Il est des gens qui s’appellent Couturier parce qu’au village un pépé, une mémé était douée pour la couture. Ce Jean là, s’il sait faire une reprise à sa biaude, excelle dans l’art de coudre la terre c’est pourquoi il se nomme Jean Couturier.
Il faut le voir étendre la nappe, la lisser, puis la lever, la broder d’un coup de main sacré. Ensuite il colorie. Là c’est l’alchimiste des couleurs à naître qui dose, invente les teintures minérales qui vont animer le bâti. Et puis vient la cuisson, la cousure-mariage de la terre-corps et du feu-soleil unis dans les flammes du four. C’est là l’ouvrage du Potier.
Mais l’essentiel est ailleurs… dans ses mains, son cœur, son imagination poétique qui insufflent à ses créations l’aura de l’invisible révélé. Jean fait de la terre des poèmes en formes de vagues, de rouleaux, de vasques ouvertes pour donner et recevoir le regard, la main. Heureusement qu’ « il ne sait pas ce qu’il fait » (dit-il), car rien, hormis l’intuition du moment et du geste juste, ne le commande, le dirige. Et pourtant passent par lui toutes les beautés du monde : au fond d’une coupe, à la proue d’une barque (les passeurs de Loire), au flanc d’un vase résident des poèmes dont les lignes sont les fils du ciel étendus sur la peau de la terre.
Jean est aussi un glèbeux taiseux, glèbeux parce qu’il a compris que c’est le souffle qui fait vivre la matière, taiseux parce qu’on ne parle pas quand passe par soi l’harmonie du Monde en éternelle création.
En primant son ouvrage d’art la Société des Artistes Orléanais récompense un homme de la Terre, un terrien qui n’est pas rien.
Du 8 au 16 Novembre à St Pierre le Puellier (Orléans) dans le cadre du 107ième Salon des Artistes Orléanais.