L'Elysée annonce un mariage à trois entre Centre, Poitou-Charentes et Limousin!

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Les quatorze grandes régions telles que prévues par l’Elysée.

Au final c’est une version inédite en ce qui concerne notre Région qui est sortie des cartons de l’Elysée.  François Hollande, dans une tribune envoyée à la presse régionale accompagnée d’une carte, explique le sens du big bang territorial qui consiste à passer de 22 régions à 14 (et non 12 comme prévu). La région Centre est bien mariée avec les Poitou-Charentes comme annoncé précédemment, mais cette super-région centre-ouest, gagne en plus le Limousin. Ce que d’aucuns ne considéreront pas comme un cadeau...

La logique d’une grande région Val de Loire allant d’Orléans à Angers, voire à  Nantes, qui avait la préférence des élus du Centre, en particulier à gauche, n’a pas prévalu. Au final, les “grandes régions” de l’ouest, la Bretagne et les Pays-de-la Loire ne bougent pas et restent des régions  à part entière, tout comme PACA, l’île-de-France, la Bretagne, l’Aquitaine et le Nord-Pas-de-Calais.

Dans sa tribune, François Hollande annonce une clarification des compétences avec un transfert  des départements (collège, les routes) vers les Régions, mais le département qui ne disparaîtra qu’en 2020, conservera jusqu’à cette date les politiques de solidarité. Il sera petit à petit vidé de sa substance, ce qui évite de passer par la case Congrès (assemblée plus Sénat) où il faut la majorité des deux-tiers pour réformer la Constitution. Autre volet de la réforme qui sera présentée devant le Parlement, l’intercommunalité, qui passe de 5 000 habitants minimum, à 20 000.

Comment donner une homogénéité à cette nouvelle région Centre-ouest qui ira donc de Dreux à La Rochelle? Quelle capitale régionale, celle-ci peut-elle rester à Orléans, bien trop excentrée au nord ou déménagera-t-elle à Tours, puisque ni Poitiers, ni Limoges, n’ont pas la dimension? Une fois de plus le découpage de la région Centre, très biscornue, paraît le moins cohérent des quatorze. Une fois de plus, il semble bien qu’on ait découpé autour, en particulier sur la façade Atlantique où le climat était conflictuel, et qu’on ait “composé” enfin le Centre, devenu “Centre-sud-ouest”, avec ce qui reste. Dès mardi les réactions, favorables ou hostiles à cette nouvelle carte ne vont pas manquer, et le débat prévu le 18 juin à Orléans au conseil régional, s’annonce particulièrement animé.

Ch.B

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La tribune de François Hollande:

Réformer les territoires pour réformer la France 

Depuis deux siècles, la République a cherché à concilier l’unité de l’Etat, avec l’exercice le plus libre possible de la démocratie locale.

 Mais il a fallu attendre les grandes lois de décentralisation de 1982 sous la Présidence de François Mitterrand, pour élargir les responsabilités des communes et des départements, et faire des régions des collectivités locales à part entière.

 

Puis sous la présidence de Jacques Chirac, la République décentralisée a été consacrée dans la Constitution. C’était aussi une façon de reconnaître que nos territoires et les élus qui les représentent, ont incontestablement contribué depuis trente ans à la modernisation du pays et à l’amélioration de la vie quotidienne des Français.

 

Le temps est venu de donner une forme nouvelle à cette ambition. Parce que notre organisation territoriale a vieilli et que les strates se sont accumulées. Parce que les moyens de communication, les mutations économiques, les modes de vie ont effacé les limites administratives. Parce que nous devons répondre aux inquiétudes des citoyens qui vivent à l’écart des centres les plus dynamiques et qui redoutent d’être délaissés par l’Etat en milieu rural comme dans les quartiers populaires.

 Le temps est donc venu de simplifier et clarifier pour que chacun sache qui décide, qui finance et à partir de quelles ressources. Le temps est venu d’offrir une meilleure qualité de service et de moins solliciter le contribuable tout en assurant la solidarité financière entre collectivités selon leur niveau de richesse.

 La réforme que j’ai demandée au Premier ministre et au Gouvernement de mettre en œuvre, en y associant toutes les familles politiques, est majeure. Il s’agit de transformer pour plusieurs décennies l’architecture territoriale de la République.

 Au plus près des habitants, la commune est l’institution à laquelle chaque Français est le plus attaché. C’est dans ce cadre que se pratiquent chaque jour la solidarité et la citoyenneté. Elle doit demeurer « une petite République dans la grande ». La spécificité de notre pays c’est de compter 36700 communes.

 L’ensemble du territoire national est aujourd’hui couvert par des intercommunalités. Mais elles sont de taille différente et avec des moyens trop faibles pour porter des projets.

 Ce processus d’intégration doit se poursuivre et s’amplifier. C’est le sens de la réforme proposée. Les intercommunalités changeront d’échelle. Chacune d’entre elles devra regrouper au moins 20 000 habitants à partir du 1er janvier 2017, contre 5000 aujourd’hui. Des adaptations seront prévues pour les zones de montagne et les territoires faiblement peuplés.

 L’intercommunalité deviendra donc, dans le respect de l’identité communale, la structure de proximité et d’efficacité de l’action locale. Il faudra en tenir compte pour lui donner le moment venu toute sa légitimité démocratique. Comme il en a été décidé pour les 13 métropoles et le Grand Paris qui ont été créés par la loi du 27 janvier 2014.

 Les régions, quant à elles, se sont imposées comme des acteurs majeurs de l’aménagement du territoire. Mais elles sont à l’étroit dans des espaces qui sont hérités de découpages administratifs remontant au milieu des années soixante. Leurs ressources ne correspondent plus à leurs compétences, qui elles-mêmes ne sont plus adaptées au développement de l’économie locale.

 Pour les renforcer, je propose donc de ramener leur nombre de 22 à 14. Elles seront ainsi de taille européenne et capables de bâtir des stratégies territoriales. Une carte a été définie. Elle prend en compte les volontés de coopération qui ont été déjà engagées par les élus, dont je veux saluer le sens de l’intérêt général. Elle sera soumise au débat parlementaire. Mais il faut aller vite car il ne nous est pas permis de tergiverser sur un sujet aussi important pour l’avenir du pays.

 Demain, ces grandes régions auront davantage de responsabilités. Elles seront la seule collectivité compétente pour soutenir les entreprises et porter les politiques de formation et d’emploi, pour intervenir en matière de transports, des trains régionaux aux bus en passant par les routes, les aéroports et les ports. Elles géreront les lycées et les collèges. Elles auront en charge l’aménagement et les grandes infrastructures.

 Pour remplir leur rôle, elles disposeront de moyens financiers propres et dynamiques. Et elles seront gérées par des assemblées de taille raisonnable. Ce qui veut dire moins d’élus.

 Dans ce nouveau contexte, le conseil général devra à terme disparaître. La création de grandes régions, et le renforcement des intercommunalités absorberont une large part de ses attributions. Mais cette décision doit être mise en œuvre de façon progressive car le conseil général joue un rôle essentiel dans la solidarité de proximité et la gestion des prestations aux personnes les plus fragiles. Et il ne peut être question de remettre en cause ces politiques. Pas davantage les personnels dévoués qui continueront à les mettre en œuvre. Du temps est nécessaire et de la souplesse est indispensable. Une large initiative sera laissée aux élus pour assurer cette transition. Certaines métropoles pourront reprendre les attributions des conseils généraux et toutes les expérimentations seront encouragées et facilitées.

 L’objectif doit être une révision constitutionnelle prévoyant la suppression du conseil général en 2020. Je veux croire qu’une majorité politique nette se dessinera en faveur de ce projet et que s’y associeront les élus qui, dans l’opposition aujourd’hui, souhaitent eux aussi l’aboutissement de cette réforme. D’ici là, les élections pour le conseil départemental seront fixées le même jour que celles pour les futures grandes régions à l’automne 2015. Avec le mode de scrutin qui a été voté par la loi du 17 mai 2013.

 

Le département en tant que cadre d’action publique restera une circonscription de référence essentielle pour l’Etat, autour des préfets et de l’administration déconcentrée avec les missions qui sont attendues de lui : garantir le respect de la loi et protéger les citoyens en leur permettant d’avoir accès aux services publics où qu’ils se trouvent. Mais il devra renoncer à exercer les compétences reconnues aux collectivités.

 

Cette grande réforme s’inscrit dans la volonté de moderniser notre pays et de le rendre plus fort. Elle est tournée vers les citoyens car il s’agit de simplifier notre vie publique, de rendre plus efficace nos collectivités et de limiter le recours à l’impôt. Elle repose sur les valeurs qui doivent nous rassembler : le souci constant de la démocratie, de la solidarité et de l’efficacité. Et c’est pourquoi j’appelle tous les citoyens et, en particulier, tous les élus locaux qui par leur engagement quotidien font vivre les institutions de la République, à s’associer à sa réussite”.

Commentaires

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  1. Pour ma part je suis consterné !

    Tant par les dernières propositions, que par la méthode.

    Ce qui a surtout prévalu, c’est les arrangements entre copains, au détriment des territoires et de leurs habitants. Un grand fief pour Ségolène. l’Indre de Michel Sapin devient la plaque tournante (!) et Poitiers pourrait réaliser l’exploit d’être la capitale de la plus vaste région de France.

    Pendant ce temps là, les baronnies de Le Drian, d’Aubry (2 départements !), d’Ayrault perdurent. Je remarque qu’il n’est plus question de laisser aux départements la possibilité de changer de région…

  2. Dreux , Chartres, Montargis ou Orléans, dans l’orbite parisienne, dans la même région que La Rochelle, tournée vers Bordeaux ou l’Ile d’Oléron : du plus haut comique !

    • C’est sur, mais en plus, Brive-la-Gaillarde se retrouve dans la même région que Chartres ! C’est totalement incohérent ! En plus, Angoulême est à seulement 1h de Bordeaux, et à 3h30 d’Orléans, et se retrouve dans cette hyper-région sans queue ni tête ! il vaudrait mieux avoir une super-région Aquitaine–Poitou-Charentes–Limousin, vu qu’avec la LGV Tours-Bordeaux, le sud-Charente sera aux portes de Bordeaux (donc tourné vers l’Atlantique, et non-pas vers le Centre), et de plus, (selon les occitans) le Limousin est une “partie montagneuse” de l’ancienne Aquitaine… donc culturellement se serait plus cohérent, et il n’y aurait pas de problèmes pour choisir la capitale régionale (incontestablement Bordeaux : bien au milieu, 3 fois plus grand que Poitiers, et 2 fois plus grand que Limoges).

    • Au pire, on aurait pu laisser Rhône-Alpes inchangé, comme ça l’Auvergne aurait pu se rapprocher du Limousin, ce qui aurait permis de faire une région Poitou-Aquitaine de taille modérée… (et Tampis pour les occitanistes…)

  3. C’est la fronde dans les Charentes ” Ce n’est pas en nous regroupant avec des dortoirs de Paris (Eure et Loir, Loiret, et dans une moindre mesure mais de plus en plus l’Indre- et- Loire et le Loir et Cher) que nous gagnerons du dynamisme.
    De plus une région n’existe pas si elle n’est pas articulée autour d’une métropole d’attraction. Pour nous comme pour le Limousin c’est Bordeaux, alors que pour la région Centre c’est Paris.”

  4. Aucun courage politique là-dedans. A l’Ouest, la Bretagne va se retrouver avec le 10è PIB de toutes les régions, du quasi sous-développement en vue. L’axe ligérien est nié. C’était l’occasion de tourner le dos aux archaïsmes, c’est raté. Décidément !

  5. En Limousin, il n’y a que Denanot (président du CR) qui soit content face à ce découpage ubuesque. Pour justifier sa position il prétend que des collaborations universitaires sont importantes: je suis universitaire, élu dans des conseils, et je vous affirme que c’est faux. L’université de Limoges est déjà dans un regroupement PRES avec Poitiers et La Rochelle depuis 4 ans, et tout le monde dit ici que ça ne fonctionne pas ou extrêmement mal. C’est ce qui se dit même au CA de l’université, au plus haut niveau (suivez mon regard). Or la solution qui vient d’être proposée il y a quelques semaines, sans aucune consultation des équipes de recherche (où alors en off), c’est un regroupement encore plus large (appelé COMUE) étendu à Orléans et Tours, universités avec lesquelles les collaborations sont très faibles et souvent même inexistantes. L’argument de la collaboration universitaire est un argument fallacieux utilisé pour manipuler les ignorants.
    Il n’est pas simple de comprendre la position de Denanot, puisqu’il y a deux semaines il acceptait une fusion avec Poitou-Charentes et l’Aquitaine, et que la semaine dernière il défendait publiquement une fusion avec le Centre et l’Auvergne. L’amateurisme est, ici en Limousin, à son comble: aucun débat public ou argument sérieux échangé. La semaine dernière Denanot expliquait qu’un espace de débat serait ouvert sur le site de la Région: il n’y a bien sûr toujours rien. L’habitude reste celle de décider en petit comité, pratique ici répandue.
    Si je devais risquer une hypothèse, je dirais qu’avec un rapprochement avec le Centre, Denanot sait que l’axe Poitiers/Limoges, routier et ferroviaire (LGV) sera nécessairement renforcé par des investissements. Dans cette configuration l’axe principal de cette curieuse région sera Limoges/Poitiers/Tours. Cela n’échappe par à l’Eure-et-Loire et au Loiret (par la voie de Doligé), qui ont bien compris que leurs départements seront placés en marge et portera un coup sérieux à Chartres, Dreux, et plus encore Orléans qui perdra fatalement sa fonction de capitale régionale.

  6. Nous sommes revus au temps de la royauté où l’on octroye des fiefs aux barons…
    Nous allons vers des alliances … royales et pourquoi pas demain, la nouvelle région centre etc… va devenir “l’alliée Nord d’Aquitaine”. Pas fini de faire des bâtards.
    et bien sûr, pas question de passer devant le congrès…a fortiori de demander notre avis direct par referendum. Il parait que De Gaulle était en “coup d’état permanent”. Lui au moins a consulté et a démissionné suite au résultat sur le sénat.
    Il est certain qu’avec 6% de l’électorat aux dernières élections, on détient certainement la vérité.
    C’est le dogme de l’infaillibilité de la religion d’état.

  7. Est-ce que cet article ne devrait pas se trouver dans la rubrique “Gag-centre” ?

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