Prév’Asso : un dispositif original pour venir en aide aux associations

Le tissu associatif est à la peine, confronté au désengagement de l’État et à la baisse générale des moyens attribués. Face aux difficultés, les associations peuvent néanmoins se tourner vers le dispositif « Prév’Asso », conçu justement pour leur venir en aide, et mis en avant à l’occasion d’une réunion de l’Observatoire régional de l’Économie sociale et solidaire (ORESS).
 

La directrice de la CRESS Caroline Dumas a introduit la matinée – Crédit photo : Éric Botton


Par Éric Botton.

 
Le 14 octobre dernier, la Maison de l’ESS à Fleury-les-Aubrais accueillait la 5e édition du « petit déj » de son Observatoire régional, en présence de Katia Torres, conseillère emploi et ESS auprès du Secrétariat général aux affaires régionales, et de Jennifer Firmin-Brihier, chargée de mission Prév’Asso au sein du Mouvement associatif Centre-Val de Loire. L’occasion de faire un tour d’horizon du secteur de l’ESS et des retours d’expérience terrain de la cellule de veille régionale sur l’accompagnement des associations en difficulté.

Des structures en réelle difficulté sur l’ensemble du territoire

L’ESS est aujourd’hui présente dans tous les secteurs d’activité et représente même 14 % de l’emploi privé, et jusqu’à 4 emplois sur 10 dans le secteur de l’action sociale. Le monde associatif y est largement représenté. Mais l’emploi dans l’ESS a fortement chuté depuis 2024, et reste aujourd’hui à un niveau bas, avec au global plus de 400 postes en moins à la mi-2026. Seules les coopératives et fondations tirent un peu leur épingle du jeu. Mais, pour le seul secteur associatif, ce sont en réalité près de 500 postes qui ont disparu (plus de 12 000 au niveau national). Et le Centre-Val de Loire se retrouve mal loti, avant-dernier dans le classement des régions, juste avant La Réunion, dernière de la classe.

Entre juin 2025 et juin 2026, seul le département du Loiret a gagné des postes, les cinq autres départements de la région en ayant tous perdu. Quant aux secteurs d’activité, ce sont les services (aides à domicile en particulier), l’action sociale, les arts et spectacles, le sport ou encore l’enseignement qui figurent parmi les plus touchés. Ainsi, aujourd’hui, les associations et mutuelles continuent de voir certains de leurs établissements fermer. Les procédures collectives de licenciement et le taux d’impayés augmentent, actant une réelle dégradation de la situation en région.

Un dispositif à activer pour ne pas rester au bord du chemin

Aujourd’hui, 45 % des associations indiquent des subventions en baisse, 50 % déclarent des problèmes de trésorerie, 69 % assurent que le montant de leurs fonds propres est très faible ou nul, et enfin 20 % ne remplacent pas les salariés qui partent. Face à ces difficultés, il s’agit donc de prévenir, autant que possible, et d’accompagner le cas échéant les situations de crise qui surviennent au sein des associations employeuses, en vue notamment de sauvegarder les emplois. En tout cas, avant tout et surtout, de ne pas rester seul face aux problèmes. C’est dans cette perspective qu’a été créé en 2021 en région Occitanie le dispositif Prév’Asso, suite à la crise COVID, proposant un accompagnement d’urgence durant 4 ans.

Depuis, sept autres régions ont emboîté le pas, dont le Centre-Val de Loire, sous l’égide du Mouvement associatif, qui porte le dispositif depuis son origine. Le principe est simple : une première réponse dans les 5 jours ouvrés suivant la sollicitation pour évaluer rapidement la situation, puis la mise en place d’un accompagnement personnalisé sur 3 mois (renouvelables), pour objectiver le contexte et formaliser une stratégie de sortie de crise.

En 2026, sur les 33 associations ainsi accompagnées, représentant 193 salariés, 86 postes ont pu être sauvés, soit 45 % des emplois consolidés. La moitié a cependant dû procéder à des licenciements, et 21 % ont dû malheureusement fermer. Les secteurs d’activité les plus représentés étant le sport, la culture et l’environnement. Pour autant, 86 % des structures accompagnées ont évité le tribunal judiciaire, et 78 % ont pu déterminer une stratégie de sortie de crise. Le dispositif présente donc un réel intérêt.

Le financement pour sa phase 1 (2025-2026), assuré par la Fondation de France, la fondation SNCF, la fondation AG2R, la fondation des Petits Frères des Pauvres, les régions concernées et le Mouvement associatif, représente un budget de 718 000 €. Jennifer Firmin-Brihier insiste sur le fait que le dispositif a fait ses preuves, mais qu’il convient de sensibiliser davantage à son existence les quelque 6 000 associations employeuses de la région. Car « plus tôt la sonnette d’alarme est tirée, plus vite le risque diminue. D’autant qu’il existe à la fois une démarche et des outils efficaces d’analyse et de diagnostic, mais aussi des solutions pour diversifier les ressources, réduire les charges au moyen de mutualisations notamment, et s’inscrire davantage dans les dynamiques territoriales ».

Une cellule de veille pour anticiper la survenue de crises

Katia Torres, de son côté, insiste sur l’existence d’une cellule de crise régionale, particularité de la région Centre-Val de Loire, qui réunit de nombreux partenaires, et au sein de laquelle peuvent se concerter utilement la Chambre régionale de l’ESS, l’État et la Région, pour anticiper les remèdes dès que la situation commence à se dégrader, sans attendre pour autant d’entrer carrément en crise. Le collectif qui agit au sein de la cellule n’est pas figé et a vocation à s’élargir à toutes les entités pouvant concourir à prévenir les situations à risque. On y retrouve déjà la DRFIP, France Active, l’UDES (Union des employeurs de l’ESS), le CROS (Comité régional olympique et sportif), et des pistes existent pour que l’Ordre des avocats ou encore l’Ordre des experts-comptables (qui vient déjà d’intégrer la cellule de veille nationale) rejoignent aussi le collectif régional.

Dans la perspective de 2027, et sans plus attendre, un travail est également déjà en cours avec la tête de réseau nationale ESS France sur les scénarii post-élection présidentielle, selon le candidat qui sortira des urnes, afin de ne pas être pris de court et disposer de solutions en fonction des nouvelles orientations qui pourraient être prises. En lien aussi avec les PTCE, les Pôles territoriaux de coopération économique, qui regroupent sur un territoire donné les acteurs locaux, qui s’associent pour mener une stratégie commune de coopération et de mutualisation au service de projets économiques innovants et durables. La consolidation pour 2027 des huit régions déployant actuellement Prév’Asso représente un budget de 646 000 €, dont 180 000 € déjà acquis. Pour la région Centre-Val de Loire, le budget est de 56 000 €, et quatre régions supplémentaires pourraient venir se joindre au dispositif. Même si les temps sont durs, les associations, quelle que soit leur taille et leur rayonnement, doivent savoir qu’elles peuvent aujourd’hui compter sur un vrai soutien en cas de difficulté.

 
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