“Bernadette et Jacques”, bon pour un Paris-Tulle

Candice Nedelec a bien du talent. Elle a inventé le roman politique de gare. Responsable de la rubrique politique du magazine Gala, elle  propose aux éditions Stock un “Bernadette et Jacques” qui a pour décor les ors de la République. “Bernadette et Jacques”, ce titre en dit long et conduit direct le lecteur dans l’ambiance « Nous deux »  et « Confidence » chers aux ménagères de plus de cinquante ans.

Restons moderne, il s’agit d’un biopic dont la trame est archi-connue et bien balisée. Transposé en  tragi-comédie il fait dans l’élégance en prenant appui sur les ressorts supposés d’un couple qui fut présidentiel, les Chirac. Rien que du lourd  habilement découpé en séquences selon  la technique maintenant bien rodée des soap-opéras télévisuels qui savent tenir en haleine le téléspectateur. Des dents de requin avec suffisamment d’amours illégales, des coups tordus contrebalancés par la vertu irréprochable d’une vestale  arrimée à son protecteur et sécurisant  foyer, « à l’instar  des papillons de nuit aimantés par le halo des réverbères ».

C’est la politique vue  à travers la lorgnette de deux ambitieux  unis par un hasard pas si hasardeux que çà, la conquête et l’exercice du pouvoir par un homme « bâti pour la lumière », servi par une femme « condamné à l’audace », qui « se laisse griser par les emballements de celui qui lui mène, à coups d’assauts têtus, une cour assidue ». Le ton est donné, très gala avec un zeste de « Point de vue ». Dans ce livre, on  «croise le Tout-Paris… Des personnalités éblouissantes et autant de grands noms de l’aristocratie… Le monde où règne le bon goût et l’à-propos le plus raffiné ». 

Le style Gala élevé au rang du roman

Le ton est donné d’entrée de jeux voulu et choisi par l’auteur pour le lectorat auquel elle s’adresse. Du banal, du doucereux et des clichés artistiquement distillés, parfois ciselés, le style Gala élevé au rang du roman. Au fil des pages sont égrenés, « ces deux-là se taquinent, comme deux scouts en foire », « un bienveillant cocon », « des pièges citadins », « elle brave même avec une audace toute citadine les chiens mal élevés qui aboient devant les granges », « la politique et son règne animalier vont ainsi » : autant de perles qu’un professeur de littérature ne laisserait pas passer mais qui finissent par créer un climat. En route pour la Corrèze, on ouvre ce livre en gare d’Austerlitz et on arrive en gare de Tulle sans avoir vu ni le temps passé et ni le beau paysage de France. C’est certainement le pari de l’éditeur qui, en couverture, place la photo du couple Chirac assis côte à côte dans un train. Madame, coiffure impeccable et lunettes noires, élégantissime, lit un journal à l’affût des dernières news. Monsieur, costume d’un bon faiseur et cravate assortie est plongé dans la lecture d’un livre. Est-ce de la poésie ? Dommage, on ne le sait pas.

 Françoise Cariès

 « Bernadette et Jacques »

Candice Nedelec, chez Stock
212 pages,  18 euros

Existe en version numérique
La fiche de l’éditeur 

Commentaires

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  1. Madame Cariès, une lecture attentive de ce bas morceau de litté/rature… m’amène à vous demander de bien vouloir rectifier ce qui n’est probablement qu’une faute de frappe dans votre billet. Au dernier paragraphe vous citez:”un bienveillant cocon” or page 872 du roman il est écrit : “un bienveillant cochon” ce qui correspond beaucoup mieux au personnage ainsi gratifié.

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