Montargis : un projet de santé abandonné par manque de volonté politique ?

Accompagner les malades après un cancer, les aider à retrouver une vie au-delà des traitements ? C’est l’ambition de l’Institut Rafaël, dont Jean-Pierre Door porte le projet à Montargis depuis 2023. Or les 500 000 € de crédits régionaux fléchés vers ce projet de santé ont été réorientés vers un projet d’IUT. Pour l’ancien député-maire, ce choix condamne une structure qui devait accueillir 500 patients par an.

Achetée par la précédente municipalité pour accueillir l’Institut Rafaël de Montargis, la maison de l’avenue Cochery, est au cœur du désaccord sur l’avenir du projet dans la Venise du Gâtinais – photo Izabel Tognarelli


Par Izabel Tognarelli.


Après un cancer, la fin des traitements ne signifie pas nécessairement la fin du parcours de soins. Il faut aussi retrouver ses repères, reprendre confiance, réapprendre à vivre avec les séquelles physiques ou psychologiques de la maladie. C’est à ce moment-là qu’intervient l’Institut Rafaël, non pour traiter le cancer, mais pour accompagner les personnes dans leur reconstruction. Une approche que Jean-Pierre Door, ancien député-maire (LR) de Montargis, par ailleurs cardiologue, défend depuis 2023 pour le Gâtinais. Mais le projet est aujourd’hui compromis.

En cause, les 500 000 € de crédits régionaux originellement destinés à l’Institut Rafaël qui, le 4 juin dernier, ont été réorientés vers un projet d’IUT, lors d’une réunion entre le président de l’Agglomération et Côme Dunis, alors maire de Montargis. Cette réorientation n’a été connue que le 29 septembre, à la veille d’un conseil municipal au cours duquel Benoît Digeon, conseiller d’opposition LR, a fait remarquer que cette décision n’avait d’ailleurs pas été, au préalable, soumise au vote du conseil municipal.

Pour Jean-Pierre Door, le choix est lourd de conséquences : privé de ces crédits, le projet d’antenne montargoise de l’Institut Rafaël est condamné.

« Il s’agit de reprendre vie »

En 2023, à l’occasion d’une conférence à l’Assemblée nationale, Jean-Pierre Door a découvert l’Institut Rafaël, dont la maison-mère est installée à Levallois-Perret. Cette rencontre l’a convaincu d’en défendre une implantation dans le Montargois. Le principe est d’accompagner les personnes une fois les traitements contre le cancer terminés, ainsi que celles qui vivent avec des maladies chroniques, diabète, maladies cardiaques ou polyarthrite évolutive, par exemple. Il s’agit de tourner la page, surtout pas de retourner sur le chemin emprunté le temps des soins : quand on sort d’un cancer, on n’a vraiment pas envie de renouer avec les blouses blanches…

L’Institut Rafaël propose aux patients de retrouver leurs repères après la maladie et les traitements, dans un lieu consacré à leur reconstruction. Psychologues, kinés et autres thérapeutes, hypnose, acupuncture, mais aussi ateliers de cuisine, danse, gymnastique : toute une palette de disciplines leur est proposée afin de les soutenir dans leur quotidien, de les aider à retrouver une dynamique de vie et ne pas rester définis par leur maladie.

L’enjeu dépasse largement la seule ville de Montargis. Le projet vise les deux bassins de vie du Montargois et du Giennois, où Jean-Pierre Door souligne le vieillissement de la population et le nombre important de cancers et de maladies chroniques. Il évoque un peu plus de 130 000 habitants rien que pour le bassin de vie montargois. Les besoins sont donc considérables : l’Institut Rafaël prévoit d’accompagner 500 patients par an dans son antenne montargoise. Les oncologues de Gien et Montargis sont d’ailleurs associés à ce projet, de même qu’un diabétologue de Montargis.

Un bâtiment et un budget contestés

Située avenue Cochery, la maison achetée par la précédente municipalité LR pour accueillir l’Institut cristallise le désaccord. La municipalité RN la juge inadaptée et souhaite trouver un autre site. Jean-Pierre Door défend au contraire ce choix, en prenant pour exemple la maison-mère de Levallois-Perret, elle aussi installée dans un bâtiment à plusieurs étages. Il souligne également les atouts du lieu montargois : « Le bâtiment de l’avenue Cochery est isolé, proche du centre-ville, dans un quartier par ailleurs très peuplé avec la proximité du quartier prioritaire de la ville (QPV) de la Chaussée-Grand Clos. » Les cabinets des praticiens pouvaient être aménagés dans le bâtiment existant, avec un ascenseur extérieur, à l’arrière de la maison, pour desservir les deux étages. Avec le projet était prévue la construction d’une extension de 200 à 300 m², dans le grand parc situé à l’arrière.

La proximité de la gare (qui dessert également le Giennois), des transports en commun et des stations de taxis, ainsi que la facilité de circulation et de stationnement, constituent à ses yeux d’autres arguments en faveur de cet emplacement.

Le choix du site n’est d’ailleurs pas anodin. Lorsque Dominique Coquelle, actuel maire RN de Montargis, propose de rechercher un terrain du côté de l’hôpital, à Amilly, il passe à côté de la vocation même de l’Institut Rafaël. « Il ne s’agit pas de s’occuper de personnes malades, mais de personnes en post-cancer, de personnes qui, au contraire, viennent pour reprendre vie. On n’est pas là pour repartir dans le monde hospitalier », insiste Jean-Pierre Door.

Cette vocation avait été présentée lors des conférences organisées au printemps 2025. « Les personnes qui étaient venues assister aux conférences de présentation du projet étaient emballées. Y compris nos professionnels locaux », rappelle le cardiologue. Que la mairie RN propose de déplacer le projet vers l’hôpital interroge aussi la manière dont ses objectifs ont été pris en compte par la nouvelle municipalité.

Des loyers qui auraient permis à la commune de récupérer son investissement

L’enveloppe de travaux et d’aménagement avait été fixée à 1,8 million d’euros HT. La précédente municipalité avait prévu de louer les locaux à l’Institut Rafaël de Montargis, association porteuse du projet. « L’achat de la maison est remboursable par le biais des loyers », tranche Jean-Pierre Door.

Le financement était également bien avancé, avec le soutien de la Région. Le Département avait également prévu une aide de 500 000 €. Idem du côté de l’État, avec une aide de 500 000 € dont 170 000 € ont déjà été versés en 2026. Les 330 000 € restants sont prévus en 2027. À ces aides institutionnelles viennent s’ajouter des pistes de mécénat, notamment celle d’une mutuelle. D’autres sont à aller chercher du côté des laboratoires et industries pharmaceutiques. « Tout cela était en construction. Mais maintenant, comme la mairie nous met des bâtons dans les roues et qu’ils versent de l’huile sur le feu, il est évident que tout le monde fait marche arrière. Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage… »

Quel avenir, à présent ?

Le maire, Dominique Coquelle, affirme vouloir maintenir le projet de l’Institut Rafaël, mais ailleurs, et sans calendrier immédiat. Jean-Pierre Door n’y croit pas : « Des terrains dans Montargis, il n’y en a pas. »

Il demande à la mairie de revenir sur sa position et de conserver le site de l’avenue Cochery. Selon le Dr Door, la réorientation des crédits régionaux compromet un projet médical déjà bien avancé. Les habitants du Montargois et du Giennois concernés par un cancer ou une maladie chronique disposeront-ils un jour de cette structure d’accompagnement après les traitements ?

Du côté de l’ARS

Dans un courrier du 29 juillet 2025, l’Agence régionale de santé (ARS) avait émis des réserves sur le projet, notamment sur la possibilité de financer certains services ou de les proposer gratuitement sans concertation préalable. Jean-Pierre Door affirme avoir rencontré Clara de Bort, alors directrice de l’ARS Centre-Val de Loire, pour lui expliquer le principe de la médecine intégrative, qu’elle avait assimilée à des médecines parallèles. Selon lui, elle était prête à réexaminer le dossier, notamment en envisageant un financement sur la base d’un tarif d’hospitalisation de jour.

Le cardiologue rappelle que les instituts Rafaël de Levallois-Perret et de Bordeaux bénéficient de l’accord des ARS d’Île-de-France et de Nouvelle-Aquitaine pour fonctionner. « Pour Montargis, il ne s’agit donc pas d’un refus catégorique ni définitif de l’ARS », souligne-t-il. Il projetait de reprendre les discussions avec la nouvelle direction de l’agence.

L’Institut Rafaël (ici à Levallois-Perret), des lieux où les patients apprennent à renouer avec une dynamique de vie – photo Institut Rafaël de Levallois-Perret

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