C’est t
oujours un défi que de vouloir perpétuer la pensée d’un artiste au delà de la conservation de son œuvre picturale. C’est à ce défi que l’association des Amis de Roger Toulouse se consacre depuis la disparition du peintre et poète en 1994. Et l’exposition que propose cet automne, le musée des Beaux Arts d’Orléans, dédiée aux vingt cinq premières années de Roger Toulouse est la preuve artistique de l’importance de ce travail de relecture de l’œuvre singulière du peintre orléanais.L’artiste n’existe-t-il que par son œuvre ? Roger Toulouse ne nous enseigne-t-il pas autre chose, au delà du charme évident de ses toiles ? Son parcours, tout à la fois totalement à l’écoute de son temps, mais aussi infiniment personnel se relit avec bonheur dans cette exposition des jeunes premières années du peintre.

Je connaissais personnellement beaucoup des toiles présentées dans cette exposition pour les avoir filmées dans un documentaire, sur et avec Roger Toulouse, documentaire particulier où Roger Toulouse parle peu, et écoute ses amis artistes ou poètes parler de sa peinture (Luc Bérimont, Jean Rousselot, Pierre Garnier, Gaston Diehl).
Mais bien sûr les revoir dans cette exposition permet de donner une perspective, une continuité au travail si original de Roger Toulouse, même s’il manque, malheureusement, les toiles qu’emporta avec elle aux Etats Unis, la collectionneuse et critique d’art Gertrud Stein en 1938…

Des premières œuvres jusqu’à l’apparition des “triangles” qui la clôture, cette exposition donne ainsi l’occasion de découvrir l’originalité, l’audace, qu’a eue Roger Toulouse de puiser la force de son trait et la luminosité de sa couleur autant du coté formel des expressionnistes que du coté déstructuré des cubistes, le tout au service d’une expression très personnelle. Des premiers paysages jusqu’aux portraits en passant par les natures mortes, Roger Toulouse construit un univers pictural et sensible qui traduit toujours un sentiment fort du réel: la joie de “la rue aux drapeaux“, l’effervescence de “la table de la repasseuse“, l’étrangeté du “jeune homme au foulard rouge” l’immense tristesse du magnifique “Poète à l’orchidée” (Max Jacob).
Loin des “écoles” artistiques, cet univers nous touche autant qu’il nous surprend toujours, car Roger Toulouse n’appartient à personne…
Alors oui, si Roger Toulouse est un grand peintre, c’est aussi parce qu’il nous enseigne une certaine posture artistique singulière, faite à la fois de curiosité et d’indépendance.
Gérard Poitou
jusqu’au 14 décembre 2014
Musée des Beaux Arts d’Orléans 1 Rue Fernand Rabier, 45000 Orléans