Entre Sahara et La Havane, Sahravane

Mardi 3 novembre, à la Scène nationale d’Orléans, Sahravane a fait résonner des chants profonds de femmes du désert qui se sont métissés à des accords cubains aussi légers que joyeux. Souad Asla et ses chœurs, Omar Sosa et ses musiciens se sont emparés du public pour un échange magnifique qui a failli ne pas finir.
 

Souad Asla et ses amies choristes. Photo Michel Piedallu.
 
 
Par Bernard Cassat
Photo Michel Piedallu.
 
 

Elles entrent simplement sur scène, comme si elles étaient chez elles, installent une carte postale avec leurs habits de désert et les mains se frappent, les voix s’élèvent. Un chant rauque et rythmé, mené par Souad, et les réponses du chœur. Il faut un certain temps pour se laisser aller à la magie et pourtant la structure est connue. C’est celle de beaucoup de folklores du monde, celle des comptines qui répètent les propositions simplement parce qu’elles font plaisir à la bouche qui les profère, à l’oreille qui les écoute, celle du blues ou du gospel. C’est vaste comme leurs paysages, et quand on est dedans, quand on est pris par le flux constant, ondulant, l’envoûtement devient presque physique.
 

Le déchainement de la transe. Photo Michel Piedallu.

 
Après deux moments chantés par ces cinq femmes, Omar Sosa et ses musiciens sont venus les rejoindre. Avec lui, le métissage a opéré. Et on l’a vu faire. Les cinq femmes sahariennes sont restées elles-mêmes, et progressivement, le diablotin Omar, aidé de Gustavo Ovalles à la percussion et Csaba Palotaï à la guitare, ont entouré leurs voix, leurs rythmes de notes plus légères. Le blues gnawa a pris des couleurs cubaines, tout en restant le meneur. Il a subi des tiraillements vers le jazz, vers la folie caraïbe, vers les débordements free. Mais Souad est restée elle-même.
 

Souad et Omar. Photo Michel Piedallu

 
Elle s’est levée, elle a dansé, elle a chanté, toujours suivie par ses quatre choristes, et a mélangé elle aussi ses origines, les traditions qu’elle a en elle, avec des sons plus libérés. En gardant ses particularités sahariennes, elle a trouvé avec Omar une harmonie joyeuse. Elle est sortie du groupe de femmes pour danser sans retenue, pour partager avec le groupe d’Omar Sosa et le public, l’umma comme elle l’appelle en reprenant ce terme religieux. Qui doit chanter et rythmer aussi ses chants, comme ses choristes, puisque mardi soir, l’assemblée était le public.

Avec des moments suspendus, comme ce bruit d’eau que maniait le percussionniste lors d’un grand morceau de musique qui parlait aussi du désert. L’eau, élément manquant au Sahara, donc primordial. On était loin de la magie du début, la rigueur et la lourdeur des chants traditionnels. Et la légèreté n’a pas obligé ces femmes à quitter leur univers. Omar et ses musiciens permettaient aux chanteuses de s’ouvrir au monde et de dialoguer avec le public.
 

La militante des femmes. Photo Michel Piedallu.

 
Surtout que Souad sait se faire militante. Elle a plusieurs formations, toutes composées de femmes de Béchar. Elle porte la voix de ces femmes, elle défend la solidarité, la sororité jusqu’à l’excès parfois. Mais elle ne se ménage pas. Elle a dansé dans le public, est venue chercher l’énergie de la salle. Et a longuement présenté ses amies sahariennes, qui toutes sont engagées avec elle. Cette musique et son pays, c’est aussi et surtout une affaire de personnes. Il était important de les mettre en avant.
 

Un beau bouquet final. Photo Michel Piedallu.


Et elle nous a retenus le plus longtemps possible. La musique continuait, tout le monde debout participait et Souad comme Omar n’avaient pas envie que ça finisse. La communion de l’audience, le plaisir d’être ensemble, l’énergie de la scène et de la salle. Un moment magnifique.
 

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