Il a été beaucoup dit et écrit sur George Sand, de son vivant et après sa mort. Sa maison de Nohant dans l’Indre où résidèrent des hôtes de passage célèbres, Musset, Chopin, Liszt, Delacroix, Sainte-Beuve et d’autres, continue d’attirer une foule d’admirateurs qui s’extasient devant les petits verres de couleur dans lesquels « la bonne dame » aimait à boire ses liqueurs. Mais que savons nous de cette femme de chair et de sentiments, de ses passions et de ses engagements, de cette « bâtarde » (elle descendait par la main gauche du célèbre maréchal de Saxe », toujours à cheval entre deux mondes, de cette bosseuse, cette tornade d’énergie, qui ne fut pas toujours une mère exemplaire ?
Catherine Hermary-Vieille qui sait trousser à merveille les romans historiques a entrepris de nous la présenter de l’intérieur Elle a écrit un roman à deux voix, croisant le vécu de George, la mère et de c de Solange, la fille, mal aimée .
Carnets secrets
Le livre commence en 1876. George vient de mourir. Solange est à Nohant où se préparent les obsèques. Elle met la main sur trois carnets secrets, une sorte de journal de l’écrivaine. Une vie se déroule depuis la naissance d’une relation passionnelle avec Musset, l’abandon d’un mari trop peu conforme à ses goûts et la fuite à Paris avec ses deux enfants Solange et Maurice. Solange qui a des doutes sur l’identité de son père lit, se souvient d’être déjà cataloguée, à six ans comme « trop difficile ». Puis viennent « les camarades » avec qui il faut partager cette mère sans cesse en mouvement, qui écrit des nuits entières et mène sa vie à la hussarde, en habit d’homme et avec force cigarettes.
Avec le recul et devant ces écrits imaginés, la fille de 43 ans redécouvre une mère qui se veut libre mais met ses enfants en pension, une féministe qui s’emploie, selon la tradition, à marier sa fille avant sa majorité, une forte femme qui veut tout régenter, qui collectionne les hommes immatures avec qui elle tente d’assouvir son instinct maternel, qui n’atteind la volupté qu’avec une femme, Marie Dorval, une comédienne maîtresse d’Alfred de Vigny.
Sous la plume de Catherine Hermary-Vieille, George Sand s’anime et Solange retrouve sa place, une juste place . Rien de neuf ne nous est livré dans la trame de ces vies mais elles s’animent et nous révèlent ce que purent être les rapports entre cette mère hors normes et cette fille écrasée à côté d’un frère préféré. Tout le livre est là et sonne juste.
Françoise Cariès
« George Sand , Les carnets intimes d’une insoumise »
Catherine Hermary-Vieille
XO éditions, 282 pages, 19,9 euros