Vous avez créé le groupe des Stentors, en 2010, en rassemblant des chanteurs d’opéra pour interpréter des chansons populaires. Comment vous est venue cette idée ?
Quand j’étais un enfant, j’aimais Brel, Sardou, Hallyday, Aznavour… Adulte, je suis devenu aviateur dans l’armée pendant onze ans, j’ai ensuite commencé ma carrière à l’opéra et fait une première digression en interprétant des comédies musicales américaines partout dans le monde. C’est à cette occasion que l’idée m’est venue d’un spectacle où je raconterais mon histoire musicale, des airs de l’aéronavale à l’opéra. Elle a donné « Les airs du temps », un spectacle sur les amours et les désamours d’un homme à travers les yeux de Verdi, Brel, Johnny, Mozart. L’idée était de montrer qu’une histoire peut se raconter de différentes manières : lyriques, grandiloquentes, ou très simples, dépouillées, simplement avec une guitare. Cela m’a donné l’idée des Stentors, que j’ai proposée à un producteur.
Et comment s’est créé le groupe ?
Je connaissais tout le monde, de loin, parce qu’on avait travaillé ensemble. Je m’entendais bien avec chacun et, surtout, je connaissais leur passion pour la musique, la chanson. On pense que les gens de la musique classique n’aiment pas les répertoires populaires mais il y a aussi des passionnés.
Chaque album a eu son thème, tout en puisant toujours dans le patrimoine français, pourquoi choisir ces chansons, parfois très anciennes ?
Pour nous, chanteurs d’opéra, c’est plutôt une cure de jouvence ! On est plus habitués aux airs qui ont 200 voire 500 ans ! (rires). Plus sérieusement, l’idée était de choisir des chansons qui nous plaisaient. Pour le premier album, on voulait rendre hommage aux régions, quelque chose qui n’avait jamais été fait. Et ça nous parlait car la France est notre deuxième maison. On passe la plupart de notre temps dans toutes ces villes, loin de chez nous. Ces chansons nous plaisaient et nous parlaient. Chacune était un choix personnel mais on est toujours d’accord. C’est pour cela que ça dure et que ça marche bien. On est sur la même longueur d’onde. Le public le sent aussi, je pense.
Pourquoi ne faire que des reprises ?
Aujourd’hui, il y a un modèle économique différent dans le monde du disque. Les maisons prennent moins de risques et la création est un risque. Mais de notre côté, même si on adorerait pouvoir proposer des créations, le patrimoine est notre cheval de bataille. On invente rien mais on fait plaisir aux gens en leur faisant réécouter des chefs d’œuvres, des chansons sublimes. Il faut faire vivre ce répertoire et il nous tient à cœur de le défendre.
Qu’apportez-vous à ces chansons sur scène ?
Nous sommes des interprètes, des gens de scène plus que de studio ou de plateaux de télévision. Alors, sur scène, nous sommes au meilleur de notre potentiel. Les Stentors, ce sont des voix d’opéra, épurées, accompagnées d’un piano. Les gens qui aiment la voix, les belles chansons, les belles musiques sont servis. Le fait d’être quatre nous permet tellement de variations ! On donne à certaines chansons une vraie ampleur, à d’autres une vraie douceur. On raconte une histoire avec quatre personnalités différentes qui s’expriment et toucheront certains plus que d’autres.
Quelle relation entretenez-vous avec le public ?
La base de ma motivation, c’est l’échange avec le public. Si on fait une heure de dédicace à la fin de chaque concert, c’est pour eux mais c’est aussi pour nous. C’est tellement gratifiant, c’est ce qui nous motive. Après, il y a une question d’âge. Personnellement, j’ai 47 ans, j’ai été militaire onze ans, j’ai fait trois guerres, je ne suis pas arrivé dans ce milieu comme un petit jeune qui se dirige vers les projecteurs tel un papillon de nuit. On veut gagner notre vie dans ce métier mais notre motivation, c’est le public. Nous sommes des mecs authentiques.
Comment arrivez-vous à combiner ce groupe, votre carrière à l’opéra et votre famille ?
Je jongle ! Je suis jeune papa, j’ai un petit bout de deux mois, alors j’ai aussi envie d’être chez moi. C’est une question d’organisation. Et puis, les Stentors, c’est une parenthèse, on sait que c’est éphémère. On a aucune envie d’abandonner l’opéra, on a pas mis 10 ou 15 ans à devenir chanteur d’opéra pour laisser tomber ! Tout faire est parfois compliqué mais ça permet de chanter avec de grandes stars de l’opéra un soir, et Céline Dion ou Charles Aznavour un autre. On a beaucoup de chance mais on donne beaucoup !
Propos recueillis par Elise Escoffier, pour le BIG Journal, Bourges.
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