Avec un scénario fouillé, des dessins originaux et une bande-son retentissante, Louis Clichy nous entraine avec Christophe, son double, dans le monde rural beauceron, mais aussi dans la puissance de l’orgue de la fameuse cathédrale. Le Corset est une histoire rude autant que tendre, à l’émotion profonde, une ode à la liberté de choix et à la puissance de la volonté. Magnifique.

À l’étable, le matin. Photo Eddy cinéma Beside Productions, Regular Production, France 3 Cinéma, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, RTBF
Louis Clichy a déjà un beau passé, dont Le Domaine des dieux en 2014 et Astérix et la potion magique en 2018 qu’il a co-réalisés avec Alexandre Astier. Cette fois-ci, il réalise Le Corset seul et raconte des souvenirs d’enfance, la Beauce autour de Chartres et un corset qu’il a longtemps enduré.

La ferme perdue dans la Beauce. Photo Eddy Cinema, Beside Productions, Regular Production, France 3 Cinéma, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, RTBF
Dès la séquence d’ouverture du film, on entre dans ses choix de réalisation. Des dessins à la main peints à l’aquarelle, même si l’informatique a servi à l’animation, et une bande-son réaliste prise sur le vif avec des bruits réels : le photographe dans l’école, le déclic des clichés, et puis plus tard tous les sons naturels, les bêtes dans la ferme, les objets comme les vélos, le tracteur, le vent, etc. Les paysages aussi, cette grande plaine de Beauce aux couleurs plutôt sombres et les pylônes électriques qui rythment l’espace, avec la ferme perdue au beau milieu de ces champs de céréales.

Sur le tracteur avec son père. Photo Eddy Cinema, Beside Productions, Regular Production, France 3 Cinéma, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, RTBF
Christophe, le petit gars qui penche à gauche, est le fils d’un paysan qui a encore des bêtes et beaucoup de dettes. Le personnage du père, coincé dans une vie qu’il n’a pas choisie, a sur les épaules tous les problèmes qui touchent le monde paysan actuel. Petit parmi les grands céréaliers beaucerons, il a du souci à se faire. Son fils aîné en subira les conséquences.
Mais Christophe, le fils cadet, est encore loin de tout cela. Son corset, une horrible coque presque complète, lui rend la vie difficile. Deux rencontres vont lui ouvrir des solutions. D’abord celle de Clara, sa copine de bus. Une fille forte, originale, énergique, qui fonce et qui l’apprécie. Un très beau personnage. Et puis celle de l’orgue, cet instrument énorme qui souffle de la beauté impressionnante surtout dans une cathédrale aussi réputée que celle de Chartres. L’organiste le prend sous son aile et Christophe avance vite parce qu’il aime ça.

Avec sa copine Sacha. Photo Eddy Cinema, Beside Productions, Regular Production, France 3 Cinéma, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, RTBF
Louis Clichy mélange tous ces fils narratifs pour tisser un grand film, visuellement magnifique, plein d’énergie et d’émotion. Il reste dans une histoire d’enfant racontée aux enfants, mais avec une finesse et une subtilité qui l’ouvrent à un public plus large. Le dessin exprime la musique de l’orgue, par exemple, sa puissance, sa profondeur dans le Requiem de Fauré, mais la bande-son met au même niveau l’ouragan de Stéphanie de Monaco. Et de nombreux détails enrichissent l’histoire, comme cette scène dans la voiture où Christophe se rend compte que son père connait une chanson pop qui passe à la radio. Pas un mot n’est prononcé, mais une prise de conscience émouvante se déroule.

À l’orgue. Photo Eddy Cinema, Beside Productions, Regular Production, France 3 Cinéma, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, RTBF
Christophe s’échappe de son corset par la musique, comme sans doute Louis s’en est échappé par le dessin. Toujours est-il que tous les deux ne se laisseront pas embarquer dans une vie non choisie, comme le père de Christophe qui aimait le travail du bois mais a pris la suite à la ferme parce qu’il fallait. Le corset a imposé à Christophe sa rigueur insupportable, mais la vie gagne si on lui donne une possibilité. Ce petit bijou dessiné en est une preuve éclatante.
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