Samedi 24 et dimanche 25 octobre, la capitale régionale accueillera le congrès du Rassemblement national. Une grande manifestation « antifasciste » est annoncée samedi tandis que celle de l’ultra-gauche dimanche a été interdite par le préfet.
Plus de 3 000 forces de l’ordre seront déployées dans Orléans lors de ce week-end présenté comme inédit par la préfecture. Image d’archives (Magcentre)
Dimanche, le président du RN, Jordan Bardella, devrait être reconduit facilement dans ses fonctions malgré ses casseroles antisémites. Il sera naturellement réélu. Mais toute l’attention des observateurs et des médias sera avant tout focalisée, non sur un congrès sans grand enjeu – si ce n’est le lancement officiel de la campagne de Marine Le Pen – mais avant tout sur la ou les manifestations d’opposants. Au total, près de 60 organisations – syndicats, associations, partis de gauche et d’extrême gauche – ont appelé à une grande marche dans les rues d’Orléans samedi matin. L’après-midi, tous se retrouveront dans l’ancien cimetière du Campo Santo pour la tenue d’un « village antifasciste », à mi-chemin de la kermesse et du meeting politique avec tables rondes, prises de parole, concerts et stands de restauration.
« Erreur politique de Serge Grouard »
Toute la galaxie de la gauche sera en effet présente : de Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT à Olivier Faure du Parti socialiste sans oublier les leaders de l’extrême gauche. Un seul mot d’ordre commun à toutes ces organisations : « Pas de congrès du RN à Orléans ». Le maire de la ville, qui a monopolisé toutes les antennes des chaînes infos jeudi matin, le répète pourtant : « Qu’on soit d’accord ou pas avec lui, un grand parti politique doit pouvoir organiser son congrès. C’est cela la démocratie ». Tout le monde n’est évidemment pas sur cette longueur d’onde. Ainsi Grégory Meyer, ancien candidat aux municipales, et accessoirement avocat de la Licra, a tenu à manifester son étonnement sur le choix du site du « village antifasciste ». « En installant les opposants à l’extrême droite au Campo Santo, en plein cœur du centre-ville, il (Serge Grouard) commet une nouvelle erreur politique. Une autre possibilité existait pourtant : par exemple, le Chapit’O. Ce choix d’implantation interroge, alors qu’il était possible d’organiser les choses autrement et d’éviter de placer cette mobilisation dans un lieu aussi central. »
De 10 à 40 000 manifestants ? »
La manifestation parcourra donc le centre-ville au départ de la cathédrale et au grand effroi des commerçants atterrés par les images du week-end dernier dans toute la France. « Mais ce qui nous inquiète, répond Serge Grouard, ce n’est pas tant la manifestation que sa dispersion samedi soir et surtout dimanche. » Pourtant des estimations (certaines peut-être fantaisistes) arguaient de la présence de 10 000 à 40 000 manifestants avec le renfort de nombreux bus venus samedi de toute la France. Pour cela en accord avec la préfecture, la ville a endossé ses habits d’état de siège : suppression des transports publics, fermeture des équipements publics, des parkings, interdiction de stationnement dans tout le centre-ville. Les commerces pourront rester ouverts au choix des commerçants… Une réglementation qui mobilisera aussi plusieurs centaines de policiers nationaux et municipaux, de CRS et de forces de sécurité.
Quelques heures après les alertes et inquiétudes exprimées par le maire d’Orléans, et dans la lignée de l’intervention au Sénat du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez la veille, le préfet du Loiret Hugues Moutouh y est allé de son intervention solennelle en annonçant des renforts nationaux (2 000 hommes supplémentaires) pour verrouiller la ville. Défiant « les enragés » qui viendraient « piller et casser » ou « entraver la tenue du meeting de Mme Le Pen », le monsieur sécurité a détaillé l’artillerie concoctée pour ce week-end décrit comme « jamais vu » à Orléans. Véhicules blindés Centaures, lanceurs d’eau, un hélicoptère, des drones, contrôles sur les routes aux abords de l’agglomération et plusieurs ponts fermés à la circulation et aux piétons (George V et Joffre), fouilles sur des points stratégiques comme à la gare des Aubrais et celle d’Orléans, ainsi qu’un important contingent de forces mobiles. Tout cela coordonné par une cellule de crise opérationnelle tout au long de ces deux jours. Les Orléanais seraient presque condamnés à rester chez eux.
Manifestations interdites dimanche
« Nous avons lancé un grand nettoyage d’automne », ironise de son côté Serge Grouard en rappelant que tout ce qui pouvait devenir armes par destination serait éloigné. « Ce ne sera pas la pagaille », insiste-t-il d’un ton martial.
En fait ce qui inquiète le plus les élus comme le préfet et la police, c’est l’appel lancé par l’extrême et l’ultragauche à une ou des manifestations dimanche au sud de la Loire pour rejoindre le site du congrès RN à CO’Met-Arena. L’une non déclarée pourrait accueillir jusqu’à 2 000 « éléments radicalisés » (black blocs), l’autre déclarée par Sud-PTT en raison de soupçons d’infiltration par des individus radicaux. Face aux risques de violence, le préfet a donc décidé d’interdire toute manifestation dimanche. Un recours a été déposé devant le tribunal administratif contre cette interdiction.
Bonus pour les sondages de Marine Le Pen ?
Le week-end sera donc chaud à Orléans. Marine Le Pen sera également au chaud au sein de son congrès attendant patiemment que les heurts, les pillages et les incendies améliorent et alimentent jour après jour ses estimations victorieuses dans les sondages pré-présidentiels.
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