« Pas pleurer », un Goncourt très actuel

goncourt2Goncourt surprise comme on ne cesse de le répéter ou Goncourt qui tombe à pic ? En septembre, le monde de l’édition ne pariait pas sur Lydie Salvayre et son roman « Pas pleurer » pour ce must des prix littéraires remis chaque année dans la première semaine de novembre. « Il ne se vend pas assez » disaient les tenants du marketing. Quand la dernière liste est parue, celle qui donnait les quatre œuvres parmi lesquelles serait choisi le lauréat, l’intelligentsia germano –pratine s’étonna «  Pas pleurer » était toujours là. Cela ne l’empêcha pas de faire encore la fine bouche. A tort. Lydie Salvayre sortit du chapeau. au restaurant avant le traditionnel déjeuner.

A vrai dire les atouts du roman et de son auteur ne sont pas minces. Bernard Pivot, le président du Goncourt a bien précisé que Lydie Salvayre était récompensée pour son dernier livre et pour l’ensemble de son œuvre, une vingtaine de romans en vingt-cinq ans .

Les bonnes âmes reprochent aux romanciers français de ne point écrire sur notre société actuelle comme le font couramment leurs homologues américains ou d’Europe du nord. Salvayre met en scène la guerre civile espagnole de 1936, mais en le faisant elle souligne et interroge nos comportements actuels, des peurs aveuglantes instrumentalisées par des partis, des exaltations qui conduisent à des engagements fanatiques, la pauvreté, l’enfermement.

Les utopies battues en brèche

Dans « Pas pleurer » Lydie Salvayre se livre à un fantastique travail sur notre langue, elle en montre la souplesse, la précision et la richesse. Deux voix s’entrelacent à leur rythme avec leurs mots, la mère de l’auteur et Bernanos écrivain mondialement reconnu, deux visions qui résonnent étrangement avec notre présent. « Ma mère a vécu cette période comme un appel à la liberté des fables utopistes. Aujourd’hui, les utopies sont battues en brèche par le souci de pragmatisme, d’efficience des gens raisonnables. Chez Bernanos, il y a la dénonciation des nationalismes, la lâcheté de l’Europe, la dénonciation des extrémismes religieux… Voilà comment cela pourrait résonner », précise l’auteur..

La mère qui s’est expatriée en France emploie le « fragnol » qu’elle s’est fabriquée pour se faire comprendre : « Il n’y a pas qu’une langue, mais plein de registres de langue. S’il y a un lieu où l’on peut les entendre, c’est la littérature. J’adore les faire entendre pour qu’ils ne soient pas oubliés, marginaux », dit Lydie Salvayre.

. Entre violence et légèreté, entre brutalité et finesse, porté par une prose joyeuse ment malmenée ou au contraire recherché, le livre avance sans dévier .

F.C.

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