Orléanoïde, Orléans se cultive au numérique !

Orléanoïde³ est un Événement* nouvelle formule, gonflée avec un nouveau budget et dopée aux bonnes intentions par le maire d’Orléans, Serge Grouard, qui donne à Orléanoïde³ la mission de rendre “accessible à toutes les générations” et “attirer le jeune public” vers “la culture numérique” (Cf Edito): à l’heure des jeux vidéos, de Youtube, des réseaux sociaux et de Google, cet objectif affiché semble quelque peu dépassé… 

CCI orléanoïde

De l’Art numérique…

Parlons donc plutôt ici, d’un festival d’Art Numérique (le mot ferait-il peur ?) au sens d’une production artistique contemporaine trouvant son inspiration et créant des œuvres à l’aide des possibles spécifiques qu’offrent le développement des techniques numériques. Fort de cette précision liminaire, arpentons l’itinéraire qui nous est proposé pour découvrir les œuvres disséminées en différents lieux et places de la ville (parcours qu’il est préférable d’effectuer au crépuscule pour apprécier les installations lumineuses).

Et déambulatoire

Commençons par la place du Martroi où la façade de la CCI a été décorée de personnages en tube néon, qui comme des Pères Noël décharnés, escaladent ladite façade sur une boucle musicale composée de son extrait de divers jeux des années 80 (votre culture personnelle vous dira lesquels). Vient ensuite”Le Radiant Tree”, place de la République, arbre au feuillage  fluorescent dont l’éclairage est censé nous donner à réfléchir sur le merveilleux et la manipulation du vivant…

orléanoïde cathédralePlus ludique est l’installation “Breeze” sous le déambulatoire de la cathédrale: un écran constitué de ventilateurs lumineux s’allument et s’éteignent au passage des spectateurs dans le flux lumineux, effet interactif garanti ! Un arrêt dans les locaux de l’ancien FRAC rue de la Tour Neuve, donne à découvrir les travaux des étudiants de l’Esad, qui ont à l’évidence le mérite d’une certaine fraicheur dans l’inventivité de leurs installations sur le thème proposé.

Et au quartier général

"La Boite": tiens, une banane...

“La Boite”: tiens, une banane…

A défaut de voir toutes les installations extérieures,rendons nous au quartier général de la manifestation, en la collégiale Saint Pierre le Puellier, pour y découvrir un ensemble d’installations artistiques dont le thème est cette année la “science fiction”. Laissons le visiteur trouver le thème dans ces installations dont la première, la Boite, propose au petits et grands, de dessiner avec des crayons de couleur sur des bandes de papier (!), et la suivante de transformer les lettres d’un clavier en bulles d’air dans un tuyau transparent, ou encore cette installation “Tu ne dois pas
orléanoidecopier
“, contre-sens numérique illustrant la dégradation du signal spécifique des données analogiques…

Hormis l’expérience assez étrange proposée dans les hamacs de “A reality> a sim stym”, le reste n’est ni ludique ni vraiment curieux, et le discours idéologique tient lieu le plus souvent d’émotion artistique…

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=4FCkz6KuOCg[/youtube]

Un art en gestation ?

Illustration d’un art en gestation, sorte de baraque foraine conceptuelle, (mais ne désespérons pas, le cinéma fut lui aussi un art forain…), Orléanoïde³ baigne dans la béatitude numérique, comme dans le discours d’inauguration où l’on cite Asimov et le philosophe Jean Pierre Foucault (sic!) ,célébrant la foi dans le progrès de l’humanité grâce à l’intelligence artificielle, au moment même où Bill Gates, patron de Microsoft, fait part publiquement de son inquiétude sur le sujet (voir le Monde)…

Et en guise de conclusion provisoire

Pour conclure cette inauguration, Mathieu Langlois, conseiller municipal, révéla qu’Orléanoïde³ était aussi une opération de communication afin de donner une image high tech à la ville d’Orléans, dans sa quête à l’obtention du label “French Tech” (voir Magcentre).

Réjouissons-nous que l’on reconnaisse que la culture est utile à l’économie, et souhaitons donc que les retombées médiatiques nationales, voire internationales d’Orléanoïde, soient à la hauteur des ambitions municipales…

Gérard Poitou

[vimeo]http://vimeo.com/89009205[/vimeo]

orleanoide-bandeauOrléanoïdes³ du 30 janvier au 15 février installations un peu partout à Orléans + événements, spectacles et conférences.

*Curieusement, Orléanoïdes³, événement “Ville d’Orléans”, n’a pas de site internet ni de page Facebook ! On trouvera le programme complet sur le site de la ville d’Orléans: http://www.orleans.fr/depot-de-page/culture/orleanoide3.htm

La Collégiale QG de la création 

Située place Saint-Pierre-le-Puellier, la Collégiale est désormais identifiée comme un lieu d’exposition d’art contemporain. Du 31 janvier au 15 février 2015, elle sera le Quartier Général de la création numérique et d’Orléanoïde.

Sur l’espace public 

Quinze jours durant les principales places de la ville d’Orléans seront le théâtre d’oeuvres diverses et dynamiques pour permettre au plus grand nombre de découvrir l’expression créative du numérique.

Au Théâtre d’Orléans 

Le Théâtre d’Orléans accueille dans ses locaux, une installation « Finir en Beauté » de Mohammed El Kathib.

Au 108

Le 108 accueille dans ses locaux le projet « Cybernetic transmission relays » – du collectif Π-node, une installation participative et des ateliers tous les soirs du 9 au 13 février à 19h

 

Commentaires

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  1. Et tout ça pour seulement 220 000€ de subvention de la ville d’Orléans !!! Alors que les Artistes Orléanais qui attirent plus de 5000 personnes en une semaine ont eu à peine 1 500€ et qu’ O’jardin d’hiver, qui a vu passer 7000 visiteurs, a dû se débrouiller avec 12 000€, ce qui n’a pas permis de rémunérer les artistes professionnels qui ont participé.

  2. Pour avoir assuré la “direction artistique” de ce festival, je suis tenté d’ajouter quelques commentaires à cet article.
    Je ne me prononcerai pas sur les choix politiques qui ont conduit à l’augmentation du budget de ce festival car ils ne m’appartiennent pas, mais plutôt sur l’orientation du festival qui pour moi tente de mêler un caractère populaire avec une interrogation forte et critique sur la place que le “numérique” prend dans notre quotidien. A l’heure de l’omniprésence des “jeux vidéos, de Youtube, des réseaux sociaux et de Google” qui offrent à nos “digital natives” une culture numérique qui manque cruellement de diversité à mon goût, à l’heure de la montée en puissance des algorithmes et robots voués à assister (supplanter ?) les humains, il est temps de mettre ces questions sur la place publique. Un certain nombre d’installations présentées dans le cadre de ce festival “numérique” (j’ai moi même du mal à employer cette terminologie) abordent ainsi la question de notre devenir machinique et de l’intelligence artificielle (ADM10 et les algorithmes boursiers, les “dronards”, “chimères orchestra”), médiatique (“Curiosity #Explōrātĭo Lūnāris”), du cyborg / du corps augmenté / de la manipulation du vivant (“Sim Stim”, “Pentatonique” et “radiant”), de la surveillance généralisée et de la sécurité des réseaux (“Transparency grenade”, “Jackovick was here”), tentant pour le coup un pas de coté vis à vis de l’admiration béate que l’on peut avoir vis à vis de ces “progrès” technologiques. Il ne s’agit donc pas à mon sens d’un art en gestation, mais bien de proposition artistiques contemporaines et matures qui posent des questions de société, propositions que je défends bien évidemment pour les avoir suscitées et que je vous invite à re-parcourir éventuellement en ma compagnie (b [ààà] labomedia.org) pour en discuter. Bravo à Gérard d’avoir relevé ma blague philosophique subliminale, quant aux questions budgétaires, j’ai le sentiment qu’aujourd’hui il est impératif qu’il y ait plus de culture sous toutes ses formes et que le débat du ratio budget / nombre de spectateurs n’est pas le meilleur.

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