MagCentre est allé à la rencontre de ces personnes qui, bénévoles ou professionnelles, dans l’ombre ou sur le devant de la scène, mettent leur talent au service de la culture musicale. Pour la faire connaitre, la développer et la diffuser à tous les publics.
Aujourd’hui : Philippe Renaud, réparateur d’instruments à vent

Philippe Renaud à son bureau-atelier. Photo BC.
Sax enrhumé, trompette bouchée, clarinette fêlée, cor douloureux. Il n’y a plus qu’aller voir le « docteur ex sax », comme se définit Philippe Renaud. Parce que vous n’en trouverez pas beaucoup sur le marché, des réparateurs d’instruments à vent.
Installé à La Chapelle-Saint-Mesmin, il est un des derniers à la ronde. « Le métier est sinistré », nous annonce d’emblée Philippe au fond de son atelier. « Il y a encore une trentaine d’années, une masse importante d’affaires régnait sur notre activité. Il y avait plein de musiciens partout. Mais d’abord, l’arrêt des musiques militaires a porté un grand coup. Elles faisaient vivre les constructeurs français et les réparateurs. Maintenant, il n’y en a plus que quatre… Et depuis 2000 environ, les fanfares municipales ont subi le même sort. Fanfares, harmonies, terminées, plus de sous, regroupement de communes et diminution du nombre de musiciens dans celles qui restent. C’est catastrophique ! » Et puis il y a la concurrence d’internet. Surtout sur le marché de l’occasion, ce qui pour Philippe est absurde. « C’est justement là qu’on a besoin d’un expert, pour diagnostiquer l’instrument qu’on achète. » « La revente des fonds de commerce est impossible, la transmission se réduit à chaque fois. La diminution des aides aux apprentis porte un coup à la formation. Et pourtant, c’est un si beau métier ! »
Qu’il exerce depuis plus de trente ans. Dans la cinquantaine, il a déjà un passé très riche. Technique et musique se sont toujours rencontrées dans sa vie. À quinze ans, ce jeune Bisontin reçoit un Selmer offert par sa grand-mère. Il le remet tout seul en état, prouesse qui n’a pas échappé à ses maîtres de musique ! « Mon père était mécano et aviateur. Il m’a transmis ces deux passions. Et ma mère était musicienne. Résultat : tout ce que je fais, je le vis à travers mes doigts. »
Après un bac technique, il cherche du travail mais pendant ses trois jours de sélection à l’armée, il réussit le test auditif à 100 %. L’armée de l’air le contacte alors et lui propose de devenir « une grande oreille », de celles qui écoutent en permanence les messages en morse et en phonie. Le voilà, à 19 ans, devenu agent du renseignement militaire. « Je suis resté six ans dans cette expérience fabuleuse. En poste à Bricy, mais il y avait des missions lointaines. J’ai trouvé ça formidable. »
Mais au bout de six ans, Philippe a un peu fait le tour du poste. « Le cadre de l’armée ne m’enchantait guère. L’armée a accepté ma demande pour suivre une formation au Mans dans une école de réparateurs d’instruments. Je l’en remercie tous les jours ».

De très belles clarinettes dont une vieille avec anneaux d’ivoire du temps de Mozart et une, à l’extrême gauche, tout en métal pour sonner dans les rues de La Nouvelle-Orléans. Photo BC.
« En un an, j’ai appris le métier. Les intervenants étaient des maîtres artisans. Ils venaient chacun une semaine de temps en temps. On bossait 10 heures par jour ! C’était ce qu’il y avait de mieux. Un intervenant a fait exprès de tomber une trompette. Et ensuite, il fallait tout examiner, changer, etc. C’était captivant ! »

Un cor en attente d’intervention. Photo BC.
Sorti de l’école en 1991, au moment de la guerre du Golfe, le fond de l’air est anxieux. Après quelques péripéties, il ouvre finalement son premier magasin à Orléans, faubourg Saint-Vincent. Qui déménagera quelques années plus tard à Saint-Hilaire, pour s’établir ensuite à La Chapelle où il exerce encore. En 35 ans, il s’est taillé une belle réputation dans l’agglomération. Et même au-delà. Et pourtant son volume d’affaires ne lui permet pas d’embaucher.

Les boutons en lapis-lazuli taillés spécialement. Photo Philippe Renaud.
Pilote d’avion, œnologue, Philippe Renaud a plus d’une passion dans sa besace. Pendant le Covid, il regarde beaucoup une émission sur les minéraux qui l’intrigue à la télévision. Et à l’occasion d’un village d’artisans organisé par un de ses amis maire, il se donne le défi de tailler des minéraux pour remplacer les boutons de saxo. En six mois, avec l’aide d’un lapidaire du Gard, il apprend tout : l’origine des pierres, leur extraction, la taille, le polissage, etc. Il lui faut deux machines qu’il se procure. Et c’est ainsi que le soir il se retrouve à tailler des pierres, à apprendre la technique. « C’est un contact très vivant. On travaille les minéraux sous un jet d’eau. Le grain, le toucher est primordial. »
Il participe donc au village d’artisans de son ami, et des musiciens qui passent sont totalement séduits. Et voilà Philippe Renaud avec une autre ouverture dans son métier. Il refait un magnifique Selmer pour un ami, et lui propose des boutons en lapis-lazuli. Premier d’une liste d’attente qui se rallonge tous les jours. Il se lance même dans la réparation de bijoux, juste pour lui ou sa famille.
Débordé mais heureux, Philippe dépense sans compter son énergie communicative. Bien connu de tous les soufflants, il est la preuve vivante que la passion compte plus que tout dans la réussite. À condition d’avoir des mains en or.
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