charnière dans le parcours de Calder. Après s’être intéressé au dessin animalier et à l’univers du cirque, l’artiste s’oriente vers l’abstraction au début des années 1930. La rencontre avec l’atelier de Piet Mondrian contribue à cette évolution, avant qu’il ne se consacre pleinement à la sculpture.

Dans ces œuvres sur papier, les formes courbes semblent flotter dans des espaces peuplés d’éléments insolites. Elles évoquent le dynamisme spatial de ses futurs mobiles, sans pour autant en constituer des études préparatoires directes. Elles témoignent aussi des échanges artistiques de Calder avec des figures telles que Jean Arp, Jean Hélion et Fernand Léger.

La scénographie a été pensée pour faire ressortir les différentes facettes de cette production. Certaines sculptures dialoguent avec des tableaux aux tonalités contrastées. Le parcours s’enrichit ainsi de rapprochements avec d’autres œuvres du XXᵉ siècle.

Pour Olivia Voisin, le résultat est à la hauteur de ce travail collectif : « C’est une grande joie de voir ces œuvres déployées dans un lieu qui permet de les regarder autrement. » Présent lors de la visite de presse, Alexander S. C. Rower, petit-fils de l’artiste et président de la Calder Foundation, a lui aussi salué une présentation « exceptionnelle ».

(De gauche à droite) Alexander Calder, Necklace, 1937 / Alexander Calder, Necklace, 1940 © 2026 Calder Foundation, New York / Adagp, Paris. Crédit photographique : Tadzio.

Calder au cœur de la région

Cette exposition s’inscrit dans la quatrième édition du festival AR(t]CHIPEL, fruit d’un partenariat entre la Région Centre-Val de Loire et le Centre Pompidou. Alors que le musée national d’Art moderne est en travaux, le programme Constellation permet de faire circuler ses collections dans les lieux culturels et patrimoniaux de la région.

L’édition 2026 met à l’honneur Alexander Calder et Max Ernst, deux artistes qui ont longtemps vécu et travaillé en Centre-Val de Loire. Installé à Saché, en Touraine, à partir de 1953, Calder y a notamment conçu plusieurs sculptures monumentales. Son œuvre est aujourd’hui présentée dans une quinzaine de lieux régionaux, dont les musées des Beaux-Arts de Tours et de Chartres, le château de Chambord et l’Atelier Calder.

Le festival propose également l’exposition De natura, consacrée à Max Ernst au Domaine de Chaumont-sur-Loire, ainsi que l’ouverture de près de 90 ateliers d’artistes. À Orléans, cette plongée dans les créations plus confidentielles de Calder illustre l’ambition d’AR(t]CHIPEL : faire dialoguer art contemporain, patrimoine et territoires, tout en permettant au public de découvrir des œuvres rarement exposées.

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