Colère lycéenne : « Le combat de la CGT Éduc’action est d’abord celui des élèves »

La manifestation orléanaise contre le Rassemblement National du samedi 24 octobre a été encadrée par le service d’ordre de la CGT. Elle a rassemblé entre 13 000 et 20 000 personnes sans aucun débordement. Magcentre a joint un responsable de la CGT Éduc’action, syndicat qui représente l’ensemble des agents de l’Éducation nationale : enseignants, AESH, CPE, de santé, administratifs, sociaux et techniques. Il revient sur le rôle du syndicat auprès des jeunes manifestants et les violences survenues en marge du mouvement lycéen.
 

La déambulation du cortège de samedi à Orléans s’est déroulée sans aucune intervention de la police. (cliché Magcentre)


Propos recueillis par Jean-Jacques Talpin.


Magcentre : Vous avez l’habitude d’encadrer les défilés. Entre la doctrine d’intervention de la police et la présence de groupes autonomes violents, vos services d’ordre sont-ils en mesure de garantir la sécurité des jeunes manifestants sous vos bannières ?

Le cortège de samedi à Orléans, que mon syndicat a encadré, s’est parfaitement déroulé sans aucune intervention policière. Dès le premier jour de la mobilisation lycéenne, la CGT a servi de courroie de transmission entre les lycéens et les autorités préfectorales afin d’éviter les rassemblements ou manifestations sauvages. C’est elle qui a déposé en préfecture toutes les demandes de manifestation. Elle a mobilisé son propre service d’ordre pour entourer les cortèges et continuera à le faire.
 

Magcentre : Le mouvement revendicatif actuel a été impulsé par des lycéens et des étudiants. Votre participation ne sert-elle pas à vous réapproprier une colère de la jeunesse qui, à l’origine, s’est construite hors de vos structures ? 

Effectivement cette colère émane d’abord des lycéens. Leurs dénonciations sont identiques aux nôtres :

  • Emplois du temps surchargés : nous nous battons pour la suppression des réformes Blanquer qui compliquent à l’extrême la gestion des emplois du temps.
  • Absence de profs : nous luttons pour le recrutement d’enseignants alors que le ministre actuel en supprime encore 1 800 après les milliers de postes détruits en 10 ans.
  • Déclassement des élèves de la voie pro : nous n’acceptons pas le passage de 4 à 3 ans du Bac professionnel et l’augmentation des stages en entreprises, prétexte à la suppression de plus de 1 000 heures d’enseignement.
  • Des classes surchargées : nous réclamons la diminution du nombre d’élèves par cours et l’arrêt des fermetures de classes.
  • L’usine à gaz Parcousup : nous voulons sa suppression. C’est une machine à détruire la jeunesse en la privant d’études supérieures.
  • Manque d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) pour beaucoup d’élèves notifiés MDPH : nous militons pour la création d’un vrai corps AESH afin de sortir ce personnel de la précarité.
  • Manque de médecins, infirmières et assistantes sociales dans chaque établissement.
  • Des bâtiments en décrépitude et insalubres.

Le combat de la CGT Éduc’action est d’abord celui des élèves. Ce n’est pas un corporatisme ou une réappropriation de leur légitime colère !
 

Magcentre : Vitrines brisées, mobilier urbain incendié, commerces pillés… Ces images d’affrontements éclipsent la parole des jeunes et la question du pouvoir d’achat. Condamnez-vous ces actes sans réserve, ou considérez-vous qu’ils expriment une exaspération inévitable ?

Nous condamnons bien sûr ces pillages qui détournent l’attention des vraies raisons de cette colère. C’est un gâchis dû au traitement médiatique. Les chaines d’infos ont fait le choix de montrer des poubelles qui brûlent et des saccages plutôt que de dénoncer la violence d’État, l’absence de réponse aux revendications et les nombreuses violences policières.
 

Magcentre : Le Premier ministre évoque un « mouvement de violences ». Qu’exigez-vous pour appeler à un retour au calme : un moratoire, le retrait de mesures éducatives et sociales précises, ou l’ouverture de concertations en urgence ? 

Avec la complicité de la quasi-totalité des médias, le gouvernement actuel d’extrême centre détourne l’attention des causes réelles du mouvement et refuse le dialogue. Beaucoup de citoyens ne peuvent plus circuler à cause du prix de l’essence et ne peuvent plus manger à cause de l’inflation et de la chute de leur pouvoir d’achat. Ils sont à bout !

Il faut une autre politique, non pas du saupoudrage, une nouvelle convention citoyenne, de cahiers de doléances, de plateformes d’expression ou de numéros verts ! Nous sommes prêts à aller au bout de nos revendications : hausse du SMIC, dégel du point d’indice pour les fonctionnaires, réinvestissements dans les services publics et suppression des 211 milliards d’euros d’aides aux entreprises, en grande partie redistribués aux actionnaires. Et surtout nous voulons une réponse positive aux revendications des lycéens et des étudiants. »
 

Magcentre : Les interdictions de manifester et les périmètres restreints se multiplient. Considérez-vous ces mesures comme une réponse nécessaire pour protéger les citoyens ou comme un recul grave du droit de manifester ?

C’est totalement inacceptable et anticonstitutionnel. Le droit de manifester est dans notre Constitution. Si le gouvernement maintient cette position, des rassemblements sauvages vont se produire. Cette réponse est typique de la macronie avec, depuis 10 ans, un président qui a fait entrer dans le droit commun les lois sécuritaires d’exception. Cette dérive autocratique est semblable à la doctrine de l’extrême droite.
 

Magcentre : Comptez-vous appeler à de nouvelles journées de mobilisation ? Si oui, sous quelles formes : grèves, blocages économiques, rassemblements statiques ?

Nous continuerons à appeler à la mobilisation pour faire aboutir toutes les revendications. La liste de moyens que vous citez est d’actualité !

 
Plus d’infos autrement :

Orléans sous cloche, mais pas muselée face au Rassemblement national !

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